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Parti socialiste : la guerre des dames


Alwihda Info | Par Abdel Ahmat - 20 Novembre 2008

A Reims, Martine a coincé Ségolène. Littéralement. Pour s’en rendre compte, regardons le plan de table du 75e congrès du PS. Dans l’immense salle des conférences, Martine Aubry et Pierre Mauroy trônent, côte à côte au premier rang, au milieu des bataillons de la puissante fédération du Nord. Un


Parti socialiste : la guerre des dames
A Reims, Martine a coincé Ségolène. Littéralement. Pour s’en rendre compte, regardons le plan de table du 75e congrès du PS. Dans l’immense salle des conférences, Martine Aubry et Pierre Mauroy trônent, côte à côte au premier rang, au milieu des bataillons de la puissante fédération du Nord. Un peu plus loin dans la salle, les troupes amies du Pas-de-Calais, principale baronnie socialiste de France, occupent quelques rangs. Et qui est assis au milieu de ces deux forces ? Ségolène Royal et ses alliés, comme pris en sandwich. Veulent-ils siffler un orateur ? Les deux mâchoires de la tenaille n’ont qu’à se lever et applaudir pour étouffer les perturbateurs. "Ils ont créé une barrière anti-Ségo", s’étrangle le député ségoléniste de Tours Jean-Patrick Gille, en visant Adeline Hazan, maire aubryiste de Reims et, à ce titre, maîtresse de cérémonie. Jean-Noël Guérini en ajoute une couche. Samedi soir, le patron de la fédé des Bouches-du-Rhône, soutien de Royal, sort de la salle du congrès en éructant : on (comprendre : les aubryistes) a saboté les enceintes durant le discours de Royal, dit-il en substance...

Soyons justes : dans le dispositif anti-Ségo fomenté à Reims, Martine Aubry n’est pas seule en cause. La tenaille arrangeait l’ensemble du front "Tout sauf Ségolène". Les fabiusiens et les proches de Delanoë étaient par exemple attablés au premier rang. Mais, tout le week-end, Martine Aubry est à la manoeuvre pour barrer la route à Ségolène.

C’est le cas lors de la commission des résolutions, qui se tient dans la nuit de samedi à dimanche dans le bâtiment de béton et de verre du centre des congrès. Vers minuit, à la faveur d’une suspension de séance, Martine Aubry, Bertrand Delanoë et Benoît Hamon s’isolent dans une petite pièce avec leurs lieutenants. "On a cherché à constituer un front anti-Ségolène", avoue un proche de Martine Aubry. Toutes les combinaisons sont évoquées pour prendre le parti : Delanoë plus Aubry plus Hamon, avec ce dernier comme candidat au poste de premier secrétaire. Refus de Delanoë. Aubry plus Hamon avec la maire de Lille pour briguer le siège de Hollande. Refus de Hamon. Elle se déclarera le lendemain, après une petite heure de sommeil. Le tête-à-tête entre les deux dames est lancé, avec Hamon comme arbitre.

Les hostilités ont commencé un peu avant. Le samedi après-midi, elles s’adressent tour à tour aux centaines de délégués. Ségolène Royal attaque en dénonçant tous ceux qui critiquent sa stratégie d’alliance avec le MoDem. "Certains, parmi les plus enflammés, la pratiquent !" lance Royal à la tribune. Aubry encaisse : elle a noué une alliance avec le MoDem lors de sa victoire à Lille. A son tour, elle grimpe derrière le pupitre et riposte, mordante. "On s’est laissé couler dans un moule, dans ce que disaient les sondages", lance Aubry, ulcérée par la pratique politique de Royal, fondée, à ses yeux, sur l’opinion. La traditionnelle séance des bises est tout aussi tendue. Son discours achevé, Royal descend de la tribune, s’approche de Martine Aubry et lui tend... sa main gauche. Martine Aubry est plus chaleureuse. Après sa harangue, elle descend embrasser Mauroy puis Hollande, étreint Delanoë et file, escortée par un essaim de caméras, au milieu des tablées claquer un petit bisou à sa rivale. Juste avant de se pencher vers elle, Martine Aubry lui glisse cette petite phrase ambiguë : "Je t’embrasse puisque tu m’as saluée"...

