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POINT DE VUE

Quel regard porté sur la diplomatie tchadienne à la veille du cinquantenaire de l’indépendance nationale ?


Alwihda Info | Par Alwihda Info - 8 Juin 2010



Quel regard porté sur la diplomatie tchadienne à la veille du cinquantenaire de l’indépendance nationale ?

Par Talha Mahamat Allim - Genève, Suisse

Depuis l’accession du Tchad à l’indépendance, le pays a traversé une situation conflictuelle quasi-permanente, qui demeure d’actualité. Tous les secteurs de la vie socio-économique et politique n’ont pas été épargnés. Les efforts des uns et des autres ont été anéantis par les conflits meurtriers inter-tchadiens qui n’ont apporté que malheurs et désolations au pays.

Dans ce contexte, il est opportun, à la veille du 50ème anniversaire de l’indépendance du Tchad, de s’intéresser très brièvement au chemin parcouru par la diplomatie tchadienne et ce qu’elle doit être à notre sens dans un monde de plus en plus globalisant où les enjeux et les rapports de force se redéfinissent sans cesse.

Ces cinquante dernières années, le monde a connu de grandes transformations du système international aussi bien dans les échanges économiques et financiers que dans les relations politico-diplomatiques et les enjeux géostratégiques. Les moyens classiques de négociation et de régulation sont devenus inefficaces, et de nouvelles règles manquent pour suivre le rythme de la globalisation des problèmes et des interdépendances, de l’émergence et de la multiplicité des centres de pouvoir, de l’accroissement de la pauvreté, des inégalités et des risques d’ordre écologique, avec des difficultés à moraliser le système économique et financier international.

Cependant, les Etats ne restent pas inactifs ; ils essayent de reprendre le contrôle du système. Cela se voit à travers la multiplication des rencontres régionales et multilatérales, avec une présence marquée des experts de divers domaines concernés, dans l’optique de trouver de nouveaux cadres de négociation et instruments de régulation. En même temps, il se forme une dépendance croissante des pays pauvres à l’égard de diverses instances internationales qui s’accompagne, d’un côté, d’un affaiblissement des moyens dont disposent ces pays pour faire valoir leurs points de vue et défendre leurs intérêts, et de l’autre de leur marginalisation progressive.

De ce point de vue, la diplomatie tchadienne ne peut continuer à espérer de nouvelles réalisations ou meilleurs résultats en gardant les mêmes visions, objectifs et principes d’action ; il est nécessaire qu’elle se réforme. En paraphrasant Albert Einstein, ce serait de la folie que de s’attendre à un résultat différent en continuant à faire la même chose. Mais, avant d’explorer de quelle manière se réformer, il est utile de brosser un bref aperçu de ce qui peut être considéré comme les succès ou les échecs de notre diplomatie.

Il est évident que la diplomatie tchadienne reste marquée par les pesanteurs des conflits armés au Tchad et les règlements de ces conflits dans une démarche permanente de recherche de la paix. On se souvient de l’activisme diplomatique quant aux multiples pourparlers entre gouvernements successifs et rébellions tchadiennes ainsi que entre le Tchad et certains de ses voisins, du premier président N’garta Tombalbaye au président actuel Idriss Deby Itno, par l’entremise de divers médiateurs.

Cependant, certaines réalisations non négligeables sont à mettre à l’actif de la diplomatie tchadienne. On peut citer, entre-autres, la résolution pacifique du conflit entre la Libye et le Tchad, notamment le règlement par la voie des institutions juridiques internationales du différend concernant la bande d’Aouzou qui est revenue au Tchad. Notons aussi l’apaisement des relations conflictuelles avec le Soudan et le rétablissement de la confiance mutuelle bien qu’elle soit encore fragile et demande à être consolidée. A l’actif de la diplomatie tchadienne se trouve aussi le plaidoyer auprès de partenaires bilatéraux et multilatéraux en vue de régler la crise du Darfour et ses ramifications, surtout la prise en compte des réfugiés et déplacés à l’Est du Tchad. Mentionnons également les efforts pour l’intégration sous-régionale et le renforcement de la coopération sud-sud, notamment avec les pays asiatiques ; ce qui ouvre la voie à des opportunités intéressantes pour le Tchad. La réouverture de certaines ambassades et la création de nouvelles ont permis d’élargir l’horizon diplomatique tchadien, ce qui peut être bénéfique pour le Tchad si certaines conditions sont remplies, notamment une vision claire, la compétence, une véritable stratégie, un certain degré de moralité ou d’éthique, une bonne gestion…

Ces quelques résultats ne doivent pas masquer certaines carences comme en témoignent, malgré l’implication d’honorables et compétents médiateurs, le balbutiement et les difficultés à bâtir une véritable réconciliation nationale et mettre définitivement fin aux conflits meurtriers qui n’ont cessé d’endeuiller la population tchadienne. La gestion et le fonctionnement de certaines représentations diplomatiques, et plus spécifiquement de certaines missions, restent défaillants et les niveaux de compétence de leurs dirigeants restent à améliorer. Les manœuvres politiciennes qui s’y enracinent s’opposent à leur cohésion et à leur efficacité productive.

