Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
INTERNATIONAL

Présidence de l’UA : l’Egypte veut tirer l’Afrique vers le haut


Alwihda Info | Par Jean-Baptiste Lemoine - 20 Février 2019 modifié le 20 Février 2019 - 15:50

L’Egypte a pris officiellement la présidence tournante de l’Union africaine le 10 février. Le pays, dirigé par Abdel Fattah al-Sissi, a donc un an pour continuer à réformer une organisation qui souhaite s’emparer des enjeux colossaux auxquels est confronté le continent africain. Dans la ligne de la présidence rwandaise, Le Caire entend pousser les réformes institutionnelles sans oublier le développement de l’économie panafricaine et les questions sécuritaires.


Présidence de l’UA : l’Egypte veut tirer l’Afrique vers le haut
L’Union africaine – à l’image de toutes les organisations internationales qui réunissent plusieurs dizaines d’Etats – est un outil aussi utile que difficile à piloter. Cet honneur vient d’échoir à l’Egypte en ce début d’année 2019. Le président rwandais Paul Kagame a passé la main le 10 février à son homologue égyptien au cours de la session d’ouverture du 32e sommet à Addis-Abeba. Une passation de pouvoir cordiale qui n’occulte pas l'important travail qui reste à accomplir après les différents chantiers ouverts par le chef d’Etat rwandais.

Faire de l’Union une force

Kigali a mené une présidence active au cours de l’année 2018. Les questions institutionnelles ont dominé l’agenda. Ces dernières sont si délicates qu’elles ne manqueront pas de marquer cette nouvelle présidence. Le président égyptien devra conclure la sensible réforme de l’indépendance financière de l’Union africaine. Il s'agit d'un chantier compliqué pour une organisation financée à plus de 50 % par des dons venus de l’étranger. La question de l’indépendance des décisions se pose légitimement et l’Union africaine planche sur l’instauration d’une taxe sur les importations pour financer l’organisation. Le principe est bon, mais sa mise en œuvre devrait être ardue.

La réforme de la Commission est peut-être plus difficile encore à mener après le premier échec essuyé par Paul Kagame en novembre 2018. Une majorité d’Etats s’est prononcée contre la nomination des adjoints par le chef de l’organe exécutif de l’UA. La crainte de voir un leader trop charismatique et entreprenant s’imposer malgré la présidence tournante ? Pour s’acquitter de sa mission, Abdel Fattah al-Sissi sera secondé du Sud-africain Cyril Ramaphosa (1er Vice-président), du tout nouveau président de la RDC Félix Tshisekedi (2e Vice-président), du Nigérien Mahamadou Issoufou (3e Vice-président) et d’un habitué de l’UA en la personne de Paul Kagame (4e Vice-président et rapporteur).

L’Egypte comme moteur de l’Afrique

Cette nouvelle équipe va également se consacrer aux priorités que souhaite porter un Etat égyptien à la fois arabe et africain. Cette double identité et le poids de l’Egypte a longtemps été un handicap pour Le Caire qui a souffert de la méfiance de ses partenaires. Le changement de régime en 2013 a été l’occasion pour l’Egypte de faire valoir son ADN africain et de travailler au renforcement de ses liens avec le reste du continent. Cela passe d’abord par des relations économiques plus resserrées. L’Egypte investit environ 10 milliards d’euros par an sur le continent africain et reçoit presque cinq fois moins d’investissements de la part du reste de l’Afrique.

Les chiffres illustrent la faiblesse des échanges entre les deux entités. C’est pourquoi le président Al-Sissi aura à cœur de faire ratifier l’accord relatif à la zone de libre-échange continental (Zlec) qui doit permettre de stimuler le commerce intra-africain. Aujourd’hui, moins de 20 % du commerce des pays africains se fait sur le continent. Le projet de Zlec prévoit de réduire progressivement les droits de douanes entre les Etats africains et ainsi favoriser le commerce. Ce projet fait partie intégrante du programme « Agenda 2063 » qui vise une profonde transformation socio-économique attendue depuis longtemps par l’Afrique.

Un projet utile pour un continent jeune qui devrait compter environ 400 millions de personnes âgées entre 15 et 24 ans en 2045. Les nouvelles générations sont appelées à participer au développement des infrastructures et de l’économie. Pour cela, l’Egypte entend soutenir la création d’emplois et créer une machine industrielle puissante qui profite à tous les pays africains. Le développement de l’agriculture et de la pisciculture afin d’assurer la sécurité alimentaire du continent fait partie des enjeux les plus importants que s’impose l’Egypte.

Cet objectif de développement économique est finalement lié à l’ultime priorité sur laquelle les efforts égyptiens vont se porter : la paix et la sécurité. Le Caire va lancer en 2019 le Centre de l’Union africaine pour la reconstruction et le développement post-conflit (CRDPC) et renforcer les mécanismes de reconstruction au sein du continent. Enfin, du côté préventif, l’Egypte a renouvelé ses vœux de triompher de l’intégrisme religieux.

L'Egypte a en effet l'ambitieuse mission de consolider la coopération continentale pour vaincre le terrorisme en réformant le Conseil africain de paix et de sécurité. Le pays souhaite participer activement à la prévention des conflits régionaux grâce à des dispositifs de médiation élaborés. Bref, « l'Egypte se concentrera (...) sur la sécurité et le maintien de la paix » et moins sur « la réforme financière et administrative de l'UA en tant qu'institution », estime Ashraf Swelam, directeur général du CCCPA (lié au ministère des Affaires étrangères). Une année 2019 qui s’annonce aussi passionnante que chargée pour la présidence égyptienne.

Jean-Baptiste Lemoine