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El Hadj Faye, expert en aviation aux Usa : « Ces accords de partenariat entre le Sénégal et le Maroc ne profitent que la Ram… »


Alwihda Info | Par Pape NDIAYE - 26 Mai 2013



El Hadj Faye, expert en aviation aux Usa : « Ces accords de partenariat entre le Sénégal et le Maroc ne profitent que la Ram… »

El Hadj Faye, expert en aviation aux Usa

Établi aux Usa où il travaille dans une grande compagnie  aérienne américaine, notre éternel consultant El Hadj Faye donne son point de vue sur les accords de l’air entre le Sénégal et le Maroc. L’expert en aviation profite de cet entretien pour dresser son plan de vol sur Sénégal Airlines. Un plan de vol plein de nuages… 
 
Le Témoin : Comment vous voyez les nouveaux accords de l’air entre le Sénégal et le Maroc ?
El Hadj Faye : Ces accords ne concernent pas seulement le Maroc ou la Royal Air Maroc puisqu’il y a d’autres partenariats entre Corsair et Sénégal Airlines etc. Seulement, le partenariat avec Sénégal Airlines et la Ram a eu à provoquer plus de réserves aux yeux de certains experts que nous sommes. Parce que la cinquième liberté commerciale que le Sénégal a accordée au Maroc doit permettre à la Ram d'embarquer à partir de Dakar des passagers vers d'autres pays moyennant la somme de quinze mille cfa par voyageur. Un partenariat qui ne profite qu’aux Marocains. Ce qui intéresse la Ram, c’est de faire Dakar un hub pour les Etats Unis d’Amérique (Usa). Donc c’est la liaison Dakar- NewYork que la Ram compte développer dans sa stratégie commerciale pour mieux  concurrencer les compagnies aériennes comme Delta, South African Airways,  Emirates et autres. À mon avis, c’est un très mauvais accord commercial que le Sénégal a signé avec le Maroc.
 
Mais c’est partenariat  gagnant-gagnant  puisque Sénégal Airlines effectue également plusieurs vols sur Casa…
Non ! C’est plutôt un partenariat « gagnant-perdant » pour le Sénégal. D’abord, cet accord encombre le ciel dakarois qui devait être une chasse gardée pour Sénégal Airlines. Aujourd’hui, trois à quatre grosses compagnies se partagent la destination Dakar qu’elles ont fini par transformer en hub pour leurs vols sur New-York. Avec l’arrivée de la Ram, il n’y aura plus de place pour Sénégal Airlines. Certes, avec les taxes et redevances, ces compagnies étrangères vont remplir les caisses du Trésor, mais elles vont aussi couler notre compagnie nationale dénommée Sénégal Airlines. Avec la Ram, ce sera pire ! Parce que l’agressivité commerciale des Marocains va exclure Sénégal Airlines du ciel dakarois. En effet,  Sénégal Airlines n’a pas les moyens financiers et volants (avions) pour exécuter les clauses de ce partenariat. Et ce, contrairement aux Marocains dont les moyens financiers mais aussi sa grande flotte aérienne sont nettement plus importants que ceux de la compagnie Sénégal Airlines. Dommage que cette cinquième liberté commerciale, qui devait être une réserve de souveraineté nationale, ait été cédée pour des raisons d’ordre financier. J’ai mal pour l’avenir de Sénégal Airlines…
 
Mais…on souffle que Sénégal Airlines envisage d’obtenir à long terme une cinquième liberté, version marocaine, pour desservir le Maghreb et autres pays arabes comme les Emirats…
(Rires). Faut-il en rire ou en pleurer ? Évidemment en rire ! Parce que même si le Maroc offrait a son tour cette cinquième liberté ou même « deuxième », Sénégal Airlines n’aura jamais les moyens de l’exploiter. Et ne me parlez surtout pas des pays du Golfe ! Car la desserte de ces pays se fait avec des avions longs courriers. Et Sénégal Airlines n’a même pas assez de « petits courriers » pour assurer des vols réguliers  Dakar Ziguinchor ou Dakar-Banjul, et vous me parlez de longs courriers !  Bien que je sois basé aux Usa où je vis depuis plus de 20 ans, je suis de très près l’évolution de toutes les compagnies aériennes du monde à partir de mon écran de contrôle.  Les licences, la sécurité, le nombre de passagers, les incidents, les tarifs, les stratégies de développement etc…rien ne nous échappe sur les compagnies ! Fort de ces informations, j’ai constaté que le  directeur général de Sénégal Airlines, M. Edgardo Badiali, manque de vision et d’ambition pour le développement et la croissance de la compagnie. C’est dommage !
 
