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ANALYSE

La Choura islamique, système démocratique ou théocratique ?


Alwihda Info | Par Kamal Znidar - 21 Septembre 2016

La Choura, dans son sens politique, est un concept qui met le pouvoir entre les mains du peuple. Ce sont les citoyens qui prennent les grandes décisions et décrètent les lois et la politique de leur monde.


La Choura islamique, système démocratique ou théocratique ?
Ce concept fait du peuple le noyau et l'architecte de son système politique. Il lui offre le droit de dessiner le mode qui va gouverner son monde et décider s'il soit entièrement ou partiellement conforme à l'Islam ou non.

La décision du peuple, une fois prise en fonction de l'avis majoritaire, personne n'a le droit d'aller à l'encontre de sa volonté populaire. Personne n'a le droit de lui imposer des lois et des politiques qui sont loin d'être conformes au choix de la majorité de ses composantes.

Dans le choix du fonctionnement de son monde, le peuple est libre. Il est libre de choisir le modèle politique qu'il voit juste pour son gouvernement. S'il décide que ce modèle soit islamique, ceci est son droit. Et s'il décide le contraire, ceci est également son droit.

Choura, en tant que pilier majeur de l'Islam politique, et dictature sont oxymore. Pour dire qu'un système politique est islamique, ses lois et ses politiques ne doivent pas être seulement conformes à l'Islam mais doivent être aussi conformes à la volonté populaire.

L'Islam est une religion qui dénonce et interdit toutes les formes de la dictature et de l'esclavage. Les peuples sont libres dans leurs choix. Ils ont le droit d'accepter l'Islam comme modèle politique comme ils ont le droit de le refuser ou partiellement s'en inspirer.

Recommander aux peuples de gouverner leurs sociétés conformément aux préceptes moraux de l'Islam est certes une obligation pour chaque musulman, mais avec prise en considération qu'il est strictement interdit de forcer ces peuples à islamiser leur monde.

La contrainte religieuse va à l'encontre de l'esprit et l'essence de l'Islam. L'islamisme doit être adopté avec la volonté et la conscience libres des peuples. Son adoption n'a une valeur que lorsqu'elle vise le contentement et l'obtention de l'agrément d'Allah.

Un islamiste -au vrai sens du terme- respecte le choix des peuples qui rejettent l'islamisme. Il respecte leurs refus de la Charia et des principes islamistes et leur adoption de modèles non-islamiques. C'est ça l'esprit islamiste… Le contraire, c'est de la dictature voire de l'esclavage.

Ces systèmes qui imposent à leur monde des modèles politiques qui vont à l'encontre de leur volonté populaire sont tout sauf "modèles islamistes". Ils sont en réalité des bandes criminelles, systèmes mafieux et dictatoriaux, qui ne prennent de l'islamisme que le nom.

Ces bandits, ces dictateurs et ces esclavagistes, disent servir l'Islam. Mais dans la réalité, ils ne l'ont jamais servi. Au contraire, ils ont détruit son monde, l'ont rendu un monde souffrant du retard et des crises sur tous les plans, et nuit de la sorte à sa réputation et sa belle image.

LES DIFFERENTS MODELES DE LA CHOURA

Le concept de la Choura fait du peuple le maître de son monde. C'est lui qui décide des lois qui vont organiser la vie dans sa société. Les orientations politiques de son monde, leur choix dépend intrinsèquement de sa volonté populaire.

Cette volonté populaire, ses choix n'ont pas de couleur fixe. Leur couleur varie d'un monde à l'autre. Et même dans le même monde, ça évolue avec le temps et ça peut passer d'une position à son extrême voire à son vis-à-vis d'une génération à l'autre.

Grosso modo, de cette volonté populaire ne peuvent naître que trois grandes formes de modèles politiques :
- Des modèles politiques qui rejettent entièrement l'Islam ;
- Des modèles qui observent une partie des enseignements islamiques ;
- Des modèles qui sont à 100% conformes aux préceptes de l'Islam.

Les deux premiers modèles ne se comptent pas parmi les modèles islamistes. Les seuls modèles qui sont de l'Islam politique sont les derniers modèles, les modèles qui sont à 100% conformes aux enseignements islamiques.

Ces enseignements recommandent aux peuples un modèle politique de la Choura islamique. Ce modèle est basé sur les prescriptions divines "ces lois et ces politiques tirées des textes coraniques" et d'autres humaines "décidées par les citoyens du monde de l'Islam".

Ces dernières pour qu'elles soient qualifiées d'islamiques, ils ne doivent pas contredire le Coran et le bon sens. En allant contre les textes coraniques et les diktats de la sagesse, on ne parle plus de système de Choura islamique mais plutôt de Choura non-islamique.

Ce système peut s'autoproclamer de l'Islam politique. C'est le cas aujourd'hui de quelques systèmes gouvernant le monde musulman. Mais dans la réalité, il est tout sauf modèle islamiste. En réalité, il est un système non-islamique qui n'a pris de l'islamisme que le nom.

LA CHOURA ISLAMIQUE, SYSTEME DEMOCRATIQUE OU THEOCRATIQUE ?

Le fait que le système de la Choura islamique soit conforme à la volonté populaire ne veut pas systématiquement dire qu'il est démocratique. Ce modèle politique a beaucoup de points en commun avec la démocratie. Mais, par essence, il est théocratique.

