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ANALYSE

Terrorisme : pourquoi le Sahel africain ?


Alwihda Info | Par Dr Zachée Betche - 4 Septembre 2021


A priori, le Sahel est une terre aride. On voit bien la maigreur de sa végétation parfois terriblement clairsemée. Aussi, la pâleur de l’espace jauni par de nombreux endroits illustre le sort quasi-funeste qui lui est réservé. Sa proximité d’avec le désert en dit probablement long sur cette situation spécifique. D’ailleurs la terminologie « région sahélo-saharienne » est largement usitée lorsque l’on évoque certaines contrées de la bande géographique africaine la plus austère.

Suivant ce qui précède, il faudrait même, semble-t-il, appréhender l’aridité encore plus en profondeur. Telle qu’elle se déploie dans cet espace, le concept en appelle à une intelligence beaucoup plus fine et diversifiée. Les observateurs les plus sceptiques y voient l’hypothèque possible d’une vie (bios) à long terme. Selon un certain catéchisme reçu, la misère y est consubstantielle tant elle charrie maintes désolations tels les délabrements anthropologique, environnemental, sécuritaire, culturel, etc.

Une partie de la population sahélienne actuelle n’a plus foi en l’existence. Au gré de l’absurdité ambiante, elle perd complètement le recul nécessaire. Pourtant, des peuples y ont vécu et continuent d’y « dominer la terre » en y façonnant leur bonheur. Il existe en son sein un biotope propre que l’on ne saurait objectivement éluder. On ne peut pas livrer le Sahel à un destin fataliste puisqu’il correspond à un monde certes différent mais largement habitable. Evidemment, comme dans certains univers, il faut prendre la pleine mesure de ses réalités et posséder les clés inhérentes qui permettent de s’y épanouir.

Il faut un discours de l’anti-fatalité pour décomposer les conclusions hâtives. Celles-ci ne sont nullement habilitées à incarner des solutions viables et fiables. Il faut de l’audace pour les proscrire. Car, faudra-t-il le questionner avec véhémence, d’autres lieux déserts du monde ne polarisent-ils pas des centres de progrès matériels, culturels, etc. ? Dans certaines contrées des Etats-Unis d’Amérique comme dans des pays tels les Emirats Arabes Unis, le Qatar, Israël et bien d’autres - pour ne citer que ces exemples les plus en vue -, le degré très élevé de chaleur et l’aridité des terres ne sont pas à proprement parler des critères décisifs entraînant fuites ou réductions drastiques de la démographie. Au contraire, ces lieux fonctionnent aussi comme des centres d’attractions migratoires. De nombreux habitants de pays de forêt peuplant le globe souhaiteraient s’y installer. Nous sommes bien logés aux confins d’un vaste paradoxe.

Aujourd’hui, l’espace sahélien africain est devenu l’épicentre de nombreux conflits dont le terrorisme islamiste en témoigne l’épaisseur de la complainte. Le décor est illustratif d’une gravité palpable. Le projet de néantisation dont la source ou les mobiles questionnent toujours alimente des débats de fond.

Pourquoi l’austérité supposée de la nature à elle seule ne suffirait-elle pas pour en poursuivre l’achèvement et en faire un lieu définitivement hostile pour quiconque ? A la vérité, si le Sahel africain est ce rien dont on exacerbe la description (ou peut-être la destruction), il va falloir reconsidérer la problématique. L’occupation de l’espace ou la théâtralisation des conflits en son sein ne semble pas aller sans conséquence. C’est une lapalissade que d’affirmer ceci : on ne lutte pas pour rien. Aussi, au-delà du discours ambiant, le lieu n’est pas si neutre. Il est choisi. C’est un Dasein, un être-là, objectivé. Car le ring, pour en emprunter la férocité de l’image, est bien le lieu idéal du noble art.

Une telle constatation vient contrebalancer l’idée même d’aridité sahélienne dont on parle. Le cadre n’est pas si inutile que ça. Il n’est pas si misérable ou pauvre. Il est strié par le flou des spectres provisoirement inexpliqués.

Le contexte dans son ensemble en appelle à la réaction. Deux au moins sont possibles : la fuite et l’enracinement.

La première hypothèse est adossée à l’insécurité massive qui agite le sempiternel spectre de la mort. Sa large diffusion dans l’espace sahélien et/ou sa banalisation légitiment encore un peu plus l’abandon ou la fuite. Mourir au Sahel est devenu un rituel dont on ne se lasse plus d’évoquer. Sans doute, le quotidien y est scandé par ces massacres dont les différentes symboliques traduisent l’extrême vulnérabilité à la fois des peuples et des Etats sahéliens eux-mêmes. Il faut sauver sa vie en quittant ne serait-ce que, pour un temps, dans une perspective stratégique. Mais pourrait-on y revenir ?

La seconde hypothèse se décline en questionnement : Mais que recherche-t-on au Sahel, espace si misérable si l’on s’en tient à ce discours reçu ? Les nombreux alibis dont l’officialisation perdure méritent une attention bien plus particulière de ses autochtones et des Etats. Nous devons savoir dans les détails pour quelles raisons la vie y est menacée : risque de radicalisation religieuse ou projet d’installation d’un califat, néo-colonisation feutrée, stratégie de conquête et spoliation des richesses du sous-sol, etc. ?

L’Afrique, en général, est victime de sa porosité idéologique, de son retard technologique entretenu, de son leadership fragilisé, etc. laissant libre cours à toutes sortes de manipulations. Quelquefois, on y vit comme des « hors-sol », sommés de s’inscrire dans des projets qui ne nous concernent pas. Ces Africains qui excellent dans des guerres fratricides au nom d’une radicalisation dite religieuse ternissent l’image d’ensemble de tout un continent. Pire, ils procèdent à l’auto-zombification. Il y a, au-delà d’une lapidaire éducation locale à insuffler, une conscientisation beaucoup plus profonde à introduire. Le coût d’un tel projet sera faramineux, certes, mais il participera à fonder une société nouvelle, libre, prompte à viser ses intérêts propres comme le font d’autres civilisations et peuples à l’intérieur comme à l’extérieur de leur terre. Le retour pacifique de certains activistes de Boko Haram au sein de leur cadre de vie d’antan correspond-t-il à une programmatique allant dans ce sens ? Il faut vivement l’espérer et que l’Afrique cesse de voir, sans rien faire, se répéter son histoire. Risquons l’utopie.