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POINT DE VUE

Vers une hypothèque pure et simple du Tchad ?


Alwihda Info | Par Mahamat Nour Ibedou - 23 Septembre 2018 modifié le 23 Septembre 2018 - 14:29


Mahamat Nour Ibedou. AlWihda Info/D.W.
Mahamat Nour Ibedou. AlWihda Info/D.W.
Les tchadiens ont à peine conscience que ce pays victime de la rapacité d’Idriss DEBY et de ses proches est en passe de faire l’objet d’une hypothèque pure et simple. Il n’est pas exagéré d’avancer une telle affirmation au regard de l’endettement inimaginable que connait ce pays depuis l’avènement au pouvoir de Mr Deby. Si tous les tchadiens savent (et avec eux le reste du monde) que le pays croule sous le poids d’une dette immense, ils sont cependant loin d’imaginer à quelle échelle le Tchad est endetté. La situation dans laquelle se trouve ce pays de par son originalité est peut être unique en Afrique.

Personne au Tchad n’est en mesure actuellement de donner un chiffre précis de ce que représente la dette extérieure et intérieure totale du Tchad ; les chiffres avancés sont toujours tronqués et sont très en deçà des montants réels ; depuis une vingtaine d’années une cellule obscure se constitue spontanément au sein du ministère des finances dès l’arrivée d’une mission du FMI. Cette officine s’est spécialisée dans le « traficotage » des chiffres ; l’objectif étant de présenter aux bailleurs une situation « acceptable » permettant aux différentes missions du FMI ou de la Banque Mondiale de considérer le Tchad comme un pays normal, bien géré mais qui est simplement « victime d’une situation conjoncturelle créée par la chute du prix du baril de pétrole ou du poids des interventions militaires dans le cadre de la lutte contre le terrorisme».

Nos bailleurs tout en ayant à peu près conscience de la gravité de la situation font semblant de nous croire et acceptent les chiffres présentés par les tchadiens ; ce qui explique la modicité des montants qu’ils accordent au pays soit sous forme de facilité de décaissement ou d’aide budgétaire : Nous sommes donc souvent victimes de nos propres mensonges. Cet état de fait explique également le fait qu’en dépit des multiples interventions des institutions financières en faveur du pays, la crise continue à persister et à s’approfondir d’avantage parce que le problème est autrement plus grave. La dernière comédie du FMI avait été de déclarer le Tchad comme ayant atteint le point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés) alors que le Tchad de Deby est à des années lumières de ce point d’achèvement. Les autorités s’en étaient félicitées à l’époque à grand renfort de publicité alors que l’atteinte de ce point d’achèvement est en soi une petite étape vers le redressement d’une économie ; un petit pas que le Tchad en réalité était loin d’avoir franchi. Il faut dire que beaucoup de pays Africains qui avaient réellement atteint ce point d’achèvement n’en avaient même pas parlé parce que cette étape n’est en fait que le synonyme d’une certaine capacité d’endettement. Il faut bien pour le FMI faire semblant de le croire et donc justifier cette facilité de décaissement au nom toujours de la fameuse « lutte contre le terrorisme » ; comme si sans Idriss Deby, le Tchad serait incapable de lutter contre ce fléau.

Notre pays ne présente jamais une situation réelle parce que Deby dans le souci de masquer ses tares dans sa gestion scabreuse du Tchad a inculqué de force à tous les cadres impliqués dans la gestion de nos finances des réflexes de dissimulation, d’usage de faux et de pratiques mafieuses ; à force d’être obligé d’effectuer des basses besognes, ils en ont acquis les automatismes. La priorité est de dissimuler systématiquement les vrais résultats de la gabegie financière d’Idriss Deby. Il est vrai que si le Tchad avait présenté la situation réelle aux bailleurs, le pays serait étiqueté très certainement comme irrécupérable et nos partenaires ne sauront même pas dans quel domaine intervenir tant les dégâts n’en auraient épargné aucun.

Sans pouvoir donner de montants précis puisque la dissimulation des vrais chiffres est la règle, nous tacherons simplement d’expliquer comment depuis plus de vingt ans, ce pays a continué à présenter au reste du monde des données économiques et financières factices.