Dans la Choura islamique, le peuple a le droit de choisir son gouverneur, contrôler sa politique, le destituer en cas d'insatisfaction de ses résultats, jouit d'une liberté de pensée et d'expression, etc. Mais toute cette liberté doit s'exercer dans le cadre du respect de l'Islam.

Dans les démocraties, le peuple peut pleinement faire ce que bon lui semble. Mais dans les systèmes de la Choura islamique, non. Sa liberté politique a des limites qui ne doivent pas être franchies.

En démocratie, le peuple peut -à titre d'exemple- légaliser la pratique sexuelle en dehors du mariage comme il peut interdire la polygamie. Mais dans un système de Choura islamique, il ne peut pas autoriser ce que Dieu a déclaré illicite et interdire ce qu'Il a jugé licite.

Dans les systèmes démocratiques, la volonté humaine prime sur la volonté divine. Le peuple fait ce qu'il veut. Dans sa pratique législative, il n'est pas demandé d'observer les enseignements divins et ne pas franchir les limites de la liberté que Dieu lui accorde.

Par contre dans les systèmes de la Choura islamique, c'est la volonté divine qui prime sur la volonté humaine. Les peuples ne peuvent pas faire tout ce qu'ils veulent. Leur liberté a des limites et doit se pratiquer dans le cadre du respect des diktats de l'Islam.

LA PLACE DU PROPHETE DE L'ISLAM DANS LE SYSTEME DE LA CHOURA ISLAMIQUE

La Choura islamique, dans ses débuts, était tout sauf un système dictatorial. Muhammad (que la bénédiction et le salut d'Allah soient sur lui) n'était jamais un dictateur qui n'appliquait que les directives divines et ses propres prescriptions.

A l'époque de son règne, une partie des lois et des politiques avait comme origine les décisions des citoyens du monde de l'Islam. C'étaient eux qui décident, après consultation, de toute chose publique qui ne faisait pas partie des sujets traités par les textes coraniques.

Le Messager n'était jamais un Législateur. Il n'avait aucune part dans l'ordre divin. En dehors de ce qui a été déjà fixé par Dieu, il était ordonné de ne pas instaurer de nouvelles lois ni de prendre de décisions politiques sans consulter le reste des citoyens du monde de l'Islam.

Dieu, dans Son Saint Livre, dit en s'adressant à Muhammad (que la bénédiction et le salut d'Allah soient sur lui) : {Et consulte-les à propos des affaires ; puis une fois que tu t'es décidé, confie-toi donc à Allah} Verset 159 de la Sourate 3.

Des affaires qui n'ont pas été traitées par le Coran, c'était le peuple qui décidait. Chacun des citoyens donnait son avis, et la décision finale se prenait en fonction du vote. Une fois prise, le Messager la promulguait, et par cet acte, la rendait publiques et obligatoires.

Adoptée, personne n'avait le droit de l'ignorer. Son respect et son application devenaient une obligation pour tous les citoyens. Tous ces citoyens étaient ordonnés d'observer les ordonnances issues de la volonté populaire une fois prises et promulguées.

Dans ce sens, Allah -dans Son Noble Livre- dit : {Il n'appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu'Allah et Son messager ont décidé d'une chose d'avoir encore le choix dans leur façon d'agir} Verset 36 de la Sourate 33.

Après la fin du règne des califes bien-guidés, le système de la Choura a été dévié de son sens. Il a cessé d'être un système ouvert à tous les citoyens et est devenu un système que monopolisent les nouveaux émirs des croyants et leurs cheikhs de l'Islam.

LE ROLE DU CALIFE DANS CE MODELE DE L'ISLAM POLITIQUE

Le Calife est un fonctionnaire nommé et rétribué par les citoyens du monde musulman. C'est lui, en étant serviteur de ce monde et défenseur de sa Législation, qui a le rôle d'assurer la bonne exécution des lois, des politiques et des ordonnances de la nation.

Le peuple dans le monde de l'Islam peut donner naissance à des politiques et édicter des ordonnances qui ne contredisent en rien les textes du Coran et qui ont pour finalité, la réalisation du bonheur, du progrès et de la sécurité des citoyens de la société musulmane.

Ces politiques et ces ordonnances sont l'expression de la volonté générale de la nation. Cette volonté s'exprime par le peuple lui-même selon la pratique du référendum. Elle est donc le produit de la majorité des voix.

Une fois votées, elles doivent être promulguées voire officialisées par le Calife du monde de l'Islam, qui par cet acte, reconnait et atteste la validité du vote et rend ces politiques et ces ordonnances publiques et obligatoires.

Quoi qu'il en soit, nul n'est censé ignorer les politiques officialisées et les ordonnances promulguées. Le respect et l'application de ces politiques et ces ordonnances constituent une obligation pour chaque citoyen du monde musulman.

Le rôle du Calife ne se limite pas à l'officialisation des politiques et la promulgation des ordonnances de la nation. Ce plus haut-fonctionnaire de la nation doit aussi veiller sur leur bonne exécution, sinon il risque d'être limogé et sanctionné pour violation de la Loi.

(*) Kamal Znidar, écrivain marocain, auteur du livre "Islam : meilleure religion au monde"