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AFRIQUE

Pr René Joly Assako Assako : "Il faut des équipements de destruction des plastiques"


Alwihda Info | Par - 11 Juin 2018 modifié le 11 Juin 2018 - 20:29

A l’occasion de la journée internationale de l’environnement qui s’est célébrée le 5 juin dernier, le vice-recteur chargé des Enseignements, de la Professionnalisation et des TIC à l'Université de Douala et spécialiste des questions urbaines, analyse l’impact des produits plastiques sur l’environnement.


Les emballages plastiques sont devenus indispensables à la vie de façon générale.
Les emballages plastiques sont devenus indispensables à la vie de façon générale.
Quels sont les dégâts que le plastique peut causer à l’environnement, notamment dans des grandes métropoles camerounaises ?

Les produits en plastique causent plusieurs types de dégâts dans les villes. Sans être exhaustif, on peut citer l’imperméabilisation des sols, la perturbation de l’écoulement des eaux de surface, voire l’obstruction pure et simple des voies d’eau, entraînant des inondations et des ruptures de ponts. C’est l’une des causes des récurrentes inondations que la ville de Yaoundé connaît, non seulement au centre administratif mais aussi dans la banlieue sud, notamment dans le continuum Nsam-Mvan-Echangeur-Sofavinc. À Douala, les inondations causées par les plastiques sont presque omniprésentes, du fait de la faiblesse des altitudes et de la platitude généralisée. Ainsi voit-on des vallées entières de bouteilles plastiques (parcours Vita au quartier Maképé ou à Total Cité des Palmiers, entre autres). La pollution par les sacs et sachets en plastique est encore plus pernicieuse. Elle dégrade les sols et perturbe significativement l’agriculture intra et péri-urbaine, dans la mesure où l’étanchéité parfaite du plastique annule la porosité naturelle du sol, qui garantit l’équilibre et la restauration du système édaphique.
(Avec le journal L'essentiel du Cameroun)

Une alternative à l’emballage plastique est-elle pertinente dans notre contexte ?

Les emballages plastiques sont devenus indispensables à la vie de façon générale. Il ne faut pas seulement voir les sachets avec lesquels on emballe les beignets. Il y a des matières comme l’eau (de consommation ou d’évacuation), les produits chimiques et autres médicaments, l’industrie d’habillement, les ustensiles de cuisine et de restauration et tutti quanti, qui ne peuvent plus s’imaginer sans le plastique. Mais il y a un choix à faire. Soit on décide de s’en séparer et on leur trouve alors des substituts plus convenables ; soit on les conserve et dans ce cas, il faut une bonne politique et une bonne logistique de collecte, de recyclage et de destruction, dans le respect des normes en la matière. Donc, le choix politique doit préalablement résoudre cette équation, sinon, ce serait un coup d’épée dans l’eau, si on décidait de s’en séparer, ou alors une aggravation de la pollution, si on décidait de ne pas en sortir. Et le Cameroun est à la croisée de ces deux voies.

Est-ce que les fabricants de matière plastique s’inquiètent souvent de l’effet polluant que peut avoir ces déchets sur notre environnement après utilisation ?

Je n’en suis pas sûr. Ce qui préoccupe tout opérateur économique, c’est son chiffre d’affaires, c’est son bénéfice financier, qu’il cherche à maximiser, a contrario des risques et autres dépenses. Et c’est bien ce qu’on observe sur le terrain. C’est en cela que l’action régulatrice de l’État a tout son sens. Car lui, l’État a pour mission première le bien-être et la sécurisation des citoyens, d’où le cadrage législatif et réglementaire.
 
Le recyclage peut-il aider à résoudre le problème des déchets plastiques ?

Oui, mais pas tout seul. On ne peut pas recycler un produit ad vitam aeternam. Il faut des mesures et des équipements de destruction des plastiques qu’on ne peut plus recycler ou dont le recyclage ne présenterait plus aucun intérêt économique ou environnemental. Il faut par ailleurs envisager l’utilisation de produits alternatifs, mutatis mutandis. Certains pays comme le Rwanda, sont parvenus à éradiquer les emballages plastiques, avec bonheur. Dès l’aéroport de Kigali, les passagers sont dépouillés de tous les emballages plastiques qu’ils ont par devers eux. Et je parle d’expérience vécue. Donc, une mesure étatique forte est ce qu’il y aurait de plus concluant.

Quelles solutions préconisez-vous pour combattre la pollution plastique au Cameroun ?

Je préconise l’application sans faiblesse et sans réserve des lois et règlements pris par les instances étatiques compétentes en matière environnementale. Et il y en a de pertinentes et en nombre considérable. Ce ne sont pas de nouvelles lois qu’il faut au Cameroun en particulier et à l’Afrique de façon générale. Je crois que le parlement et l’exécutif se donnent une peine inutile à prendre de bons et beaux textes que la corruption (morale, financière et matérielle) rend caducs sur le terrain. En effet, devrait-on encore avoir à répondre à toutes vos questions ci-dessus, six ans après l’Arrêté conjoint N° 004/ Minepded/Mincommerce du 24 octobre 2012 Portant réglementation de la fabrication, de l’importation et de la commercialisation des emballages non biodégradables ? C’est le lieu de rappeler que cet arrêté a été pris en résonnance avec, entre autres, la loi n°98/015 du 14 juillet 1998 relative aux établissements classés dangereux, insalubres ou incommodes ; la loi n° 2004/002 du 21 avril 2004 régissant la métrologie légale au Cameroun ; la loi n°90/031 du 10 août 1990 régissant l’activité commerciale ; la loi n° 96/12 du 5 août 1996 portant loi-cadre relative à la gestion de l’environnement ; le décret n°99/818/PM du 09 novembre 1999 fixant les modalités d’implantation et d’exploitation des établissements classés dangereux, insalubres ou incommodes ; le décret 2008/064 du 04 février 2008 fixant les modalités de gestion du fonds national de l’environnement et du développement durable ; le décret n° 2012/2809/Pm du 26 septembre 2012 fixant les conditions de tri, de collecte, de stockage, de transport, de récupération, de recyclage, de traitement et d’élimination finale des déchets. En conclusion, je préconise que les textes soient appliqués dans toute la plénitude de leur rigueur. La gestion de l’environnement fait partie des aspérités étatiques qui nécessitent une gouvernance forte, voire de force.

(Avec L'essentiel du Cameroun)