Cette étude mettra l’accent sur l’endettement hors norme du pays aussi bien pour ce qui concerne la dette intérieure qu’extérieure :

• La dette intérieure est composée des prêts consentis à l’état par les acteurs locaux c’est-à-dire résidents au Tchad (Beac, banques commerciales, des impayés administratifs des fournisseurs locaux et des commandements à payer etc.). D’après le rapport rédigé par la direction de la dette, la dette intérieure s’élèverait à fin 2015 à 695,028 milliards de FCFA. des chiffres fantaisistes très en deçà de la réalité et comme de coutume inventés à l’intention des différentes missions du FMI et de la Banque Mondiale. La vérité est que cette dette au regard de certains indices peut culminer jusqu’à plus d’une dizaine de milliers de milliards.

• La dette extérieure elle est constituée de l’ensemble des engagements financiers de l’Etat vis-à-vis des agents économiques non-résidents.

Elle est la composante la plus importante du portefeuille de la dette publique. Elle se compose généralement des dettes contractées par le pays auprès des institutions de Britten Wood en l’occurrence la Banque Mondiale et le FMI ainsi que celle auprès de la BAD, de l’Union Européenne et autres BID, du Congo, de la guinée Equatoriale, de l’Angola des pays arabes etc. leurs montants sont connus. Les chiffres sont disponibles auprès de la Direction de la Dette et à la Direction de l’élaboration et du suivi budgétaire ; elles se trouvent également au ministère du plan dans le cadre du Budget d’investissement. Leurs chiffres ne peuvent pas être camouflés. Ces dettes sont généralement contractées dans le cadre des conventions de financement approuvées par le parlement.

A l’inverse, Les dettes contractées auprès des institutions financières mafieuses comme Glencore et auprès des chinois sont les plus aliénantes et peuvent à terme conduire fatalement à une hypothèque en règle du pays. Il suffit de chercher à savoir qui est Glencore pour mieux appréhender l’ampleur de la mésaventure dans laquelle notre pays s’est engagé. Cette multinationale financière Anglo-Suisse, spécialisée à l’origine dans les transactions relatives aux achats et ventes des matières premières est devenue au fil du temps une institution a peu près fréquentable dans ses relations avec les pays du nord ; Glencore s’introduit toujours très facilement dans les pays africains pourvoyeurs du monde en matières premières en usant de la corruption de leurs chefs d’état. A cause de ses agissements controversés, Son premier PDG avait été déclaré personae non grata au Etats Unis et l’institution traine avec elle un certain nombre de procès en Afrique pour avoir grugé certains pays du continent dans des transactions relatives au commerce de leurs matières premières. L’inconscience et la cupidité de certains dirigeants africains les avaient amenés ainsi à livrer les ressources de leurs Etats à la rapacité de Glencore ;

A l’instar de ses autres pairs africains, IDRISS Deby vient malheureusement de comprendre que quand on est un pays qui se cherche encore comme le nôtre, et qu’on refuse surtout de faire confiance à des cadres rompus dans les subtilités du négoce international, il faut se garder de traiter avec une institution financière de cet acabit sous peine de subir la loi de la jungle.

Dans sa dernière conférence de presse donnée aux medias internationaux, Deby avait récemment reconnu lui-même que l’accord avec Glencore était « un contrat de dupes ». Il ne pouvait pas si bien dire ; mais il n’avait tout simplement qu’à ne pas accepter les « largesses » de Glencore parce qu’il existe de par le monde, d’autres institutions financières plus crédibles qui travaillent sans versement des pots de vin aux dirigeants africains.
Nous tenterons de simplifier pour le lecteur ordinaire les tenants et les aboutissants de ce contrat dont les termes techniques paraîtront par moment, peut-être un peu difficiles à appréhender :

En effet Glencore avait été sollicitée par Deby (moyennant un pourcentage conséquent) pour le financement du rachat par le Tchad des parts de l’entreprise CHEVRON qui s’était désengagée du consortium chargé d’extraire et de commercialiser le pétrole tchadien ; cet emprunt était gagé sur le pétrole et son remboursement pourra s’effectuer d’une part par de l’argent liquide et d’autre part, par du pétrole brut extrait des puits de la région du Logone oriental.

La Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT) société au service de la famille Deby qui n’avait depuis sa création jamais publié ni bilan annuel ni résultats financiers en violation des lois tchadiennes en la matière, était le principal interlocuteur de glencore :

