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CULTURE

L’insurrection Ouaddaïenne face à l’occupation française


Alwihda Info | Par Alwihda Info - 5 Juin 2011

« J’avais reçu sur le chemin du retour entre Kadjmer et Arada, un pli du Capitaine Chauvelot, Commandant à Abéché en mon absence, me signalant ce qu’il croyait être le début d’une épidémie de Variole dans la garnison du Chef-lieu et me demandant, aussi prompt que possible, le retour du Docteur Pouillot, l’unique Médecin du Ouaddaï à ce moment.


 

Le 2Juin 1909, le prince Acyl Abdelmamout appuyé par la colonie française du Capitaine Fiegenuch chassent du pouvoir le Sultan Doudmourrah d’Abéché et lui succède. Mais Acyl ne sera pas le bienvenu sur cette trône car le 5 Juin 1911 une insurrection populaire verra le jour.

 

Par Alhadj Garondé Djarua

Source d’information : Au Congo au ni Ouaddaï » 5ans d’arrêt (T.S.V)

 

Écoutons le témoignage de cet officier supérieur français qui est en mission et en même temps chef du Département du Ouaddaï en 1911.

 

« J’avais reçu sur le chemin du retour entre Kadjmer et Arada, un pli du Capitaine Chauvelot, Commandant à Abéché en mon absence, me signalant ce qu’il croyait être le début d’une épidémie de Variole dans la garnison du Chef-lieu et me demandant, aussi prompt que possible, le retour du Docteur Pouillot, l’unique Médecin du Ouaddaï à ce moment.

 

Ému par cette nouvelle, le Docteur qui était la conscience même me demanda de le laisser partir par Abéché au lieu de m’attendre ; Comme il était prévu, de façon à rentrer ensemble au Chef-lieu.. Il brûlait de prendre au plus tôt les mesures médicales qu’il y aurait lieu. Je ne pouvais… hélas ! Qu’accéder à un désir aussi justifié.

 

Le Docteur Pouillot quitta donc, le 4 Juin, à l’aube, le poste d’Arada avec une petite escorte de tirailleurs et auxiliaires Ouaddaïens. Je ne devais plus le revoir. Le pays cependant, était à ce moment profondément calme. Partout un mois auparavant entre la piste que relie Arada à Abéché le Docteur est moi cheminions avec une faible escorte des Ouaddaïens, recevions auprès des populations traversées, le meilleur, le plus empressé des accueils…

 

Le lendemain 5 Juin, dans la matinée, un « Kamkalak » du Sultan Acyl occupé à collecter pour son maître, l’impôt du Dar-Mimi, dans la région de Biltine arriva, tout ému, un poste, avec son escorte de cavaliers Ouaddaïen, non moins affolés. Il m’annonça que toute la région et aussi les Kodoïs Ouled-Djamma, Abou-Charibs, entre Biltine et Abéché s’étaient soulevés et avaient pris les armes, contre le sultan et les « Nassaras ». Il avait dû en découdre avec les rebelles, qui lui avaient tué quelques hommes et il n’avait dû son salut qu’à la vitesse des ses montures. La route d’Abéché se trouvant déjà complètement coupée, il s’était replié sur le poste d’Arada. La chose ne paraissant sinon incroyable, du moins fort exagérée, je ne voulus croire, tout d’abord, qu’à une échauffourée provoquée par les exactions des Sbires d’Acyl, et je ne m’émus point autrement du rapport affolé du Kamkakak.

