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ANALYSE

Uhuru Kenyatta à la CPI : une convocation qui s'apparente à une provocation


Alwihda Info | Par Serge Tchiloumbe - 17 Octobre 2014

L’actuel chef de l’Etat Kenyan, Uhuru Kenyatta, a répondu le 08 octobre 2014, à la convocation de la Cour pénale internationale (CPI) qui l’accuse de crime de guerre et crime contre l’humanité. Au delà des chefs d'accusation qu'elle a formulé, cette juridiction a demandé à l'accusé de prouver sa culpabilité. Ce qui apparait comme une provocation.


Uhuru Kenyatta à la CPI : une convocation qui s'apparente à une provocation
Ils sont nombreux, Africains comme occidentaux qui ont salué la « leçon du courage » d’un homme, qui a créé l’événement : Uhuru Kenyatta est, en effet, le premier chef d’Etat en fonction ayant répondu présent comme accusé devant la Cour pénale internationale, à la Haye (Pays-Bas).

Il est vrai qu’il savait qu’il ne risquait presque rien, personnellement, l’audience n’étant que technique. Mais, le fait est qu’il est président de la République du Kenya, élu par son peuple, parce qu’il avait confiance en lui. Donc, devant la cour, en dépit de ce qu’il se serait rendu à la Haye en son nom, il a représenté tout un pays, tout un peuple.

Pourtant, avant lui, un autre chef d’Etat africain, Omar El Béchir du Soudan, convoqué par la même cour qui a, du reste, lancé contre lui, un mandat d’arrêt international, n’a jamais eu l’intention de s’y rendre.D’ailleurs, l’Union africaine avait vivement réagi à ce que bon nombre d’africains qualifie de deux poids deux mesures la CPI.

Ainsi, le 12 octobre 2013, à l’issue d’un sommet extraordinaire qui portait sur un thème révélateur, à savoir «les relations de l'Afrique avec la Cour pénale internationale », l’organisation africaine a décidé de saisir le conseil de sécurité des Nations-Unies, pour demander l'ajournement de la mise en accusation des présidents et vice-président kenyans.

C’est pour quoi, l’insolite présence d’Uhuru Kenyatta, premier chef d’Etat en fonction devant cette cour pose beaucoup de problèmes.Premièrement, elle met en évidence et de la façon la plus cinglante, le manque respect que les occidentaux ont toujours fait montre vis-à-vis de l’Afrique.

D’une part, les faits reprochés à l’actuel président kenyan et à son vice-président remontent à 2007-2008. Au terme de l’élection présidentielle remportée par le président Mwai Kibaki, face à son challenger Railla Odinga qui contesta les résultats, des violences s’éclatèrent dans le pays, causant selon les sources, 1500 morts et environ 300.000 déplacés. Dès lors, la CPI décida d’ouvrir une enquête, accusant, entre autres, Uhuru Kenyatta de crime de guerre et de crime contre l’humanité. En septembre 2011, cette justice ‘’deux poids deux mesures’’ confirme ses accusations.

Pourtant, en dépit de ces graves accusations, les Kenyans ont majoritairement choisi, en mars 2013, dès le premier tour, Uhuru Kenyatta, l’un des fils de Jomo Kenyatta, comme leur chef d’Etat, à l’issue d’une élection dont les résultats ne furent contestés, ni par son challenger, ni par la communauté internationale qui se donne, souvent et arbitrairement, cette vocation.

La bienséance aurait commandé à la CPI, malgré ses pouvoirs absolus, de surseoir sa procédure contre Uhuru Kenyatta, le temps qu’il épuise son ou ses mandats.

D’autre part, pour prouver que cette convocation est à la limite une provocation, la CPI demande plutôt à l’accusé de prouver sa culpabilité. Inédit, n’est-ce pas !

Au-delà, donc, des chefs d’accusation qu’elle a formulés, la CPI n’a rien d’autre pour prouver que le président kenyan est responsable de ce qu’elle l’accuse. Dans cette logique unique en en son genre, Uhru Kenyatta se doit de produire les preuves de sa culpabilité, non pas de son innocence à la procureure, madame Fatou Bensouda, en lui fournissant ses relevés bancaires et téléphoniques. Comment une cour supranationale peut oser accuser un individu sans avoir les preuves de sa culpabilité ?