En effet, en 2013, Glencore a accordé plus de 2 milliards de dollars de prêts gagés sur le pétrole, au gouvernement tchadien, passés directement dans le budget de l’Etat( rapidement détournés par Deby par le biais des virements régulièrement effectués du compte du trésor à la B.E.A.C au compte de la direction des « grands travaux présidentiels » à la B.C.C. ) ainsi qu’à la SHT. Ces prêts sont remboursés par des livraisons de pétrole brut de la SHT à Glencore. Mais la forte baisse du prix du baril du pétrole et surtout la gestion catastrophique de ces recettes ont naturellement plongé le Tchad dans le piège du mécanisme de la dette. La quasi-totalité des revenus pétroliers que Deby accepte rarement de concéder au Trésor public ne servent qu’au remboursement du service de la dette (c’est-à-dire les intérêts) qui ont ainsi atteint un niveau très élevé. . Même pour un pays rationnellement et rigoureusement géré, la sortie de ce cercle vicieux imposé par glencore et amplifié par les contingences citées plus haut peut s’apparenter à un exercice titanesque ; à plus forte raison pour un pays comme le nôtre et avec cette gestion épicière de Deby, cet exercice s’est transformé tout simplement en un suicide financier. À ce rythme, nous serons condamnés à assurer indéfiniment le service (intérêts) de cette dette et l’on ne pourra jamais entamer le payement du principal. Conclusion, par la faute de Deby et de Deby seul, le Tchad sera constamment saigné à blanc par cette institution qui n’en est pas à sa première victime africaine. A ce rythme, quand arrivons-nous à atteindre le principal de cette dette ? En l’an 3050 ? En l’an 5000 ? Nul ne saurait le dire avec exactitude.

Les exigences de Glencore, était tellement inhumaines que le FMI lui-même avait exhorté à l’époque cette institution à bien vouloir accorder au Tchad des « conditions préférentielles » car d’après le FMI, ce pays en développement est fortement endetté » et il est donc impératif que Glencore accepte de rééchelonner cette dette. Le FMI avait également relevé que « le service de la dette absorbe de facto les revenus pétroliers du pays qui pouvaient autrement être utilisé pour des dépenses prioritaires comme la santé ou l’éducation » rien n’y fit et donc Glencore qui est dirigée par des responsables qui sont loin d’être des enfants de cœur est restée de marbre. Même des experts de la Banque française Rothschild & Cie spécialisés dans « le conseil en fusion acquisition » appelés à la rescousse par Deby étaient venus prêter main forte à la SHT pour essayer de renégocier les termes de cette dette n’avaient apparemment obtenu aucun résultat. Soulignons au passage que dans cette banque avait travaillé il n’y’a pas très longtemps un certain …Emmanuel MACRON.

Toute aussi inquiétante est la situation de la dette contractée auprès des chinois ; l’opacité dans les relations d’affaires entre la Chine et le Tchad est telle qu’aucun autre tchadien à part Idriss Deby et quelques proches triés sur le volet ne connait le montant exact de cette dette chinoise sur le Tchad. Le parlement fait semblant de n’en avoir jamais eu connaissance et n’ose même pas en faire cas ; certaines indiscrétions auxquelles nous avions eu accès provenaient des chinois eux-mêmes et en 2010 déjà, l’on avait avancé un chiffre qui avoisinerait la vingtaine de milliers de milliards. Un membre d’une délégation chinoise aurait même tenu les propos suivants à l’endroit d’un de ses collègues tchadiens connu à l’époque dans une université Chinoise : « si tu as pu connaitre le chiffre exact de la dette chinoise qui pèse sur ton pays, tu refuserais d’en assurer la Présidence même si on te la donnait sur le plateau… ». Plusieurs indices nous laissent penser que la dette chinoise auprès du Congo qui représente 120% du Produit intérieur brut de ce pays, n’est rien et de loin comparée à ce que représenterait la dette chinoise sur le PIB de notre pays : 200 % ? 250 % ? Il est difficile de s’en faire une idée exacte au regard des chiffres toujours tronqués des autres agregats économiques. Ce qui est sûr en revanche, c’est que le volume de la dette globale sur notre pays est cent fois supérieur à notre capacité de remboursement.

Pour mieux appréhender l’ampleur des dégâts, il conviendrait de comprendre le rapport dette publique /produit intérieur brut (PIB) :
En effet, pour simplifier, nous dirons que le Produit Intérieur Brut (PIB) d’un pays est la valeur totale de la « production de richesse » effectuée par les agents économiques résidents à l’intérieur de son territoire (ménages, entreprises, administrations publiques).

Il suffit pour mesurer les performances économiques d’un pays, de voir le pourcentage de la dette publique sur son PIB ; le fait que celui-ci soit élevé, dénote une faiblesse du système de production de richesse de ses agents économiques ; c’est ainsi que le seuil toléré par la CEMAC pour les pays membres est que le volume de leur endettement ne doit pas dépasser 70% du PIB. Le produit intérieur brut (PIB) qui est l’un des agrégats majeurs des comptes nationaux reflète donc l’activité économique interne d’un pays et la variation du PIB d’une période à l'autre est censée mesurer son taux de croissance économique.

