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ANALYSE

Mohamed Ahmed Edou, dit JABHA, le plus ancien prisonnier politique Djiboutien


Alwihda Info | Par Hassan Mokbel - 1 Mai 2016 modifié le 30 Avril 2016 - 23:14


Mohamed Ahmed Edou, dit JABHA, le plus ancien prisonnier politique Djiboutien
Mohamed Ahmed Edou, dit JABHA, le plus ancien prisonnier politique Djiboutien
Peu de termes assez élogieux pourraient décrire quel homme est Mohamed Ahmed, dit JABHA. Un résistant opiniâtre, en lutte contre la dictature djiboutienne, courageux parmi les courageux, fidèle à ses convictions et ce, dès la genèse du FRUD, en 1991. Celui qui n’a jamais courbé l’échine en 25 ans de combat face à un régime tortionnaire, cristallise toute la haine de ce dernier contre l’opposition en générale, et celle  armée en particulier. Un héros traité comme un criminel, torturé atrocement, enfermé dans les geôles djiboutiennes depuis mai 2010.  Six ans déjà. Six longues années que JABHA vit un véritable calvaire. Il est détenu dans de terribles conditions à Gabode, la tristement célèbre prison centrale de Djibouti, sans autre forme de procès, sans avoir accès à un avocat, privé de soins élémentaires, soumis à des humiliations et des menaces de mort quotidiennes.

Quels sont les délits commis par JABHA pour que le régime d’Ismaïl Omar Guelleh s’acharne à le maintenir coûte que coûte en détention ? D’autres opposants, arrêtés puis emprisonnés, ont été libérés. Les dernières libérations en date, celles de l’ancien Maire de Djibouti Abdourahman TX et de l’ancien ministre Hamoud Soultan(je fais partie de ceux qui ont applaudi leur libération) -arrêtés suite à la terrible affaire de Buldhuco, où Ismaïl Omar a fait tirer sur la foule commettant ainsi un  massacre- un de plus- ( 60 personnes tuées et/ou portées disparues),- témoignent une nouvelle fois du deux poids deux mesures qui caractérise l’archaïsme politique de Djibouti. Le Président djiboutien semblerait craindre un soulèvement général des Yonis Moussa. Et les Afar ? Où se terrent-ils ?  Se sont-ils définitivement résignés au point de ne pouvoir revendiquer la libération d’un de leurs héros les plus emblématiques ?

Les Afar sont-ils devenus dans leur propre pays des citoyens de seconde zone qu’on peut détenir en prison  indéfiniment voire même qu’on peut tuer impunément ? Les assassinats  du Petit Hafez et du berger Haïssama, pour ne citer que ces deux martyrs, sont gravés à jamais dans la mémoire collective des djiboutiens….

Les voix qui n’ont pas tardé à se faire entendre lorsqu’à Marwalé, trois véhicules ont été brûlés, sont étrangement silencieuses quand il s’agît d’exiger le respect du droit fondamental à un procès juste et équitable. Pour rappel, aujourd’hui encore, le gouvernement djiboutien refuse obstinément de signifier à JABHA les actes d’accusation à son encontre. Ce refus délibéré prive le plus ancien prisonnier politique djiboutien d’être traduit devant un tribunal et ainsi pouvoir se défendre.

JABHA est –il détenu pour l’exemple ? N’est-ce-pas un moyen de pression pour étouffer toute velléité de lutte du reste de la population ? Serait-il devenu une arme de dissuasion pour empêcher les autres résistants de continuer le combat ? Ou Ismaïl Omar et ses obligés  auraient-ils tout simplement peur de la détermination et de l’abnégation dont fait preuve JABHA ? Il est fort possible qu’un tel courage politique angoisse IOG.  Une libération éventuelle pourrait susciter un fort engouement auprès des Djiboutiens en colère mais aussi déclencher une certaine prise de conscience….. Tôt ou tard, justice se fera….

Et pour paraphraser le célèbre chanteur et poète Afar, Houssein « Hadarmo » (Paix à son âme) ;

 Que  le Tout Puissant préserve JABHA jusqu’au jour où l’on présentera devant un Tribunal tous les alimentaires et tous ceux qui se sont spécialisés dans l’art de la contorsion politique….

Malgré sa détention, Mohamed Ahmed « JABHA » a la conscience tranquille. Il n’est pas un criminel, il n’a volé aucun centime du dénier public et il n’a commis aucun viol. Bien au contraire…  En mai 2010, lors de son arrestation, c’est au péril de sa vie que JABHA est intervenu et fait échouer une tentative de viol d’une femme enceinte par un groupe de soldats djiboutien. C’est cet acte de bravoure qui l’a conduit tout droit derrière les barreaux. Son seul crime, si crime il y a, c’est de s’être opposé vigoureusement à la nature oppressive du régime installé à Djibouti en juin 1977.

Le regretté, Ahmed Dini Ahmed, qui a dirigé l’Opposition de Djibouti (Paix à son âme), avait l’habitude de dire «  Qu’aucune force, qu’aucune quincaillerie au monde ne peut assurer la pérennité d’une dictature ».

En dépit des tintamarres et du  bruit de fond de la campagne électorale, empreinte des glorioles,  qui s’est achevée, suivi d’une réélection  contestée dont les résultats étaient prévisibles d’avance, le régime d’IOG patauge dans l’échec à tous les niveaux : politique, économique et social, administratif et militaire…

Un exemple significatif de cet échec ; 65% de la population djiboutienne est au chômage dont 70% sont des jeunes âgés de 20-25 ans… Et le pire est que l’avenir de cette jeunesse est totalement hypothéqué à cause de l’explosion de la dette extérieure du pays…..

Le blocus alimentaire et sanitaire imposé aux régions Nord et Sud-Ouest du pays est un autre exemple de la vision étriquée qui caractérise cette dictature qui sévit depuis 39 ans à Djibouti.

Les tenants du pouvoir ont démontré leur  incapacité notoire à faire de Djibouti un Etat de droit et de la République une démocratie… Ils ont  outrageusement tribalisé le système politique et le Pays tout entier, dépassant très largement en cela leurs maîtres de naguère, les colonialistes…..

Le Ras-le-Bol de la population djiboutienne est un fait patent….

Partant de ce constat, le moins que l’on puisse dire est, que la chute de ce régime est inévitable.

Qu’on se le dise !!!!!!

En tout état de cause ;

Je joins ma voix à celles de tous les djiboutiens courageux qui ont osé réclamer, haut et fort, la libération immédiate et inconditionnelle du plus ancien prisonnier politique djiboutien, Mohamed Ahmed Edou dit « JABHA » !!!!!

Hassan Mokbel.