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ANALYSE

Tchad : pourquoi nos universités forment moins des intellectuels et plus des diplômes ?


Alwihda Info | Par Barra Lutter - 22 Janvier 2026


Dans de nombreux pays africains, l’université est devenue une usine à diplômes, plutôt qu’un creuset de pensée critique.


Les statistiques sont flatteuses : chaque année, des milliers de licences, masters et doctorats sont délivrés. Pourtant, le constat est amer : les intellectuels se raréfient, tandis que les diplômés se multiplient sans toujours être capables d’analyser, de proposer ou de transformer la société.

Ce paradoxe pose une question fondamentale : à quoi sert un diplôme s’il ne produit pas de vision, de savoir critique et d’engagement intellectuel ?

Le diplôme comme finalité, non comme moyen
L’une des principales dérives de nos universités est d’avoir fait du diplôme une fin en soi. Pour beaucoup d’étudiants, l’objectif n’est plus de comprendre le monde, mais d’« avoir le papier » : pour accéder à la fonction publique, pour obtenir une promotion sociale, ou simplement pour répondre à une injonction familiale. Dans ce schéma, la connaissance devient secondaire, l’esprit critique superflu, et la curiosité intellectuelle inutile.

Un enseignement trop théorique et peu formateur
Nos universités enseignent souvent des contenus figés, hérités de programmes anciens, parfois déconnectés des réalités africaines. Résultat : on apprend à réciter, on mémorise pour l’examen, on oublie après la soutenance. Former un intellectuel suppose pourtant d’apprendre à penser, à douter, à questionner le pouvoir, l’histoire, la société et même le savoir lui-même. Or, cette culture du débat et de la contradiction est encore trop faible dans nos amphithéâtres.

La peur de l’esprit critique
Un intellectuel dérange. Il questionne les évidences, critique les systèmes, refuse les dogmes. Dans plusieurs contextes africains, cette posture est mal vue, parfois découragée, voire sanctionnée. Ainsi, l’université forme des diplômés conformes, mais rarement des intellectuels libres.

La responsabilité des enseignants et des institutions
Il serait injuste de faire porter tout le poids aux étudiants ; des enseignants surchargés, mal rémunérés ou démotivés ; des universités sous-financées, une recherche scientifique marginalisée. Tout concourt à produire un système où transmettre un syllabus est plus simple que former des esprits.

Un enjeu vital pour l’Afrique
Un pays ne se construit pas uniquement avec des titulaires de diplômes, mais avec des intellectuels capables de penser l’avenir, de proposer des modèles adaptés, de défendre une vision collective. L’Afrique a besoin d’intellectuels enracinés et ouverts, de penseurs critiques et engagés, de cerveaux qui produisent des idées, pas seulement des certificats.

Réapprendre à former des esprits, pas seulement des carrières
Former des intellectuels, c’est accepter le débat, le désaccord, la critique. C’est faire de l’université un espace de liberté, pas une chaîne de montage académique. Car à force de produire des diplômes sans intellectuels, le Tchad risque de perdre ce qui fait sa véritable richesse : sa capacité à penser son propre avenir.



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 99267667 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)