Nous pouvons aussi évoquer la dégradation progressive des conditions de vie et de travail des tchadiens en service au sein des ambassades, exceptés leurs dirigeants. En outre, au-delà de la coopération bilatérale et multilatérale, les représentations diplomatiques sont au service de la communauté tchadienne résidant dans les pays hôtes, ce qui est une opportunité pour entretenir et valoriser des bons rapports et surtout de s’informer et de se sensibiliser mutuellement en vue de mobiliser tout ce qui est nécessaire et peut être utile pour le progrès du Tchad et le bien être des tchadiens de l’intérieur comme de l’extérieur du pays. Cependant, hormis l’invitation à participer à des festivités nationales, cette opportunité n’est pas saisie par certains ambassadeurs pour en faire un outil de participation à la pacification, au développement et à la construction d’un meilleur avenir pour le Tchad.

La liste des insuffisances est longue : le manque des résultats dans certaines négociations commerciales, l’absence d’une véritable politique de placement et de soutien des tchadiens dans les instances régionales et internationales, la question épineuse des droits de l’homme bien qu’elle serve souvent d’argument de propagande et de prétexte pour vendre des cacahuètes, l’absence d’une politique de promotion de la jeunesse pour diversifier les compétences tout en redynamisant le fonctionnement des ambassades tchadiennes et en préparant une relève efficace…

Enfin, d’une part, la diplomatie tchadienne a été aussi marquée par 40 ans d’opérations du développement dont les résultats restent mitigés. Certaines infrastructures ont été mises en place et ont servi le Tchad mais le fait marquant, c’est le poids de la dette et les effets dévastateurs des programmes d’ajustement structurel. Par ailleurs, au lieu de servir les intérêts de la population tchadienne, l’appareil national de production a été astucieusement et institutionnellement tourné vers l’extérieur pour approvisionner les économies occidentales. Cet ensemble a créé un contexte socio-économique et politique intenable, voire invivable pour la plupart des tchadiens. D’autre part, la diplomatie tchadienne a vu l’avènement des pratiques modernes de l’exercice du pouvoir politique (démocratie, multipartisme, bonne gouvernance…) mais, dans ce domaine le chemin à parcourir reste long ; l’enracinement de ces pratiques profitable à tous les tchadiens nécessite un environnement sain et sécurisé.

Les succès et les échecs de notre diplomatie n’ont pas été tous évoqués dans le présent article, mais une chose est certaine : la balance penche du côté des défaillances, et l’ordre existant doit changer. Ce n’est pas nous qui le dictons, mais ce sont les circonstances nationales, régionales et internationales qui l’imposent. Les réformes peuvent prendre diverses directions ; notre contribution à l’orientation à donner transparaît au travers de nos analyses antérieures, et les carences ci-haut évoquées ouvrent quelques pistes de réflexion.

Ce qui est certain, quelle que soit la direction que prendront ces réformes, elles devront être ancrées dans des textes législatifs et réglementaires (avec des moyens solides de contrôle de la mise en œuvre) animés par un véritable désir de changement, un esprit d’ouverture et une véritable volonté d’un système socio-économique, culturel et politique juste envers tous les tchadiens. Le nouvel ordre diplomatique tchadien devra aussi tenir compte des défis que pose le contexte local et global actuel, des enjeux qui sous-tendent ces défis, des nouvelles aspirations et des moyens humains, matériels et institutionnels qu’exigent ces dernières.

L’émergence, la croissance et l’efficacité de ce nouvel ordre nécessiteront le sacrifice de l’égoïsme, de l’égocentrisme, de l’égotisme et de la haine de l’autre pour laisser la place à l’intérêt général, à l’altruisme et à l’amour de l’autre au nom de la justice et du bien-être pour tous. Pour asseoir efficacement ce nouvel ordre, le Tchad aura besoin d’autres pays, en l’occurrence les pays africains, et de l’appui des institutions internationales, ce qui rend nécessaire la consolidation de son intégration régionale et internationale.

P. S : Nous constatons avec intérêt que depuis un certain temps, les tchadiens et tchadiennes se sont appropriés le débat sur le fonctionnement de nos institutions en général, et plus particulièrement de nos institutions diplomatiques. Ce qui est une bonne chose. Simplement, il faut éviter les attaques personnelles qui sont contre-productives. Nous avons toujours dit et répété que les attaques contre les personnes ne mènent à rien. Il faut éviter de vous laisser entraîner par certaines personnes mal intentionnées dans l’orientation de débats stériles et continuer vos réflexions constructives sur le Tchad et son avenir sans vous laisser distraire par des réactions inappropriées.

Nous vous suggérons vivement de cultiver le respect de l’autre dans sa différence et réagir avec raison et lucidité quels que soient les thèmes et les circonstances. Mettons en valeur ce qui marche au Tchad, et concentrons-nous sur ce qui ne marche pas pour apporter des propositions afin que les choses puissent changer positivement pour le bien de tous.



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 99267667 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)