Pour ce qui concerne le Tchad, le taux d’endettement global inscrit dans le rapport 2015 de la direction de la dette est de 24% du PIB hors pétrole et l’encours global de la dette publique est selon ce rapport de 1 496,211milliards de FCFA hors pétrole ; des chiffres artificiels, tronqués qui sont naturellement très éloignés de la réalité.
S’agissant de la dette chinoise, Il y’a lieux ici de s’interroger sur les motivations réelles du gouvernement Chinois qui, connaissant le poids considérable de sa dette sur ce pays continue à y investir. Certains analystes se sont risqués à imaginer un futur scenario catastrophe avec la Chine qui réclamerait à terme en paiement de sa dette, peut être une portion de notre territoire pour ses travaux agricoles ou pour en exploiter les richesses du sous-sol ; incapables de rembourser, nous n’aurons en ce moment plus d’autres choix que de céder en acceptant d’aliéner certains des attributs les plus chers de notre souveraineté.

En engageant les ressources du Tchad dans cet imbroglio du négoce international, Idriss Deby pensait tirer le maximum de bénéfices non pas au profit du Tchad loin de là, mais plutôt pour lui et ses proches afin qu’ils perpétuent sur plusieurs décennies leur domination sur les autres tchadiens. Ceux qui disent que Deby a été très mal conseillé dans cette affaire ne le connaissent pas ; cet homme n’a jamais écouté personne et cela nous amène à affirmer sans crainte qu’il est le seul et unique responsable de l’aliénation et de la catastrophe financière du pays.

Les pratiques du négoce international et les relations d’affaires entre états se déshumanisent de plus en plus au point de devenir mafieuses ; Deby qui est un habitué des tractations ténébreuses croyait y trouver son compte. il n’avait pas compris qu’il n’y’a plus de place dans ce monde actuel pour les pays les plus pauvres et les plus nécessiteux qui continueront dans leurs transactions avec des institutions du genre de Glencore à s’appauvrir indéfiniment au profit des plus puissants qui eux continueront à s’enrichir de plus en plus. Notre tyran l’a donc appris à ses dépens et son inconséquence a livré le pays à la rapacité de cette multinationale aux agissements controversés.

Malgré cette incroyable quasi aliénation financière du pays, Idriss Deby vient sans vergogne avec l’aide du gouvernement français d’organiser une table ronde des donateurs en faveur du Tchad à Paris du 6 au 8 septembre 2017. Cet évènement dont l’indécence n’a d’égal que le manque de respect flagrant pour le sort du peuple Tchadien est d’autant plus cruel qu’il permettra d’alourdir inutilement de façon substantielle une dette qu’on devine déjà pharamineuse.

Cette conférence des donateurs est d’autant plus insultante pour les populations tchadiennes que les fonds qui seront levés à cette occasion quand ils seront libérés atterriront fatalement dans les comptes bancaires de Deby et de ses proches logés dans des paradis fiscaux ou investis dans des réseaux internationaux mafieux. Nous savons qu’au bout de chaque chaines de décaissement se trouve un parent, un obligé ou un proche de Deby entre les mains duquel atterrirons inévitablement ces fonds. Ces proches du tyran au bout du compte sont placés soit comme responsables financiers des secteurs à financer ou simplement fournisseur de matériel fictif ; il suffit pour s’en convaincre de penser aux cinq mille milliards de Francs CFA placés dans des paradis fiscaux au PANAMA par IDRISS Deby ou aux investissements immobiliers effectués par ses proches au Canada ; investissements évoqués dans le récent rapport de SWISAID. Il convient surtout de ne pas oublier les investissements colossaux effectués par les membres de sa famille en Afrique du sud lieu depuis longtemps choisi pour un refuge éventuel.
Quoi qu’il en soit, l’exécution des deux plans de développement (2003 -2006 ; et 2013 -2015) déjà financés dans le passé n’avaient fait l’objet d’aucune évaluation et il est évident que si leurs financements respectifs n’avaient pas été détournés, le pays aurait peut-être atténué l’ampleur de la crise que nous connaissons actuellement. Pourtant, pour l’exécution du dernier PND (2013 – 2015), même si 2 500 milliards de CFA étaient attendus, plus de 1000 milliards avaient été libérés aux dires même du Ministre du pétrole de l’époque.

