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AFRIQUE

Cameroun/Régionales : Pourquoi le canton Ndogbele n'y participera pas


Alwihda Info | Par - 16 Septembre 2020

Pour n'avoir pas remplacé le chef de 2ème degré Ntsota Mbango Thomas absentéiste, l’autorités administrative va priver cette circonscription d'un représentant du pouvoir local.


Le Cameroun organise le 6 décembre 2020, les premières élections régionales de son histoire. En prévision de cela, le 21 juillet dernier, le ministre de l’Administration territoriale (Minat), Paul Atanga Nji, a demandé au gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, de lui « faire parvenir la liste des chefferies et chefs traditionnels » de sa « circonscription administrative ». Dans un message fax, le Minat a également instruit de lui signaler les nombreux cas de vacance et de contestation dans les chefferies de 2ème et 3ème degrés. L’initiative du patron de l’Administration camerounaise s’inscrivait dans le cadre ces élections régionales qui vont connaitre une implication des chefs traditionnels dans le processus.
Pour sa part, répercutant les instructions du ministre de l’Administration territoriale, le gouverneur de la région du Littoral Samuel Dieudonné Ivaha Diboua a saisi, le 20 juillet 2020, les quatre préfets de la région Littoral (Wouri, Moungo, Nkam et Sanaga Maritime), pour leur demander instamment de proposer des créations ou des érections des chefferies 2ème degré là où se trouve leur inexistence entre les 1ers et 3èmes degrés. Il est question, précise le gouverneur, de faire tenir au Minat, le fichier complet et sans vacance de chefferie, au plus tard le vendredi 31 juillet 2020. Si pour le cas spécifique du département du Wouri, Paul Atanga Nji a instruit le préfet de créer dans Bonasama, arrondissement de Douala IV, trois chefferies traditionnelles de 3ème degré (Beseke, Mambanda et Nkomba), dans le département du Nkam, la situation est plus préoccupante. En effet, Thomas Nsota Mbango qui est à la tête de la chefferie du canton Ndibeng Ndogbele, dans le département du Nkam, est détenteur d’un passeport ordinaire français n°1BED1301 et revêtu du visa temporaire n°LS9311551 du 30 octobre 2019.
C’est ainsi qu’en date du 24 juillet 2019, le préfet du Nkam, Amougou François a dressé une lettre au ministre de l’Administration territoriale, via le gouverneur de la région du Littoral, dans lequel il transmet à sa hiérarchie, le « dossier disciplinaire constatant la défaillance chronique dans ses fonctions de sa Majesté Ntsota Mbango Thomas, chef de 2ème degré du Canton Dibeng-Ndogbe », l’intéressé s’étant exilé en Europe en 2008. « J’ai l’honneur d’appeler votre haute attention sur la nécessité de déclencher la procédure de sa destitution ou son remplacement pour donner aux 19 chefferies de 3ème degré que compose ce canton, un leader stable et opérationnel », écrit le préfet du Nkam. L’administrateur civil principal hors échelle rappelle bien que « sa majesté Nsota Mbango Thomas a acquis la nationalité française et s’est déjà établi au Mans en France, où il exerce au Centre hospitalier universitaire sa profession de médecin-ophtalmologue, livrant ainsi ses populations à la merci des vicissitudes d’un canton sans boussole ».
Abandon de poste et inertie fonctionnelle
En effet, faut-il le savoir, la double nationalité n’est pas reconnue au Cameroun, selon la réglementation. La loi camerounaise portant Code de la nationalité de 1968 stipule d’ailleurs que : « les citoyens camerounais ayant acquis une nationalité étrangère perdent automatiquement la nationalité camerounaise. En attendant la reconnaissance de la double nationalité pour l’ensemble des nationaux camerounais ayant accédé, entre autres, à une nationalité étrangère ». Bien plus, il est recommandé que tout chef traditionnel ait l’obligation de résidence sur son territoire de commandement. Il doit non seulement assumer les obligations professionnelles liées à sa charge, mais est également passible de sanctions en cas de non-respect desdites recommandations. Du coup, comment donc admettre qu’un étranger occupe les fonctions de chef traditionnel dans ces conditions ? Se demandent les populations concernées. Il faut rappeler que dans une lettre de dénonciation datée du 28 février 2019, le collectif des chefferies de 3ème degré et leurs notabilités coutumières avaient saisi le préfet du département du Nkam, pour exiger le remplacement ce chef traditionnel de nationalité française. « Nous, chefs des villages du canton Dibeng Ndogbele, venons d’apprendre avec émotion et désolation que le chef de canton, le nommé Nsota Thomas, est de nationalité française, ce qui est contraire à nos us et coutumes. Un étranger ne peut pas être garant de la tradition chez les Bassa de Yabassi que nous sommes », avait alors écrit Sa Majesté Daniel Ngea Ngolong, chef de 3ème degré du village Ndogbao, au nom du collectif des chefferies de 3ème degré et leurs notabilités coutumières.
Compte tenu de cette situation, le préfet du Nkam n’a donc fait que veiller au respect des instructions de sa hiérarchie, en mettant hors de course, la candidature d’un Français. Par ailleurs, l’on a en mémoire que les consultations du 27 décembre 2008, relatives à la désignation du chef de Canton Dibeng-Ndogbélé avaient été entachées d’irrégularités. Car sur le plan de la gestion culturelle de la chefferie traditionnelle, sa Majesté Nsota Mbango Thomas n’est pas issue de la lignée directe à exercer le commandement de la chefferie cantonale de 2ème degré.
Aujourd’hui, il est reconnu « d’abandon très prolongé au poste et d’inertie fonctionnelle », à la tête d’une chefferie qui apparait comme le plus vaste canton du département du Nkam, car couvrant trois secteurs (Bonépoupa, Ndog-Kama-Dibeng et Ndog-Bele). Bien plus, le préfet du Nkam parle du « refus d’apporter aux autorités administratives la collaboration indispensable à l’accomplissement de leurs fonctions », depuis plusieurs années par sa Majesté Nsota Mbango Thomas.
Tout en s’inspirant du rapport établi par l’ancien préfet, c’est le lieu d’interpeller le Minat et le nouveau préfet du Nkam, Che Patrick Ngwashi, pour le remplacement du Français Dr Nsola Mbango, chef de canton Dibeng Ndogbele, non inscrit sur aucune liste électorale, alors que le ministre de l’Administration territoriale a pourtant donné instruction que toutes les chefferies vacantes, comme celle de Dibeng Ndogbele soient rapidement pourvues. Du fait de l’autorité administrative (le préfet), de ne l’avoir pas fait remplacer, le plus grand canton en terme de superficie et du nombre de villages (19), ne participera pas aux régionales pour lesquelles son représentant aurait à coup sûr une place.