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ANALYSE

La partition de la Centrafrique, c'est du pipeau à plein tube


- 15 Février 2014 modifié le 15 Février 2014 - 11:44


Alain LAMESSI
Alain LAMESSI

Par Alain LAMESSI

Contrairement à ce que nous enseignons à nos enfants et que nous avons également appris de nos parents et de nos maîtres : « avant de parler, il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche », la Séléka cette armée de gueux et de flibustiers trouve encore le moyen de briller non seulement par son inconscience mais surtout par son inconséquence. Tel Lucky Luke, la Séléka tire plus vite que son ombre. Elle agit et parle avant de réfléchir. D’ailleurs réfléchissent-ils vraiment ? En ont-ils seulement les moyens intellectuels ? Ces fiers-à-bras voulaient le pouvoir, ils y sont parvenus le temps d’un éclair avec l’aide des complicités externes mais aussi internes dont le contour se dévoile peu-à-peu. Mais seulement voilà : une fois, tous les leviers du pouvoir en mains, ils ne savaient fichtre plus ce qu’il fallait en faire à part assassiner, piller, violer où ils ont réellement excellé. Et ils ont déguerpi comme des malpropres aussi vite qu’ils sont arrivés. Rapidement, ils vont renouer avec leur destin de coupeurs de route et de « zaraguinas ». En attendant, les rescapés ont trouvé un nouveau cheval de bataille.
 
La partition la République centrafricaine : un lot de consolation ou un nouveau cheval de bataille ?
 
La Séléka n’est désormais que de la vomissure ! Pour des raisons d’hygiène, on n’avale pas de la vomissure. Après avoir été proprement défaits sur le terrain et mis en déroute partout où ils s’étaient incrustés, après avoir perdu le pouvoir qu’ils ont usurpé et confisqué douze mois durant, après avoir réussi à mobiliser les armées du monde entier contre eux à travers les SANGARIS, les MISCA et très bientôt les casques bleus, après avoir perdu le précieux soutien de leur grand allié du nord qu’est le Tchad, par conséquent ne disposant quasiment plus de base arrière à part le Soudan, c’est à ce moment précis où ils sont dans une position de faiblesse totale qu’ils sortent du chapeau une idée prétendument lumineuse : la partition de la République centrafricaine avec des musulmans au Nord, des chrétiens et animistes au sud. Si ce n’est pas un tour de magie, dites-moi ce que c’est ? Cette prestidigitation ou cette supercherie, que dis-je ce véritable tour de passe-passe démontre si besoin en était que la Séléka a été, est et restera toujours une organisation criminelle. Et il faut la traiter comme telle. Puisqu’elle est à genou, il faut l’écraser définitivement pour qu’elle ne se relève plus jamais. Ce sont des ennemis de la République, qui ont pris des armes contre la République, qui ont détruit des institutions de la république, qui ont assassiné des enfants de la République, qui ont détruit et pillé les biens de la République. De grâce, il ne faut pas tomber dans le piège d’un sentimentalisme bon marché en les amadouant, en les caressant dans le sens du poil, en les nommant à des postes de responsabilité dans le Gouvernement de la République et le cabinet présidentiel, en les traitant gentiment « mes enfants ». C’est de la naïveté pure et simple. Même en cage, un lion reste un lion. Il est toujours dangereux et peut tuer à tout moment. Parce que tuer est inscrit dans ses gènes. Ce qui est sûr, la partition de la République centrafricaine, c’est du pipeau. C’est un aveu d’échec, un appel de désespoir.
 
Les Anti-balakas sont-ils devenus « des ennemis de la République » ?
 
L’échec cuisant de la tentative de coup d’état du 5 décembre 2013 démontre à suffisance la limite de la stratégie de la reconquête du pouvoir par les armes mise en œuvre par les nostalgiques du passé. Est-ce que ce sont des officiers qui ont conçu cette opération ou ce sont des pousseurs du Km 5 ? La question mérite d’être posée. Une action militaire brouillonne, une stratégie mal conçue, des tactiques foireuses, des acteurs visiblement incompétents, des objectifs imprécis : voilà ce que des observateurs non militaires que nous sommes peuvent retenir de ce baroud honneur. En tout cas, ils voulaient libérer le peuple, cela s’est soldé par une hécatombe : plus de trois mille morts et trois cent cinquante mille déplacés parmi les civiles innocents en seulement cinq jours. C’est le contre-exemple de tout ce qu’on enseigne dans une école militaire. Quand on sait que ceux-là ont dirigé le pays une décennie durant, on ne s’étonne plus que la République centrafricaine soit tombée si bas. Ont-ils seulement reconnu qu’ils ont lamentablement échoué dans leur tentative de prise de pouvoir par les armes qu’ils affectionnent tant? Que nenni ! Ils persistent dans la stratégie du pire. Ils ont troqué treillis et rangers contre des survêtements et des chaussures de sport. Ils ont arboré des gris-gris autour du cou pour fondre dans la nature. A l’aide de ce déguisement réussi, ils ont continué de massacrer des milliers de centrafricains et étrangers musulmans, de brûler des villages entiers, de piller et de violer. Drôles de libérateurs. C’est bien la confirmation de ce que tout le monde sait désormais : Les anti-balakas, appelés pompeusement et à tort « milices chrétiennes », bardés de gris-gris autour du cou, mangeant ostentatoirement la chair humaine et brandissant des machettes ne sont hélas que la partie visible de l’iceberg. Une véritable organisation criminelle est en planque derrière prête à en découdre pour remettre leur champion au pouvoir. On dit sans forfanterie que « ce sont des patriotes ». Mais de quels patriotes s’agit-il ? Parle-t-on de ceux qui ont été recrutés, formés, habillés, payés et armés avec l’argent du peuple centrafricain et qui retournent ces armes contre ce même peuple centrafricain sous prétexte qu’il est musulman ? Je ne me reconnais pas dans ce patriotisme de mauvais goût. Je ne reconnais pas ce patriotisme de pacotille.
 
N’ayons pas peur des mots. Et appelons un chat, un chat. Lorsqu’on assassine froidement un pan entier de la population à cause de son appartenance religieuse, à cause de son origine, fut-elle étrangère, c’est de l’épuration ethnique. C’est du génocide. Maintenant que l’occasion leur est donnée de réintégrer officiellement les FACA après tant de vilenies, après tant d’exactions et tant de pires atrocités, le loup s’installe officiellement dans la bergerie. Le danger peut venir de partout !
 
Le moment viendra et il est sur le point d’arriver où le peuple centrafricain exigera et obtiendra que justice lui soit rendue. La création d’un tribunal spécial pour juger tous ces criminels est l’enjeu de la prochaine élection présidentielle. En tout cas j’applaudirais le candidat qui l’inscrit en bonne place dans son programme.
 
Que Dieu bénisse la République centrafricaine !