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AFRIQUE

Pour aider les pays les plus pauvres, la Banque mondiale se tourne vers la dette


Alwihda Info | Par AFP - 18 Avril 2018 modifié le 18 Avril 2018 - 04:20


Un habitant d'un bidonville de Freetown transporte des objets récupérés dans une décharge, le 28 mars 2018 / © AFP/Archives / ISSOUF SANOGO
Un habitant d'un bidonville de Freetown transporte des objets récupérés dans une décharge, le 28 mars 2018 / © AFP/Archives / ISSOUF SANOGO
La branche de la Banque mondiale dédiée aux pays pauvres a annoncé avoir levé pour la première fois de son histoire 1,5 milliard de dollars sur le marché de la dette, une opération rendue nécessaire pour faire face à ses besoins croissants en financement.

Lancée lundi, cette émission obligataire a suscité un fort intérêt des investisseurs à travers le monde, avec une demande trois fois plus forte que l'offre et s'élevant à 4,6 milliards de dollars, indique l'Association internationale de développement (IDA en anglais) dans un communiqué.

Les investisseurs asiatiques et européens sont les plus nombreux à avoir souscrit à l'opération, devant ceux du continent américain, et enfin du Moyen-Orient et d'Afrique. Par type d'investisseurs, ce sont les institutions et les banques centrales qui arrivent en tête, devant les assurances et fonds de pension, puis les banques et les gestionnaires d'actifs.

"Cette obligation à cinq ans marque le lancement du programme d'emprunt de l'IDA", a souligné l'association, qui jouit d'un triple A aussi bien chez Moody's que l'agence Standard and Poor's (SP Global Ratings).

Jusqu'à présent, cette branche de la Banque mondiale, créée en 1960, dépendait exclusivement des contributions des pays riches, contrairement à d'autres branches de l'institution, comme la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), qui se financent déjà sur les marchés. Les Etats-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France sont ses principaux contributeurs. 

L'opération avait été annoncée en décembre 2016. L'IDA, qui se refinance tous les trois ans, avait alors reçu des promesses de renflouement "record" de 75 milliards de dollars pour la période 2017-2020, un montant en hausse de 44,2% destiné à intensifier son soutien aux pays en guerre, aux populations déplacées et à la lutte contre le réchauffement climatique.

Mais avec une innovation: il était dès le départ prévu que sur cette somme, près d'un tiers proviendrait d'obligations. Un autre tiers doit provenir des contributions de 54 Etats donateurs et le dernier tiers de réallocations de fonds par la Banque mondiale.

- Inquiétudes des ONG -

Cela "va permettre à l'IDA d'utiliser la puissance des marchés de capitaux pour relever certains des défis mondiaux les plus importants et d'aider des millions de personnes à sortir de la pauvreté", s'est félicité Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale, cité dans le communiqué.

Au total, l'IDA oeuvre dans 75 pays en leur accordant des dons ou des prêts concessionnels à des taux extrêmement bas. Elle a notamment permis, au cours des six dernières années, de vacciner 250 millions d'enfants, mais a aussi facilité l'accès à l'eau potable pour 72 millions de personnes et aux services de santé pour 602 millions de personnes, selon un dossier de presse.

Grâce à ce nouveau financement, l'IDA prévoit notamment de diversifier ses prêts et d'en proposer de nouveaux à des Etats en voie de transition vers la catégorie des pays à revenus intermédiaires. 

Mais ce nouveau mode de financement inquiète certaines ONG. Lors du renflouement de l'association en 2016, Oxfam avait exprimé des inquiétudes sur le fait qu'il puisse conduire à un désengagement financier des Etats.

Or, récemment les Etats-Unis ont lancé des signaux sur une possible réduction de leur financement: le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a ainsi défendu la semaine dernière des propositions de budget réduisant notamment de 8% le budget alloué à l'IDA.

Plus globalement, l'aide au développement (APD) est le parent pauvre des politiques publiques. Selon l'OCDE, elle a atteint 146,6 milliards d'euros en 2017, en léger recul de 0,6%, soit une moyenne pour les pays donneurs de 0,31% de leur revenu national brut, loin de l'objectif de 0,7%. Celui-ci n'est respecté que par le Danemark, le Luxembourg, la Norvège, le Royaume-Uni et la Suède.