M. Faye, que reprochez-vous donc à nos autorités qui ont signé cet accord aérien avec le Maroc ?
C’est le fait de laisser les compagnies aériennes étrangères exploiter Dakar comme « hub » au détriment de notre compagnie nationale. Nous ne disons pas que l’on doit les empêcher de venir Dakar, non loin de là ! Mais on doit au moins  donner un coup de main à Sénégal Airlines. Par exemple, une fois arrivés à Dakar, les passagers de la Ram ou de South African à destination de Banjul ou de Bamako devraient pouvoir continuer leur trajet à bord des vols de Sénégal Airlines. Dommage que ces grosses compagnies étrangères fassent tous les coins et recoins de la sous- région comme si elles étaient à domicile avec des vols domestiques.  Encore, la Ram aurait profité de la position stratégique de Dakar pour signer un partenariat potentiel avec Jet-Blue Airways, une compagnie américaine. Cet accord donne la possibilité aux passagers de la Ram de pouvoir voyager avec un seul billet à travers les Etats Unis d’Amérique (Usa). Donc si Sénégal Airlines ne pousse pas ses ambitions, elle va disparaître ! Parce que la concurrence sera plus rude dans le ciel africain puisque d’autres compagnies africaines comme Air Côte d’Ivoire sont entrain de nouer des partenariats avec des compagnies américaines et européennes pour desservir les Usa et le reste du monde. Parce que la nouvelle compagnie Air Cote d’Ivoire « new-look » en partenariat avec Air France Klm et le fonds Agha-Khan compte se positionner en leader dans la sous-région. Mieux,  l'aéroport d’Abidjan attend sa certification pour pouvoir desservir l'Europe et les Amériques. Ensuite, il y a l'expansion de l'aéroport Kotoka au Ghana. Cet aéroport moderne veut aussi se positionner comme hub de l'Afrique de l'Ouest. Et pour montrer combien les Ghanéens sont ambitieux, ils vont s’appuyer sur Sir Stellios, le  propriétaire d'Easy-Jet qui est la quatrième compagnie aérienne en Europe. En partenariat avec la nouvelle compagnie Ghana International Airlines, la multinationale Easy-Jet prépare un noyau de compagnies à bas prix « low coast » pour la conquête du ciel africain. Sans oublier les Air Mali, Air Ouganda et Air Bukina dont les projets de partenariat avec des compagnies américaines sont en cours de finalisation.
 
Pensez-vous que Sénégal Airlines sous l’ère Macky Sall peut devenir une petite « Air Afrique » ?
Petite ou grande « Air Afrique », il y en a déjà !  Regardez Asky Airlines… Basée à Lomé, cette compagnie couvre actuellement 19 pays de l'Afrique de l’Ouest avec une flotte de cinq avions. Et sa création en 2007 avait pour but de remplacer la défunte « Air Afrique » disparue depuis 2001. Sans oublier la compagnie capverdienne « Tacv » desservant presque tous les pays du monde y compris les Etats Unis. Je vois mal comment Sénégal Airlines peut éclipser ces compagnies pour devenir une petite ou grande « Air Afrique ». Sauf si le président Macky Sall en fait  le défi de son quinquennat. Ce qui n’est pas évident…

Propos recueillis par : Pape NDIAYE
« Le Témoin » N° 1125 –Hebdomadaire Sénégalais ( MAI   2013)



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