 

Néanmoins, pour plus de sûreté, je prescrivis à l’Aguid Rachid, qui venait de retrouver à Arada ses chevaux échangés, un mois auparavant, contre des chameaux, de dépêcher sans délai au Docteur Pouillot, sur la route d’Abéché, un fort peloton de ses cavaliers, les mieux armés, pour renforcer sa petite escorte et , au besoin si la route était réellement coupée par les rebelles, le ramener sain et sauf à Arada…

 

Hélas, il était déjà trop tard… Au même moment en effet, arrivait au poste à galop effréné sur le cheval même du malheureux Docteur - la noble bête, complètement fourbue, s’abattit en arrivant au but de son mortel effort, un Ouaddaïen de l’escorte du Docteur, fou de terreur. L’homme m’exposa à mots entrecoupés par la fatigue et l’émotion, que le matin même, entre le village arabe de Rimelé où ils avaient passé la nuit, et dont les habitants avaient vainement essayé de les dissuader de poursuivre leur marche vers Abéché en les avertissant des dangers qui les y attendaient et celui de Bokok, à hauteur du hameau de N Gazéré, le Docteur et son escorte avaient été assaillis par une foule hurlante d’insurgés qui, après une brève et héroïque défense des malheureux, les avaient massacrés. Le Ouaddaïen tenait, à ce moment, le cheval du Docteur, qui, en étant descendu pour essayer de parlementer les forcenés, n’avait pas voulu remonter en selle, se refusant à la fuite et préférant combattre à pied avec sa poignée de tirailleurs : Le Ouaddaïen en avait profité pour échapper au massacre par une fuite affolée.

 

Les rebelles je devais l’apprendre plus tard avaient cru avoir affaire au Commandant de circonscription lui-même, rentrant de l’Ennedi et ils pensaient, en s’en prenant à la hôte, en finir d’un coup avec l’occupation des « Nassaras ». Si le malheureux Pouillot avait consenti à m’attendre, en retardant son départ d’un jour, il eût sans doute échappé à la mort, car, informé de la rébellion par le Kamkalak Ahmat, je n’aurais pas manqué de prendre pour poussez vers Abéché, de sérieuses précautions appropriées à la situation qui n’était signalée… Ce que je fis d’ailleurs sans tarder en apprenant la fin tragique de mon cher Docteur et compagnon d’aventures (nous avions fait, pendant toute l’expédition, popote ensemble et dorrmi chaque nuit - en gendarmes - côte à côte, sur le sable, sous les étoiles).

 

Mais avant de passer au rapide exposé des évènements qui allaient suivre, je veux vous dire la mort héroïque, la mort noblement et froidement concentré du vaillant docteur Pouillot.

 

Dans sa hôte rallié sou poste médical, laissé sans titulaire depuis un mois, et oui il pouvait avoir à enrayer une épidémie de variole à son début, le Docteur avait dédaigné les prudents avertissements des Arabes de Rimelé, campement où il avait passé la nuit du 4 au 5 juin, et il avait repris, aux premières lueurs du jour sa marche vers Abéché. Il ne pouvait évidemment croire au soulèvement de populations qu’il avait vues, avec moi, quelques semaines auparavant, si soumises et empressées à nous faire bon accueil. La petite troupe cheminait depuis une heure environ et se trouvait à la hauteur du village de N’Gazéré, qu’elle haïssait sur sa droite, lorsqu’une épaisse colonne de poussière, vers la grosse agglomération de Bobok sur laquelle elle se dirigeait, s’éleva, lui masquant la silhouette dentelée des villages aux mille toits en pain de sucre. C’était une immense cohue en marche vers elle. Son tirailleur ordonnance, l’infirmier Arouna, prit son cheval par la leride pour l’arrêter, lui dit : «  Ça beaucoup mauvais, les Arabes de Rimelé pas menteur. Ouddaïens viennent tuer nous. Nous, ici, nous débrouiller avec sauvages ». Et Arouna introduisit un chargeur dans son mousqueton aussitôt imité par les quelques autres tirailleurs de l’escorte. La cohue hurlante, hérissée de sagaies, approchait rapidement…

 

Le docteur alors, descendit de son cheval et dit à ses tirailleurs : « Non, je ne vous quitte pas. Le commandant vous a données à moi pour m’accompagner et me défendre. Si les Ouaddaïens veulent réellement nous tuer eh bien, je mourrai avec vous, comme vous mourez pour moi »

 

Et tout en s’armant de son revolver, Pouillot dit à Arouna (la horde n’était plus qu’à deux mètres et ses intentions homicides ne faisaient plus aucun doute) : «  Crie-leur que je suis le « Toubib » que je soigne les noirs comme les blancs et ne fait point la guerre, et qu’ils ne nous fassent point mal ». Arouna cria mais sa voix fut couverte par le tumulte grandissent des cris de meurtre et les premières sagaies vinrent se planter en vibrant dans le sol, à quelques mètres.

