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ANALYSE

Pourquoi dépensons-nous plus pour nos morts que pour nos vivants ?


Alwihda Info | Par Barra Lutter - 17 Janvier 2026


Il existe un malaise profond dans nos priorités sociales lorsque nous constatons que, dans nos villes et villages, des vies peuvent être perdues faute de soins adéquats, d’eau potable ou de médicaments. Pourtant, dès qu'un décès survient, des millions peuvent être mobilisés pour des rites funéraires souvent extravagants. Cette dynamique paradoxale soulève des questions inquiétantes sur notre éthique collective.





  Lorsque nous prétendons honorer nos morts, nous tentons en réalité de réparer nos silences. Les frais engagés pour des cercueils coûteux et des cérémonies ostentatoires sont souvent une tentative d'acheter la paix intérieure. La mort, visible et jugée, prend le pas sur les souffrances invisibles des vivants, des malades et des exclus.

 

La pression sociale contribue à ce phénomène. Un enterrement modeste peut devenir une source de honte, alors qu'une vie marquée par la précarité passe souvent inaperçue. La société s'indigne plus d'un « enterrement indigne » que des conditions de vie inacceptables. En conséquence, les familles s'endettent et sacrifient leur avenir pour maintenir leur honneur au moment des funérailles.

 

Ce comportement n'est pas simplement culturel, mais il découle d'un abandon systémique. Les États, souvent incapables ou peu désireux de garantir des services de base tels que l'accès aux soins, la protection sociale et la sécurité économique, laissent les individus fendillés. Une vie non protégée laisse place à une mort considérée comme urgente, nécessitant des investissements immédiats.

 

Ce choix de prioriser la mort au détriment de la vie véhicule une violence symbolique. Nous affirmons, même inconsciemment, qu'il vaut mieux mourir dignement que vivre dignement. Plus de valeur est accordée à la manière dont nous enterrons nos morts qu'à la façon dont nous prenons soin de nos vivants. Cette logique est dangereuse, car elle banalise la souffrance des vivants tout en sacralisant leur mort.

 

Une société qui respecte ses morts tout en tolérant l'humiliation de ses vivants ne peut prétendre être juste. Honorer les morts doit se faire dans le cadre d'un respect plus large pour les vivants. Si ce respect n’existe pas, les funérailles deviennent un aveu d'échec collectif.

 

Il est crucial d'inverser cette logique. Nous devons faire des soins, de l’éducation, de la prévention et de la solidarité des priorités visibles et valorisées. La dignité humaine ne devrait pas commencer au cimetière, mais être un droit fondamental durant toute la vie.

 

En fin de compte, la vérité est simple et brutale : nos morts n'ont plus besoin de nous. En revanche, nos vivants, eux, en ont désespérément besoin. Afin de bâtir une société durable et juste, nous devons nous engager à soutenir et protéger les vies qui nous entourent.



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 99267667 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)