A scruter de près la convocation des chefs d’Etats africains par une justice qui devait être la plus impartiale, la pus internationale, on lit la volonté des grands de ce monde à fragiliser et déstabiliser l’Afrique. Il est vrai que ceux qui, en Afrique ne trouvent leur compte dans leur pays respectif que quand ils sont aux affaires ne verront nullement ce revers de la ‘’médaille’’ CPI.

Deuxièmement - et, c’est pour cela que sans calcul, les Africains ont adhéré au traité de Rome – la CPI a été créée pour juger tous les dirigeants du monde, responsables des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et autres. Pour cela, le pays d’origine des auteurs de ces délits doivent être parti au protocole de Rome.

Les intentions apparaissaient, tellement, claires que les Africains, dont les Chefs d’Etats y ont adhéré en toute bonne foi, se trouvent aujourd’hui et, à juste titre, à regretter cette adhésion.

Il n’y a pas de raison que le soudanais Omar El Béchir, Uhuru Kenyatta, Laurent Gbagbo soient les seuls à répondre devant la CPI, alors que l’américain, Georges Bush qui a bombardé l’Irak, à tort, en y ouvrant de fait une boîte de pandore, pardon de violences et Benyamin Netanyahou, le premier ministre israélien se la coulent douce.

A moins que la cour pénale internationale et ses donneurs d’ordre disent que les enfants civils palestiniens tués à l’arme lourde et écraser dans des immeubles démolis n’ont pas de droits. La question de la non-ratification du traité de Rome par ces Etats devient relative, dans la mesure où la Côte- d’Ivoire ne l’a jamais ratifié.

L’équité a fui, hélas, cette justice internationale dont tout le monde a salué la venue. Ainsi, Jean Pierre Mbemba, l’opposant et sénateur de la RDC, croupi dans les geôles de la CPI, pour avoir porté secours à un chef d’Etat en fonction, avec ses miliciens. Mais, Félix Patassé qui l’avait invité en RCA (paix à son âme), a rendu l’âme sans même recevoir une convocation de cette justice.

En fait, l’inéquité de la CPI – c’est le troisième problème qui se pose – prend sa source dans la composition de l’ONU, du de son conseil de sécurité qui, avec cinq membres, impose ses décisions à plus de 150 Etats, constituant son Assemblée générale, à cause du droit de véto.

Tout se passe comme si ces cinq puissants, en créant la cour pénale internationale, ont ‘’roulé’’ tous les autres pays dans la farine, en influant sur ces décisions.

Quatrièmement, le chef de l’Etat kenyan a mis en évidence la fragilité de l’Afrique, cautionnant ou encourageant, de fait, l’attitude irrespectueuse des occidentaux vis-à-vis du continent noir.

En effet, face à la décision de l’Union Africaine d’octobre 2013, Uhuru Kenyatta ne devrait plus répondre à la convocation de la CPI. Au moins pour être en harmonie avec l’instance suprême du continent dont il est partie prenante des décisions car les autres ne peuvent pas vous respecter si vous ne vous imposez pas ce respect.
Sans doute, pour se faire une popularité dans son pays, le président Kenyan a brisé la collégialité de la décision évoquée plus haut et fragilisé le semblant de cohésion affichée par les responsables africains au sortir du sommet extraordinaire d’octobre 2013.

Il va de soi que cette façon de faire constitue le lit des occidentaux qui n’ont jamais donné la preuve qu’ils prennent l’Afrique au sérieux. N’ont-ils pas assassiné Kadhafi, alors que l’Union africaine engageait le dialogue entre les protagonistes de la crise libyenne ?

D’aucuns ont vu en cet acte du président kenyan, une grave décision qui fait honte à tout le continent. Le cas de Patrick Mbeko, analyste des questions géopolitiques qui soutient : « c’est une véritable honte pour le continent de voir un de ses chef d’Etat, répondre devant une cour politique au service de l’impérialisme occidentale avec des juges aux « motivations obscures… »

En réalité, l’Onu ferait mieux de confier à l’Afrique, la primauté de juger ses filles et fils en porte-à-faux avec le respect des doits de l’homme, au lieu de l’humilier quand certains de ses membres le narguent sans être ni inquiets, ni inquiétés.