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ANALYSE

La polygamie au Tchad : Entre sacerdoce culturel et défi de l'autonomie


Alwihda Info | Par Ndafogo Salmanou Ludovic - 26 Janvier 2026


La persistance de la polygamie au Tchad (touchant environ 39 % des femmes en union) n'est pas uniquement le fruit d'une adhésion spirituelle ou culturelle ; elle est intimement liée à une architecture socio-économique qui laisse peu d'alternatives aux femmes.


La polygamie au Tchad : Entre sacerdoce culturel et défi de l'autonomie



  Au Tchad, la polygamie est une pratique profondément ancrée dans les normes sociales, religieuses et coutumières. Bien qu'elle soit souvent présentée comme un choix personnel ou un héritage culturel, son impact sur les droits des femmes — notamment en matière de consentement, d’autonomie et de dépendance économique — soulève d'importantes questions.


 

Un Phénomène Répandu mais Contrasté


Les données démographiques révèlent que la polygamie touche une part significative de la population tchadienne. Parmi les personnes mariées âgées de 12 ans et plus, plus d’une sur quatre vit en union polygamique. Environ 39 % des femmes tchadiennes en union sont dans des mariages polygames. L'âge au premier mariage reste également précoce, avec 61 % des femmes de 20 à 24 ans mariées avant 18 ans, selon des études récentes.



Consentement : Légal mais Soumis aux Normes Sociales


Le droit tchadien exige le consentement libre des deux époux pour le mariage, y compris pour la polygamie. Cependant, dans la pratique, ce consentement est souvent influencé par des normes sociales. La pression familiale et communautaire peut rendre difficile pour une femme de refuser la polygamie, entraînant des conflits entre les attentes sociétales et son désir d'autonomie.




Autonomie Économique : Une Précarité Persistante


L’autonomie économique est cruciale dans le pouvoir de décision des femmes. Bien que les femmes représentent une part importante de la force de travail, leur position demeure précaire. En 2024, le taux de participation des femmes à la population active était de 48,5 %, bien en deçà de celui des hommes. Beaucoup travaillent dans des emplois informels ou à faible valeur ajoutée, limitant leur accès à des revenus stables et à la protection sociale. Cette dépendance économique réduit leur capacité à faire des choix indépendants.




Divorce et Vulnérabilité Sociale


Les proportions de veufs et de divorcés sont relativement faibles au Tchad, en partie à cause des coûts sociaux, économiques et symboliques du divorce qui dissuadent de nombreuses femmes de quitter un mariage malgré des difficultés. Cette réalité renforce leur vulnérabilité.




Droit et Religion : Cadres Contradictoires ?


Juridiquement, la polygamie est reconnue, tout en affirmant le principe du consentement et le droit pour la femme de la refuser. Religieusement, l'islam, majoritaire au Tchad, autorise la polygamie sous condition d’équité entre épouses, mais cette exigence est souvent négligée dans la pratique.




Vers une Redéfinition des Normes Sociales ?


Les perceptions évoluent, surtout parmi les jeunes générations urbaines et les femmes instruites, qui aspirent à des unions basées sur l’égalité et le respect mutuel. Cependant, la dépendance économique et les normes sociales fortes continuent de conditionner le libre choix des femmes.

 

La polygamie au Tchad se situe à l'intersection d'un cadre légal qui encourage le consentement et d'une réalité sociale où les normes culturelles en limitent souvent l'effectivité. Pour garantir le respect des droits des femmes, il est essentiel de promouvoir l'éducation, l'autonomie économique, l'accès à l'information juridique, et de poursuivre le dialogue sur les normes sociales qui régissent les relations familiales. Cela permettra de redonner aux femmes la voix et le choix qu'elles méritent.



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 99267667 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)