Ces deux femmes ne s’apprécient pas. "Elles se détestent cordialement !" précise un cacique du PS qui fut, comme elles, ministre de Jospin de 1997 à 2000. Plus exactement, tout les oppose. "Elles représentent chacune ce que l’autre réprouve", explique un ami proche d’Aubry. D’abord, leur matrice politique est différente. "Martine, c’est le militantisme. Ségolène, c’est l’Elysée, puisqu’elle a démarré sa carrière en étant conseillère de Mitterrand", explique le député Jean-Christophe Cambadélis. Ensuite, leurs pratiques politiques divergent. L’une, Martine Aubry, s’appuie sur le parti, l’autre cherche le lien direct avec les militants. L’une invoque la raison, l’autre la passion. A La Rochelle, lors de l’université d’été 2008 du PS, la fille de Jacques Delors l’a rappelé à sa manière. Ségolène Royal vient de réunir ses fidèles dans un ancien couvent. Elle y a évoqué "la transcendance, qui n’est pas seulement un concept religieux." L’apprenant, Aubry rétorque : "Je préfère lorsqu’on s’adresse à la raison. "

Leurs méthodes sont aussi à l’opposé. "Lorsqu’elle était au gouvernement, Ségolène Royal ne travaillait avec personne. Seul l’intéressait ce qui allait faire du bruit médiatique. Martine, c’est l’opposé : elle ne travaille qu’en collectif, en cherchant à convaincre les autres", observe Marie-Noëlle Lienemann, leur collègue sous le gouvernement Jospin. Entre 1997 et 2000 (année où Aubry démissionne pour briguer la mairie de Lille), les relations entre les deux femmes sont exécrables. En 1997, Royal ne bénéficie pas d’un ministère de plein exercice (elle est ministre déléguée à l’Enseignement scolaire), à la différence d’Aubry, numéro deux du gouvernement. Elle s’estime défavorisée. "Elle avait une hargne terrible contre Jospin et ses chouchous, comme Martine Aubry", se souvient un ex-ministre.

« Je n’ai aucune envie de te voir»

En 1999, l’animosité entre les deux femmes éclate. Leurs cabinets respectifs travaillent depuis des mois à la "pilule du lendemain", qu’elles souhaitent proposer dans les lycées. "Un matin, Martine se réveille. Elle allume la radio et apprend le lancement de l’opération par Ségolène Royal, raconte un ministre d’alors. Elle était horripilée, ulcérée !" Un autre incident est révélateur. Il se déroule en 2000. Ségolène Royal vient d’être nommée ministre déléguée à la Famille, sous la tutelle de... Martine Aubry. Elle doit donc déménager. Mais elle refuse de quitter son bureau des beaux quartiers parisiens pour s’exiler porte Brancion, non loin du périphérique. "Le nouveau bureau ne lui plaisait pas, l’appartement de fonction non plus parce qu’il n’y avait pas de baignoire dans la salle de bains !" raconte un ex-ministre. Jean-Luc Mélenchon, qui doit la remplacer, est obligé de camper ailleurs. Le bras de fer dure une semaine. "Si tu veux, prends mon bureau !" lancera, dans un accès de colère, Martine Aubry à Ségolène Royal.

Ensuite, leurs rapports se modifient. Royal, la subordonnée gouvernementale, devient la supérieure médiatique. Durant la campagne présidentielle, Aubry assure le service minimum. On la soupçonne même d’avoir glissé un bulletin de vote au nom de Bayrou lors du premier tour, ce qu’elle dément. Royal cherche pourtant à renouer le contact après son échec contre Sarkozy. Pendant plusieurs semaines, ses messages téléphoniques restent sans suite. Un jour, Royal joint Aubry. Dans son livre (1), Renaud Dély raconte l’entretien : "La maire de Lille, surprise, la laisse parler en silence pendant quelques minutes, écoute sa requête puis dégaine [...] : ’Ecoute Ségolène, je n’ai aucune envie de te voir. Je pense que nous n’avons rien à nous dire. Je n’ai pas de temps à perdre, et toi non plus, j’en suis sûre ! ’"

Les deux femmes n’aiment pas qu’on les oppose. D’ailleurs, mis à part des discours allusifs, elles évitent l’affrontement direct. A Reims, Ségolène Royal a ainsi évité le clash. Le samedi, elle n’avait pas hésité à entrer après tout le monde, avec une meute de caméras, de micros et de projecteurs, dans la salle de conférences. Un leader du pôle écologique, guère connu, parlait à la tribune. Tant pis pour lui ! En revanche, le dimanche, elle patiente avec la même armée de caméras et de gardes du corps à l’extérieur. Cette fois, c’est Martine Aubry qui bat l’estrade. Pas question de parasiter son intervention... Ségolène Royal la regarde donc sur les écrans de télé extérieurs, l’oeil dur et le visage grave. Elle ne regarde plus une opposante. Elle scrute une rivale.

Depuis la fin du congrès de Reims, Martine Aubry se renforce. Lundi, Bertrand Delanoë a pris position en sa faveur. S’il arrivait troisième lors du vote pour élire le nouveau premier secrétaire, le troisième candidat, Benoît Hamon, pourrait faire de même : ex-conseiller d’Aubry au ministère de l’Emploi, il affirmait, il y a dix jours, être proche d’un « accord politique » avec elle. Martine Aubry reconstituerait alors une tenaille, cette fois politique : l’aile droite du parti, avec Delanoë, et l’aile gauche, avec Hamon. Elle, au milieu, actionnerait la mâchoire. Pour coincer, une nouvelle fois, Ségolène Royal.

Source:
http://www.lepoint.fr/
Abdstrike



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