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TCHAD

Tchad : "le désordre s’installe" après le changement forcé au complexe scolaire Bahar (parent d'élève)


Alwihda Info | Par - 2 Janvier 2018 modifié le 2 Janvier 2018 - 14:28


M. Ousman Allatchi Nassour, père de deux élèves au Complexe Scolaire International Bahar (CSIB) se confie à Alwihda Info après les troubles politiques qui ont eu un impact sur la gestion du Complexe Scolaire International Bahar (CSIB).


M. Ousman Allatchi Nassour. Alwihda Info
M. Ousman Allatchi Nassour. Alwihda Info
Le Complexe Scolaire International Bahar (CSIB), dirigé par des investisseurs privés turcs, a été mis le mois dernier d’abord sous tutelle du ministère de l’Education nationale, ensuite transféré à la Fondation Maarif. Ses promoteurs ont été expulsés. En tant que parent d’élève, comment avez-vous vécu ces moments difficiles dans la vie de l’école que fréquente vos enfants ?

Ousman Allatchi Nassour : Franchement j’ai été surpris des décisions successives du gouvernement dans un temps record parce que tout cela s’est produit en pleine année scolaire. Nos enfants ont été désorientés. Ils ont fait deux à trois jours sans aller à l’école. Du coup, on nous informe que l’école a été mise sous tutelle du ministère de l’Education nationale d’abord provisoirement. Ensuite, à la veille de la visite du président de la Turquie, nous avons appris que le CSIB qui est un établissement privé est transféré à une fondation publique de l’Etat turc.

Lors de la visite du président de la Turquie au Tchad, les autorités ont qualifié les promoteurs du CSIB de « terroristes », partagez-vous cet avis ?

Ce n’est pas à moi de dire si ces promoteurs de l’éducation présents dans 170 pays avec 1 600 écoles dans le monde sont des terroristes ou non. Cela fait plus de dix ans que je côtoie les promoteurs du CSIB et il n’y a aucun signe qui indique qu’ils sont des terroristes. En tout cas, si l’on s’en tient au système d’enseignement, avec des enseignants à plus de 80% de confession chrétienne. Dans cette école il n’y a pas l’éducation islamique, ni religieuse. Donc il est difficile de dire que ces gens sont des terroristes, parce qu’il n’y a aucun signe.

En tant que parent d’élève, je n’ai remarqué aucun signe sincèrement. C’est un mot employé par les turcs eux-mêmes pour qualifier leur rivalité politique. L’Etat est libre d’utiliser n'importe quel mot pour qualifier ceux qui habitent sur son territoire en tout cas.

Vous avez certainement collaboré avec les promoteurs du CSIB, est-ce que ce sont des gens qui ont des attitudes radicales ?

Attitude radicale ? Je ne pense pas et à ce que je sache aussi, ce sont des personnes avec qui nous avons collaboré et travaillé en tant que promoteur de l’éducation nationale et parent d’élève. Sur le radicalisme ou terrorisme nous n’avons rien remarqué et ces gens ne semblent pas être des terroristes. Personnellement, je n’ai rien remarqué en toute franchise. Cela fait plus de dix ans qu’on est ensemble et je n’ai rien remarqué.

Le CSIB a été transféré à la Fondation Maarif, est-ce que vous pensez que cette situation va avoir des répercussions sur l’éducation des enfants ?

Les promoteurs du CSIB sont au Tchad depuis 2001, ils connaissent les mentalités des enfants, le système éducatif tchadien. Contrairement à ceux qui viennent de débarquer, je pense qu’il serait difficile. Les promoteurs du CSIB ont su maitriser les us et coutumes du Tchad et ils se sont adaptés aux réalités. Pour moi, les promoteurs du CSIB sont les meilleurs. Je pense qu’il sera difficile à ceux qui viennent d’arriver de prendre de faire la même chose.

Donc selon vous, avec ce transfert, la qualité de l’enseignement sera impactée négativement ?

Oui. Ceux qui ont pris l’école actuellement viennent directement de la Turquie, et enseigner du coup les enfants tchadiens sera difficile.

En tant que parent d’élève, êtes-vous entrain de souhaiter le retour des promoteurs du CSIB ?

Personnellement, je souhaite que les promoteurs du CSIB reviennent prendre l’école en main.

Quelle remarque avez-vous faite après le départ forcé des promoteurs du CSIB ?

Après le départ des promoteurs du CSIB, quatre jours après j’étais à l’école, j’ai remarqué qu’à l’entrée, dans un enclos, des jeunes filles de la classe de 5ème ou 4ème avaient mis de la musique à fond et étaient entrain de danser. Ce désordre n’existait pas lorsque les promoteurs du CSIB avaient le contrôle de l’école. Même les téléphones étaient strictement interdits. J’avais remarqué que l’établissement était complètement délabré, de la poussière partout, manque d’entretien, etc. Pour moi, déjà quelques jours après la reprise, c’est le désordre qui s’installe.

Vous avez pris la décision de ne plus confier vos enfants à l’école de la Fondation Maarif, pourquoi ?

J’ai pris la ferme décision de ne plus envoyer mes enfants là-bas. Avant, nous avons confié nos enfants à des gens qu’on connait pour leur rigueur dans l’éducation. Je connais le rendement de mes enfants. Maintenant avec ce désordre total, je préfère les garder à la maison et les envoyer à la rentrée prochaine dans un autre établissement. Le reste de l’année en cours, mes enfants vont le passer à la maison en apprenant le Coran. L’année prochaine, je vais les inscrire dans une autre école.

Avez-vous un message pour Maarif ?

J’aurais souhaité que le problème interne de la Turquie se règle sur place au lieu de venir perturber l’éducation des enfants Tchadiens sur leur territoire.

Vous souhaitez vraiment que les promoteurs du CSIB puissent revenir et continuer les cours ?

Je souhaite vivement qu’ils reviennent continuer librement à dispenser les cours, sous la supervision du ministère de l’Education nationale c’est-à-dire l’Etat Tchadien.
Djimet Wiche Wahili
Journaliste, directeur de publication. Tél : +(235) 66304389 E-mail : djimetwiche@gmail.com En savoir plus sur cet auteur