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AFRIQUE

Sahel : la Covid-19 et les conflits ont forcé plus de 12 millions d'enfants à quitter l'école


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 19 Octobre 2020


Des enfants déplacés reprennent l'école à Kaya - Burkina Faso. © Innocent Parkouda/NRC
Des enfants déplacés reprennent l'école à Kaya - Burkina Faso. © Innocent Parkouda/NRC
Un nombre impressionnant de 12 millions d'enfants ont manqué jusqu'à quatre mois d'école au Burkina Faso, au Mali et au Niger en raison des restrictions imposées par le Covid-19. Pendant ce temps, 776 000 enfants ont été empêchés d'aller à l'école toute l'année en raison de l'insécurité, ont révélé de nouveaux chiffres du Conseil norvégien pour les réfugiés.

"Les enfants sont au milieu d'une double menace pour la santé et la sécurité dans le Sahel central. Les 40 000 écoles de la région ont été contraintes de fermer à cause de la pandémie, poussant les élèves de la maternelle au secondaire hors des classes dans une zone où l'accès à l'éducation est souvent déjà entravé par l'insécurité croissante, les déplacements répétés et la pauvreté", a déclaré Maureen Magee, directrice régionale du NRC en Afrique centrale et occidentale.

Alors que les écoles commencent à rouvrir dans toute la région, nombre d'entre elles manquent de ressources essentielles pour atténuer le risque de transmission de Covid-19. Au Niger, les installations d'eau et d'hygiène dans les écoles sont loin d'être adéquates. Seuls 15 % des quelque 18 000 écoles du pays disposent de points d'eau, et moins d'un tiers de toilettes. Au Burkina Faso, les écoles surpeuplées ont fait place aux enfants déplacés qui fuient la violence, même si les mesures de prévention de la Covid-19 nécessitent moins d'élèves par classe.

Selon les chiffres rassemblés par le NRC, la situation des élèves des écoles touchées par le conflit au Burkina Faso, au Mali et au Niger reste bloquée. Plus de 4 000 écoles sont restées fermées pour 776 000 élèves rien que pour des raisons d'insécurité pendant l'année scolaire 2019-2020. C'est presque deux fois plus qu'en 2018-2019.

Quatre-vingt-dix attaques ont été signalées dans le domaine de l'éducation dans le Sahel central rien qu'entre janvier et juillet 2020. Le Burkina Faso a connu le plus grand nombre d'attaques avec plus de 40 incidents signalés, dont des incendies criminels, des pillages d'écoles, des enlèvements, des menaces et des meurtres d'enseignants.

"Quatre mille écoles sont fermées ou incendiées, les bancs sont empilés, les tableaux sont vides et les enseignants sont absents. Trop d'enfants dont les vies sont déjà dévastées par les conflits, voient maintenant leur avenir ne tenir qu'à un fil", a ajouté M. Magee.

Pendant ce temps, les enfants non scolarisés sont particulièrement exposés à l'exploitation et à la violence sexuelles. Les cas de mariages d'enfants pour les étudiantes ont augmenté en flèche ces dernières années. L'ONU a enregistré 387 cas au Mali en 2020, contre 178 deux ans auparavant. Les étudiants de sexe masculin sont également confrontés à de graves risques en matière de protection. Plus de 190 cas d'enrôlement par des groupes et forces armés au Mali ont été enregistrés entre janvier et juin 2020.

Le financement de la réponse en matière d'éducation au Mali, au Burkina Faso et au Niger est insuffisant, avec seulement 15 % des fonds reçus cette année. Alors que la communauté internationale se réunit le 20 octobre au Danemark pour discuter de l'avenir des réponses humanitaires dans le Sahel central, le NRC appelle à une augmentation urgente des ressources pour garantir aux enfants vulnérables, en particulier aux enfants déplacés, la protection et l'accès continu à une éducation de qualité.

"La conférence des donateurs de demain sur le Sahel central doit inscrire l'éducation et la protection des écoles à son ordre du jour. Elle ne peut pas être le lieu de promesses non tenues une fois de plus. Seuls de véritables engagements politiques à la hauteur des enjeux de l'éducation dans la région permettront aux enfants de tourner la page et d'écrire un chapitre plus brillant pour la prochaine année scolaire", a déclaré M. Magee.

Des faits et des chiffres :

Le Covid-19 et la fermeture liée à l'insécurité ont forcé 3,8 millions d'enfants au Mali, 5,1 millions au Burkina Faso et 3,8 millions au Niger à ne pas aller à l'école. Cela représente un total de 12,8 millions d'enfants. Ce chiffre provient d'experts en éducation humanitaire dans chaque pays.
L'insécurité a contraint 4 127 écoles du Sahel central à fermer pour l'année scolaire 2019-2020 et 2 423 pour 2018-2019.
Les plans d'intervention en matière d'éducation pour le Sahel central sont gravement sous-financés : Burkina Faso : 20 % ; Mali : 17 % et Niger : 9 %.
Rien qu'entre janvier et juillet 2020, la Coalition mondiale pour la protection de l'éducation contre les attaques a identifié plus de 90 attaques signalées contre l'éducation dans la région, malgré les difficultés de suivi et de notification pendant la pandémie.