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ANALYSE

Libye, Gadhafi l'insaisissable


Alwihda Info | Par Alwihda Info - 28 Juin 2011 modifié le 28 Juin 2011 - 22:01


Patrick Lagacé  


La dépêche tombe, dans le feu roulant de l'actualité: Mouammar Kadhafi, humble Bédouin, Guide de la révolution libyenne, colonel à ses heures, adepte de vêtements bizarres, amateur de camping dans les grandes capitales du monde et accessoirement dictateur sanguinaire, fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI).

Pour crimes contre l'humanité, dans la répression de la rébellion qui fait rage contre lui depuis l'hiver dernier.
Lui, son fils et son chef du renseignement.
On lit ça et, bon, on est satisfait: peut-être que le salopard va un jour se retrouver menotté dans une cage de verre à suivre les procédures de son procès, à la Slobodan Milosevic, le boucher serbe qui est mort pendant son propre procès, devant une autre instance, le Tribunal pénal international pour la Yougoslavie.
Car Kadhafi est un salopard. C'est un dictateur, après tout, un dictateur doit couper les couilles de quelques citoyens de son pays, pour faire des exemples et se maintenir au pouvoir.
Ce qui appelle la question: pourquoi maintenant?
Oui, je sais, Kadhafi, quand il a senti son règne contesté par l'ouverture d'une succursale libyenne du printemps révolutionnaire arabe, a fait mitrailler des foules par son aviation et ses tanks.
Mais avant?
Kadhafi ne commettait pas des crimes contre l'humanité, avant? Quand il zigouillait ses opposants politiques? Quand ceux-ci «disparaissaient»? Quand il faisait exploser des boîtes de nuit berlinoises et des Boeing dans l'espace aérien écossais?
Et, surtout, Khadafi n'était pas un salopard quand Sarkozy le recevait à l'Élysée avec tous les égards, en 2007?
Comprenez-moi bien. Je suis pour l'emprisonnement des salopards qui dirigent des États comme Mom Boucher dirigeait ses Hells. Mais quand même, ce serait bien si, des fois, il y avait une justice pour toutes les saloperies, pas seulement celles commises par les petits salopards.
Chaque jour, des dictateurs commettent des atrocités. Tenez, ces jours-ci, Bachar al-Assad fait aux Syriens le même genre d'horreurs reprochées à Kadhafi. C'est drôle, la réprobation internationale est moins virulente, dans son cas. Le ton de Mme Clinton, plus conciliant. Peut-être parce que la stabilité du Moyen-Orient est plus importante que celle de l'Afrique du Nord.
Hier, c'était la junte militaire birmane. Voici une belle bande de salopards qui ont, au chapitre des relations publiques, le bon goût de faire dans la discrétion. La répression n'en est pas moins brutale. On parle ici notamment de goulags situés dans la jungle, où les activistes et opposants au régime sont exilés. Où est le mandat d'arrêt de la CPI contre Than Shwe, l'ancien dictateur de la Birmanie?
Comprenez-moi bien, je suis tout à fait pour les mandats d'arrêt internationaux de coupeurs de couilles professionnels. Mais j'aimerais voir un peu de cohérence dans l'administration de la justice internationale dans le rayon des crimes contre l'humanité.
Slobodan Milosevic, oui.
Augusto Pinochet, non.
Charles Taylor, oui.
Hosni Moubarak, non.
Omar el-Béchir, oui.
Grands dieux, y aurait-il, à l'international comme au palais de justice de Montréal, deux types de justice, une pour les petits et une pour les grands?
Et encore, nous n'en sommes qu'aux enjeux touchant les dictateurs. Nous n'avons pas abordé les crimes contre l'humanité commis par les démocraties...
Les salopards autour de George W. Bush qui ont autorisé une forme de torture -la simulation par noyade- également prisée par les nazis, ont-ils commis des crimes contre l'humanité?
La question se pose!
Enfin, non, je viens de tomber à pieds joints dans le piège du cliché: non, la question ne se pose surtout pas. Elle ne se posera pas. Les démocraties ne torturent pas. Elles interrogent «virilement» des ennemis de la liberté.
Et l'agression américaine en Irak, pour des motifs aussi solides que des prévisions astrologiques, ça ne vaut pas un petit mandat d'arrêt de la CPI?
Il y aussi les crimes russes en Tchétchénie...
Mais je m'éloigne. Un salopard, Mouammar Kadhafi, est encore plus isolé par ce mandat d'arrêt qu'il ne l'était, la veille. Kadhafi est soupçonné de crimes contre l'humanité, ce n'est pas rien. Il est aussi coupable d'être un petit salopard sans importance stratégique.