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ANALYSE

Idriss Déby renforce ses troupes au Nord du Tchad, le CCSMR grelotte


Alwihda Info | Par - 22 Août 2018 modifié le 22 Août 2018 - 16:17


La sortie récente du président Idriss Deby Itno lors de la présentation des 79 nouveaux membres de sa formation politique ne semble pas être anodine compte tenu de la réalité actuelle du terrain. Le chef de l’Etat a indiqué qu’aucune rébellion tchadienne ne survivra à la détermination de l’armée régulière, faisant une allusion à peine voilée à l’attaque d’un poste de l’armée par les rebelles du Conseil du Commandement Militaire pour le Salut de la République (CCSMR).

Le président tchadien ne craint certainement rien dans l’immédiat face à ce qu’il qualifie d’un coup d’éclat du CCSMR. Le groupe rebelle se livre ces derniers temps à des tapages médiatiques pour faire valoir son existence tant à l’opinion nationale et internationale, multipliant la propagation de mensonges grossiers et à la fois éhontés pour revendiquer la paternité d’attaques souvent imaginaires contre la position des forces régulières tchadiennes dans la partie septentrionale du pays. Par exemple : celle du 2 août dernier entre Wour et Zouar dans la région du Tibesti. Des sources concordantes ont formellement démenti le déroulement de ce prétendu combat entre forces régulières et rebelles tchadiens du CCSMR dans les localités de Wour et de Zouar, dans la région Tibesti.

Selon ces mêmes sources, des civils se seraient attaqués à des éléments de la garde nationale et nomades du Tchad pour protester contre l’assassinat de l’un des leurs par un élément de la GNNT. Il a fallu l’intervention d’un officier haut gradé, supposé proche de la victime pour ramener le calme habituel dans la localité de Zouar.

Face à la multiplication des mensonges qui commencent à écorner l’image de ce mouvement, le CCSMR s’est attaqué, vendredi 11 août dernier, à deux postes de sécurité, l’un de l’armée tchadienne de moindre importance, sans escadron, ni équipement militaire conséquent et un autre poste de la police et de la douane à Kouri Bougoudi, une zone aurifère, dans la région du Tibesti, situé à 35 km de la frontière libyenne.

Cette attaque matinale a causé la mort de trois officiers dont le commandant du groupement de ce poste de l’armée tchadienne, le colonel Tahir Oly et d’un commissaire de la police. L’attaque a été un véritable coup d’éclat du CCSMR qui a soigneusement et minutieusement évité à tout prix de s’en prendre à des grandes garnisons militaires comme celles de Wour, de Tanoua ou d’Onianga Kebir.

Des exécutions sommaires de civils et des extorsions

Ce mouvement rebelle, après la conquête de deux postes à Kouri Bougoudi, l’un de l’armée et l’autre de la police, sans importance sur le plan militaire, s’en est violemment pris à des commerçants Toubous pour s’emparer de 8 véhicules appartenant à ces derniers, d’après des sources concordantes. Il aurait exécuté 4 orpailleurs Ouaddiens pour récupérer quelques grammes d’or avant de regagner leur base à Sebha, d’après des sources bien informées et confirmées par leurs cohabitants basés en Libye.

Ces agissements du mouvement rebelle ont suscité l’ire de certains membres de l’opposition tchadienne et d’une bonne partie des ressortissants de la région du Tibesti. Comment peut-on comprendre dans ce contexte que le CCSMR qui prétend vouloir libérer le peuple tchadien du joug de la dictature, finisse par s’en prendre à des civils et s’empare de leurs biens avant de procéder à l’exécution extrajudiciaire de certains d’entre-eux ? Cette violence inouïe et grave orchestrée par le CCSMR sur des civils amène à s’interroger sur ses motivations réelles sachant que les exactions ont été condamnées par la majorité des ressortissants du Nord du Tchad.

Depuis le déclenchement de la première rébellion au Tchad en 1965, les différents mouvements rebelles qu’a connu le Tchad ont pris le soin d’éviter de s’en prendre à des civils dans des conflits armés. Pourtant, le CCSMR a violenté sciemment les civils pour s’emparer de leurs biens, le 11 août dernier à Kouri Bougoudi.

Une rébellion équipée mais des combattants pas formés

L’autre raison qui peut conduire le président Idriss Deby Itno à ne pas avoir peur de ce mouvement est que la rébellion du CCSMR est certes suréquipée mais ne dispose pas de combattants aguerris pour affronter les hommes en treillis de l’armée dans le grand désert qui leur semble étranger. Pour rappel, la plupart des combattants, originaires de Moussoro dans l’ouest du Tchad, sont des commerçants ayant gonflé les rangs de ce mouvement rebelle sans aucune expérience militaire. Ils ne sont ni aptes à des combats dans le désert, exceptés quelques-uns issus d’anciens mouvements rebelles qui ne seront pas en mesure de faire face à une armée suréquipée et à la fois aguerrie dans le désert tchadien, nous explique un officier de l’armée ayant requis l’anonymat.

D’autres sources rapportent que le CCSMR aurait fait échouer une offensive généralisée, préparée de concert avec d’autres petits mouvements rebelles tchadiens basés en Libye. L’offensive viserait les garnisons militaires de Wour et de Tanoua avec un état-major commun. Le CCSMR a dû fausser compagnie aux autres mouvements rebelles en allant attaquer des petits postes de Kouri Bougoudi pour éviter d’entrer en contact directement avec la force armée suréquipée. Cette attitude du CCSMR à l’égard des autres mouvements rebelles suscite beaucoup de mécontentements et de méfiance à son égard, rendant difficile une éventuelle alliance de circonstance pour mener conjointement des offensives au Nord du Tchad.

L’éclatement ces derniers temps du CCSMR en plusieurs factions n’augure rien de bon pour son avenir. À cela s’ajoute son alliance avec certaines parties libyennes proches de la mouvance terroriste de Misrata. Son implication dans le conflit libyen en tant que force de mercenariat et dans le trafic en tout genre comme moyen de subsistance ne font qu’entretenir un climat de suspicion auprès de l’opinion nationale et internationale sur la crédibilité de ce mouvement rebelle.

L’armée renforce son arsenal de guerre au Nord

Apres l’attaque de Kouri Bougoudi, le président Idriss Deby Itno a déployé ses avions de guerre à Faya Largeau ainsi que sa logistique militaire pour secourir ou alimenter la région voisine du Tibesti, d’après des sources militaires. Une importante colonne militaire de l’armée, nantie de moyens logistiques et conduite par le général Saleh S., a quitté la capitale en direction de Faya Largeau, d’après cette même source. Des instructions ont été données à certaines bases militaires basées dans le centre du Tibesti de converger vers la frontière Libyenne pour empêcher des incursions rebelles au Tchad, nous informe un officier de l’armée tchadienne depuis Bardaï.

Le bombardement par l’aviation de la zone vise d’une part à évacuer les orpailleurs accusés d’être en connivence avec les rebelles et d’autre part à renforcer sa présence militaire pour mieux sécuriser la région du Tibesti.

La crainte des autorités proviendrait de l’éventuelle création d’une alliance de plusieurs mouvements rebelles qui verrait à sa tête Abakar Tollimi. Celui-ci jouit d’une bonne réputation tant parmi ses compagnons de lutte qu’au nord du Tchad. Dans l’immédiat, Idriss Deby Itno semble être en position de force et ne craint nullement une menace émanant du CCSMR.

Djimet Wiche Wahili
Journaliste, directeur de publication. Tél : +(235) 66304389 E-mail : djimetwiche@gmail.com En savoir plus sur cet auteur


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