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AFRIQUE

Situation au Lac Tchad : "Les chefs d'Etat doivent revoir leur stratégie"


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 17 Juin 2019 modifié le 18 Juin 2019 - 09:21


Dr. Ahmat Yacoub, président du CEDPE. © Al Jazeera
Dr. Ahmat Yacoub, président du CEDPE. © Al Jazeera
Les dirigeants de la commission du bassin du lac Tchad se sont réunis le 12 juin à Abuja pour discuter de l'élaboration d'une stratégie de lutte contre le groupe armé Boko Haram, actif au Niger, au Nigéria, au Niger, au Cameroun et au Tchad. 

Ces dernières semaines, la secte a intensifié ses attaques contre les zones adjacentes au Lac. 

"Les chefs d'État doivent revoir leur stratégie face à la recrudescence des actions militaires de Boko Haram car l'option militaire à elle seule n'est pas suffisante", a souligné la semaine dernière Dr. Ahmat Yacoub Dabio, président du Centre d'études pour le développement et la prévention de l'extrémisme (CEDPE), sur la chaine Al Jazeera.

D'après lui, "il faut l'associer à d'autres options comme l'insertion socioprofessionnelle des désengagés, le développement de la région et l'amélioration du respect des droits de l'Homme".

Plus de 10.000 combattants, selon des chiffres

Le Centre d'études pour le développement et la prévention de l'extrémisme, créé en janvier 2018 par un groupe de cadres, est une structure unique en Afrique de par son indépendance, son autonomie, et sa crédibilité.

Pour la première fois une base de données riches en informations sur Boko Haram a été collectée et soumise à des études et analyses.

Selon des statistiques, l'effectif de Boko Haram estimé à 14.520 en 2016 a chuté en 2018 à 12.000 combattants dont 7.000 actifs, avant de connaître une hausse d'environ 10% en 2019.

"Si Boko Haram a réussi à se renforcer en 2019, c'est en raison de l'absence totale d'une stratégie de prévention", selon le Président du CEDPE qui condamne la multiplication des rencontres et la démagogie des organismes internationaux qui passent leur temps à faire des analyses.

Pour combattre l'extrémisme, il faut aussi s'occuper des désengagés qui sont au nombre de 2.200 dont 42,7% de femmes parmi lesquelles une partie humiliée ou désabusée sexuellement qu'il faut réparer.

Des attaques meurtrières

Un triple attentat suicide commis dimanche soir par Boko Haram a tué 30 personnes dans la ville de Konduga, dans le nord-est du Nigéria.

Trois kamikazes ont fait exploser leurs explosifs devant une salle de Konduga, à 38 km au sud-est de Maiduguri, la capitale de l'État de Borno, où des supporters de football regardaient un match à la télévision.

L’attaque s’est produite vers 21 heures, a déclaré Ali Hassan, dirigeant d'un groupe d'autodéfense dans la ville.

Des civils au Lac Tchad. © Alwihda Info
Des civils au Lac Tchad. © Alwihda Info
Plus de 27.000 morts

Le groupe djihadiste connu sous le nom de Boko Haram a commencé son insurrection sanglante dans le nord-est du Nigéria en 2009, mais il s'est depuis étendu au Niger, au Tchad et au Cameroun voisins, provoquant une réaction militaire régionale.

Plus de 27 000 personnes ont été tuées et deux millions d'autres déplacées, provoquant une grave crise humanitaire dans la région.

Le 30 avril, Nathan A. Sales, ambassadeur spécial et coordonnateur de la lutte contre le terrorisme, a déclaré que les États-Unis estiment que Boko Haram et l'Etat Islamique en Afrique centrale "ont été responsables de plus de 35 000 décès depuis 2011".

Boko Haram s'est scindé en deux factions à la mi-2016. L’une d'elle, dirigée par le leader de longue date Abubakar Shekau, est connue pour ses attentats-suicides et ses homicides aveugles de civils.

Shekau a prêté allégeance au chef de l'Etat islamique, Abu Bakr Al-Baghdadi, en mars 2015, mais le groupe central de l'Etat islamique n'accorde qu'un soutien formel à l'autre faction, qu'elle appelle la province de l'État islamique d'Afrique occidentale.

La faction ISWAP, qui se concentre principalement sur l'attaque de cibles militaires et gouvernementales, était dirigée par Abou Moussab Al-Barnawi, mais en mars, des enregistrements audio ont révélé que l'EI avait nommé Abou Abdullah Idris bin Umar, également connu sous le nom d'Ibn Umar al-Barnawi. en tant que leader. Daesh n'a pas encore fait de déclaration publique confirmant le changement.

Aucune des deux factions n’a revendiqué la responsabilité de l’attaque de dimanche.

Avec Aljazeera et AFP