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L'internaute guide une adolescente dans son suicide: un an de prison ferme


Alwihda Info | Par Djamil @ - 8 Décembre 2008

GUINGAMP (AFP) — Un internaute, qui avait aidé une jeune fille de 16 ans rencontrée sur un forum de discussion à se suicider, a été condamné lundi à un an de prison ferme et trois ans avec sursis pour "non assistance à personne en danger" par le tribunal correctionnel de Guingamp.

Ce jugement a été salué par l'association Action Innocence, qui lutte pour la prévention des dangers d'internet et a espéré qu'il fera jurisprudence.


L'internaute guide une adolescente dans son suicide: un an de prison ferme
GUINGAMP (AFP) — Un internaute, qui avait aidé une jeune fille de 16 ans rencontrée sur un forum de discussion à se suicider, a été condamné lundi à un an de prison ferme et trois ans avec sursis pour "non assistance à personne en danger" par le tribunal correctionnel de Guingamp.
Ce jugement a été salué par l'association Action Innocence, qui lutte pour la prévention des dangers d'internet et a espéré qu'il fera jurisprudence.
Jean sombre et tee-shirt noir, cheveux courts, Joël, un stagiaire expert comptable de 26 ans, avait expliqué très calmement fin septembre à la barre l'empathie qu'il avait éprouvée à l'été 2005 pour Florence, adolescente aux pulsions suicidaires, au point de l'aider à passer à l'acte.
"Je voulais créer un lien avec elle. J'avais un sentiment fort envers cette personne", a-t-il témoigné, affirmant qu'il ne pensait pas qu'elle réussirait à obtenir les médicaments mortels. Le jeune homme, alors étudiant, se remettait d'une dépression durant laquelle il avait lui-même envisagé de se tuer.
Au cours d'une liaison de quatre semaines par courriels et SMS après leur premier contact, Joël avait conseillé à Florence d'utiliser de la morphine. Il lui avait expliqué dans les moindres détails les doses à ingérer, comment falsifier des ordonnances et même comment se rendre dans un endroit reculé pour avoir le temps de mourir avant que quelqu'un la trouve.
Alors qu'il connaissait la date prévue du suicide, il n'avait à aucun moment donné l'alerte. "J'ai pas envie que tu partes et pourtant c'est moi qui te donne les clefs pour t'en aller", avait-il écrit à Florence peu avant sa mort.
Le corps de la jeune fille, domiciliée à Lannion (Côtes d'Armor), avait été retrouvé le 5 septembre 2005 dans une forêt du Finistère et l'enquête avait conclu au suicide par médicaments.
En inspectant son ordinateur, les parents avaient découvert trop tard la correspondance de leur fille avec Joël, alors étudiant en Haute-Savoie.
Lundi, le jeune homme n'a pas fait le déplacement pour entendre sa condamnation.
"Un an de prison ferme, c'est lourd", a réagi son avocat, Me Henry Graïc, qui avait décrit à l'audience la démarche de Joël comme "un conseil imbécile d'un garçon immature". Il n'a pas exclu que son client fasse appel.
Condamné pour "non assistance à personne en danger", le jeune homme a cependant été relaxé du chef d'accusation de "provocation au suicide". Il encourait cinq ans d'emprisonnement, et l'avocat général avait requis quatre ans de prison dont un avec sursis.
Par ailleurs, deux peines de 12 mois de prison avec sursis et 300 euros d'amende et de 18 mois avec sursis et 3.750 euros d'amende ont été prononcées contre la préparatrice en pharmacie qui a délivré la substance et la gérante de l'officine pour "homicide involontaire". Le tribunal leur a reproché d'avoir délivré la morphine sur la base d'une ordonnance falsifiée.
"Cette condamnation intervient dans un domaine où il n'y avait pas encore de jurisprudence", a déclaré à l'AFP Véronique Fima, directrice générale d'Action Innocence, soulignant qu'il y avait "de plus en plus d'incitations ou de suicides ou de pactes suicidaires avec des jeunes qui se donnent rendez-vous par Internet".
Après cinq ans de polémiques et de procès ayant suivi la publication en 1982 du livre "Suicide mode d'emploi", le Parlement a adopté le 31 décembre 1987 une loi réprimant la provocation au suicide, désormais punie de 3 ans de prison et 45.000 euros d'amende.
L'un des auteurs de ce livre, Yves Le Bonniec, avait été condamné en novembre 1986 par la cour d'appel de Paris à 6 mois d'emprisonnement avec sursis pour non-assistance à personne en danger.

Source:
AFP