Il convient de se demander pourquoi le gouvernement français organise une telle conférence en faveur d’un pays comme le nôtre alors que par le biais de ses techniciens en service dans les régies financières du pays, le gouvernement français connait mieux que quiconque comment Idriss Deby gère les finances de l’Etat tchadien.

Nous ne cesserons jamais de nous interroger sur les motivations réelles du gouvernement français qui continue à donner cette caution à un pays qui n’a aucune économie dans le vrai sens du terme, qui n’a donc aucune politique d’emploi, qui est régulièrement lanterne rouge dans les classement en matière d’indice de développement humain. Un pays qui, depuis 2009 n’a exécuté aucun de ses budgets : en effet, depuis cette date et chaque année, les engagements des dépenses sont suspendus juste un mois après le vote et la promulgation de la Loi de Finances. Durant presque 10 mois, le fonctionnement de l’administration est bloqué, les ministères n’ont même pas le moindre papier pour travailler. Pendant ce temps, IDRISS Deby envoie effectuer des prélèvements de fonds au trésor en violation totale des règles financières ; ces montants prélevés sous son instigation avaient atteint en 2010 le seuil fatidique de 350 Milliards de f CFA ; pour camoufler ces pillages des ressources publiques, appelés « Dépenses avant ordonnancement » (DAO), Idriss Deby crée chaque année une commission pour régulariser les crédits non utilisés par les DAO dont il est à 80 % l’auteur. L’ on multiplie ainsi chaque année les collectifs budgétaires qui ne sont jamais exécutés et qui en fin de compte connaissent le même sort etc…

Le gouvernement français sait pertinemment que les montants inimaginables et indécents de ces dépenses avant ordonnancement inscrits au trésor, sont déplacés de leur compte initial intitulé « Dépenses à régulariser » vers un autre compte d’attente intitulés « paiements différé » ; ceci en vue de les soustraire aux contrôles des différentes missions du FMI qui s’ intéressent souvent à ce compte des DAO pour avoir une idée exacte du volume du montant des dépenses irrégulières. Les autorités n’hésitent donc plus pour dissimuler ces chiffres à violer allègrement les règles de la Comptabilité Publique ; ces agissements découlent toujours du sacrosaint souci de dissimuler les frasques financières d’Idriss Deby.

Comment le Gouvernement français peut-il fermer les yeux sur cette gabegie financière sur fonds de corruption généralisée, alors qu’il est au courant depuis longtemps que la corruption dans ce pays est devenue structurelle grâce à des habitudes inculquées par le système Deby, système qui a travesti notre jeunesse et perverti des cadres qui, avant cela avait quelques valeurs. Pour qui connait les ravages que peut causer la corruption dans l’économie d’un pays, il y’a lieu d’être très inquiet pour le nôtre.

Il ne serait pas superflu de souligner que la responsabilité du futur naufrage du pays incombera en partie à la France et à tous les donateurs pour avoir sciemment renfloué les comptes bancaires de Deby et de ses proches ; il est évident que ces bailleurs savent plus que les tchadiens eux-mêmes que l’argent qu’ils injectent au Tchad ne servira ni au développement du pays ni au bien être de sa population qui paiera bien entendu la facture. Point n’est donc besoin pour cela de leur faire un dessin.

Deby avait affirmé qu’il sera mis en place un mécanisme de gestion de ces fonds issus du financement du PND (2017-2021) pour garantir une certaine transparence. Cette recette permettra selon lui de rassurer les bailleurs. Ceux-ci feront certainement semblant de le croire bien qu’ils aient à l’esprit que dans le passé, un « collège de contrôle des dépenses des revenus pétroliers » et « un fonds destiné aux générations futures » avaient été institués pour obtenir la caution de la banque mondiale pour l’exploitation du pétrole tchadien. La suite nous la connaissons et les résultats aujourd’hui se passent de commentaires…

Au terme de notre étude, nous disons que n’importe quel compatriote pourra tirer sa propre conclusion après avoir pris la mesure de la situation réelle. Faut-il laisser ce personnage faire couler le navire Tchad et avec lui, tous les autres tchadiens dans ce gouffre, mis à part bien entendu ses proches ?

Il est plus qu’urgent d’agir pour essayer de limiter un tant soit peu les conséquences de cette inexorable descente aux enfers consécutive à une situation créée de toutes pièces. Il y’a lieu de se demander ici si Deby déteste autant ce pays au point de faire fi en toute conscience du désastre économique et financier qu’il lèguera certainement à ses successeurs.

Mahamat Nour IBEDOU
Secrétaire General de la Convention Tchadienne de Défense des Droits de l’Homme (C.T.D.D.H