 

Le drame fut bref… Une vingtaine de corps de feu, le vol frémissant de centaines de sagaies et l’orage noir, s’abattant sur la petite lampe égorgée la submergea… Il eût ensuite d’odieuses scènes de cannibalisme, les brutes ivres de sang et de « mérissé » croyant d’incorporer la vaillance de leurs adversaires en dévorant leur cœur, leur foie, leurs reins, leur cervelle.

Nous connûmes ces affreux détails par deux jeunes boys dont l’un blessé, que les révoltes épargnèrent.

 

Mais que penser de la grandeur d’âme de ce jeune savant donnant délibérément sa belle vie, qu’il pouvait si aisément sauver, par esprit de solidarité dans un commun sacrifice avec de simples tirailleurs noirs, qu’en penser sinon que cela expliquer bien de détonements inverses, de noirs à blancs, de nos épopées africaines ?...

 

Il y avait alors à Melan un vieux père et une vielle mère qui devaient jusqu’à leur heure dernière, pleurer le fils glorieux qui avait modestement, froidement, simplement donné ce haut exemple. »

Cette insurrection Ouaddaïenne traversa la région comme le couteau qui traverse le beurre.

 

Du 5 Juin au 2 Août 1911, les villages dont les noms suivent sont attaqués par ces forces de rapine coloniale française :

5 Juin Dielkanc ; 6 Juin N’Gazeré Bokok, Ambougourou, N’Gatarga ; 8 Juin, Dembé ; 11 Juin, Sina, Boutounou, Iguidé ; 12 Juin, Gamara ; 13 Juin, M’Bayay ; 14 Juin Ouarchak ; 3 Juillet, Gomorgon ; 23 Juillet, Gouraï ; 27 Juillet, Ouron ; 31 Juillet et 1er Août, Morga ; 2 Août, Lemba… Soit 22 combats en 58 jours.

 

Ce soulèvement populaire portera préjudice au Sultan Acyl qui sera démis de son trône en Juin 1912 et interné à Laï. Dans son rapport circonstancielle l’administration coloniale disait je cite :

« Acyl Sultan du Ouaddaï montrant une attitude hostile à la France, est déposé et interné à Laï » Il convient de rappeler que Acyl est intronisé solennellement Sultan du Ouaddaï le 25 Août 1909 par le lieutenant Colonel Millot. A suivre

 




1.Posté par Mahamat Adoum Doutoum le 06/06/2011 12:05 | Alerter
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Encouragements et félicitations à mon ami Garondé Djarma .L'extrait de son texte est tiré du livre du Général Jean HILAIRE intitulé:Du Congo au Nil,OUADAI...Cinq ans d'arret .Editions de l'A.S.C.G. Marseille,1930.CIAO!

2.Posté par OUCHAR le 09/06/2011 11:32 | Alerter
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contrairement au titre que vous avez donné à l'articile, l'insurrection ce n'était pas contre l'occupation française mais plutôt contre l'intronisation d'un sultan soutenu par la puissance coloniale.
Par ailleurs, je note dans le recit des événements du racisme, en parlant de "simples noirs" comme si la mort d'un tirailleur n'avait aucune valeur par rapport à celle d'un docteur blanc.
Au finish bravo, les parents avaient montré qu'ils avaient de la dignité et que celle-ci devait être respectée par n'importe qui.

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