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CULTURE

"Culturellement, nous tchadiens, vidons notre Hymne National de sa vraie substance"


Alwihda Info | Par Dounia Tog-yangar - 6 Juillet 2015 modifié le 6 Juillet 2015 - 21:00


Dounia Tog-yangar
Dounia Tog-yangar
Pouvons-nous risquer de commencer à croire que la culture et les arts deviendront un jour les sources d’unité, de paix et du développement social et économique de notre Pays ?
 
Un frère musicien vivant à l’étranger est rentré au pays avec quelques instruments de musique qui ont été retenus par les services des douanes de l’aéroport. Lorsqu’il a demandé de l’aide au Ministre de la Culture de l’époque, celui-ci a prié son collègue des Finances et du Budget de lui délivrer les matériels mais ce dernier a opposé un refus catégorique.

Très triste, notre musicien a conclu que le Ministre de la Culture est bon par rapport à celui des Finances. Pourtant, à voir de près, nos deux Ministres ont chacun raison. Le Ministre de la Culture a le profond souci de satisfaire ses artistes et de faire évoluer la culture au Tchad. De l’autre côté, le Ministre des Finances n’est pas couvert, s’il autorise la délivrance des instruments à la douane. Car il n’y a aucun texte en la matière. Raison pour laquelle, il ne pouvait rien faire et donc il a aussi raison de refuser.

Au regard de cette anecdote récente, nous pouvons nous permettre de rebondir par rapport à la problématique globale de la règlementation, de la promotion, de la gestion et du développement culturel et artistique au Tchad. Si tout le monde est unanime que le Tchad doit renaître, il nous faut à la base nous occuper du premier né, c'est-à-dire, LA CULTURE. Mais avant la naissance d’un bébé, il y a les consultations et les soins prénatals - LE DIAGNOSTIC. Ensuite, l’accouchement et l’entretien de l’enfant jusqu’à l’âge adulte.

C’est dire en clair que de simples orientations, quelques décisions, quelques actions gouvernementales particulières ou isolées ne suffiront pas. Nous souhaitons que le Ministère de la Culture soutienne comme il faut, les forums sur le Statut des Artistes et du Développement Culturel initiés par le Centre Culturel Al-Mouna et le Cinéma Le Normandie. Qu’il se les approprie et tienne les états généraux de la culture à l’instar des autres secteurs.

Nous appelons de nos vœux de pareilles opportunités car elles jetteront les bases de la mise en œuvre des lois et règlements en faveur de la Culture et des Arts.

Avant 2012, tout le monde indexait l’Etat qui ne met pas les moyens conséquents ou pas au profit de la chose culturelle et artistique. Du coup, beaucoup se rivalisaient d’ardeur pour apprécier les industries culturelles et les grandes manifestations culturelles qui se passent ailleurs, voir le succès fulgurant de certains artistes d’ailleurs par rapport à ceux du Tchad.

Par conséquent, dans le domaine de la musique, les hautes instances de l’Etat et les entreprises privées payent à coup de millions les prestations étrangères sur le sol tchadien au détriment des artistes dits ‘’locaux’’. Ironie du sort, certains de ces ‘’artistes locaux’’ ont brillé eux aussi à l’étranger pourtant. Si l’on se rend à l’évidence, nous pouvons voir que l’Etat, les privés et même le tchadien lambda ont, sans se rendre compte, accordé leur violon pour effacer une partie de l’hymne national du Tchad qui dit : «...Que tes voisins, admirent tes enfants, joyeux, pacifiques, en avant en chantant...». Oui, nous admirons plutôt les enfants de nos voisins en appréciant la culture et les arts d’ailleurs au détriment des nôtres qui sont d’ailleurs riches dans leur diversité.
Pour parler encore d’ailleurs, une presse de la place citait il y a peu, une personnalité de l’Afrique de l’Ouest qui parle de la culture comme «…quatrième pilier du développement … ». Le savons-nous au moins ?  Si nous pouvons à notre tour, nous permettre de vider partiellement notre Hymne National de sa substance, nous pouvons apprécier à sa juste valeur le Burkina Faso qui, sans ressource minière, s’est fait connaître au monde grâce à la culture et à l’art. Oui, dans certains pays d’Afrique, l’Art a la côte.

Quittons l’Afrique pour faire un tour outre Atlantique. Aux Etats Unis d’Amérique, il n’y a pas de Ministère de la Culture, mais nous pouvons découvrir leur politique culturelle à travers un livre. « De la culture en Amérique » écrit par Mr Frédéric Martel (chercheur, Maitre de conférences et science Politique-France). Monsieur F. Martel fut Attaché Culturel de l’Ambassade de France aux USA. Il affirme que la politique culturelle américaine est essentiellement une politique fiscale.

Pour y arriver, l’Etat Fédéral a voté des lois régissant et en faveur de la chose culturelle. Les dons, les legs et surtout la philanthropie y tiennent une large place. Ces actions sont les œuvres des citoyens (individus) et entreprises des américains eux-mêmes. Des dons qui s’accompagnent d’une exonération fiscale importante. Un exemple type est à considérer : en Amérique, si une entreprise donne 1000 dollars à la culture et qu’elle est dans la tranche supérieure d’imposition, soit 35%, elle a droit à une réduction d’impôt de 350 dollars. L’Etat Fédéral se prive de cette recette fiscale, pour intervenir ainsi indirectement dans le développement culturel et artistique. Ces investissements sont de 26 milliards à 50 milliards de dollars par an.

Bref, pour qu’il y ait un développement culturel et artistique dans notre pays, il faut absolument un bon diagnostic, une bonne politique culturelle et des lois appropriées ainsi que leur application. Mr Frédéric Martel a même fait le constat patent que la culture aux USA n’est pas qu’une marchandise car elle tient compte de la diversité aussi bien que de la reconnaissance de la culture produite par les minorités ethniques comme les rappeurs Africains Américains par exemple.

De même, aujourd’hui, si une entreprise française aide à récupérer un patrimoine français perdu, elle est exonérée d’impôt à raison de 90%, toujours selon Mr Martel.

Que nous rapportent les Attachés Culturels des Ambassades du Tchad à l’étranger ?

Que faisons-nous des bons exemples qu’il faut suivre par bon sens et pour ainsi accomplir notre mission, s’il en est ?

Il y a peu, une personnalité du monde culturel officiel du Tchad a parlé de la culture comme « ...un enrichissement et un facteur de consolidation de l’unité nationale ». C’est très bien, mais il ne faut pas qu’on le sente qu’à travers des récupérations politiques de certains artistes ayant gagné des trophées à l’extérieur par leurs propres efforts ? Cette façon de faire est simplement une sorte de « blingblingmirobolant occasionnel » dont l’aboutissement n’est quelque fois que de la démagogie aux yeux de certains.

Juste à côté, des compatriotes disent par rapport aux artistes qui gagnent : « le gars-là est tchadien quand même ? », « il est même d’où waa ? ». C’est déplorable car ils ne croient pas que des tchadiens puissent faire quelque chose de digne, de bien et d’important.  Pourtant il y a bien « Enfant du Tchad » de Ahmat Pékos, les chansons de paix, d’unité, d’amour de Talino Manu. « Kidigorane » featuring entre Wori et Sultan. « Talouléna » de Mounira Mitchalla.

En arts plastiques, Maitre Tidjani Ibrahim nous a formé deux fois sans discrimination, nous peintres selon les normes académiques et aux techniques de la peintre abstraite d’art contemporain, sans oublier bien des succès des artistes tchadiens ici et au-delà de notre frontière nationale à considérer.

Un autre compatriote de la place proposait : «…que les autorités tchadiennes doivent désormais intégrer totalement la culture dans les stratégies et politiques de développement du pays ». C’est cela justement peut être, ajouté au misérabilisme des artistes, ce qui est à la base, du sursaut du Chef de l’Etat, dans sa volonté de créer le Fonds National d’Appui aux Artistes Tchadiens –FONAT. Mais quelle galère, le FONAT ?! Qu’il faillait originellement 1% sur les marchés publics pour alimenter le FONAT. Après, c’est 0,75%, 0,50%, 0,25 et enfin 0,50%. Mais où se trouve le projet de son Décret d’application?

Pourtant le FONAJ et le FNDS ont, depuis belle lurette, pris de l’envol et fonctionnent à plein régime. Pourquoi le FONAT doit souffrir avant de voir peut-être un jour sa caisse renflouer dans le but de subventionner les artistes ? Les artistes, eux, n’ont ils  pas le droit de bénéficier des ressources du Tchad ?

Vivement, si ce n’est pas trop demander, nous souhaitons que le Président de la République ordonne l’application du Décret instituant le FONAT. En conséquence, nous artistes, ferons de N’Djaména (et du Tchad) la vitrine de l’Afrique et du Monde. Par ailleurs, quelle est la part de la culture dans le Plan National de Développement -PND ? Où est la place des artistes dans le MAEP ? Et, le Bureau Tchadien des Droits d’Auteurs -BUTDRA qui n’a jamais, depuis sa création, tenu une Assemblée Générale de ses membres en violation des dispositions de l’article 12 du décret N° 313/PR/MCJS/2005, portant son Organisation et son Fonctionnement ? Sans oublier le flou artistique qui rend opaque le partage des redevances à ses différents sociétaires ?
Il faut qu’on cesse de martyriser notre conscience pour cultiver un esprit patriotique. Nous pouvons alors nous armer d’un pragmatisme sincère, être altruiste pour la renaissance et le rayonnement de la Culture et des Arts au Tchad. Alors nos voisins admireront nos enfants à jamais.

Finissons par deux définitions :
- La Culture : C’est un ensemble des usages, des coutumes, des manifestations artistiques, religieuses et intellectuelles qui définissent et distinguent un groupe, une société.
- L’Art : C’est l’aptitude, l’habilité à faire quelque chose. C’est un domaine dans lequel, les qualités créatrices de l’homme expriment un idéal esthétique.

Par Dounia Tog-yangar, Artiste-Peintre