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REPORTAGE

Tchad : à N'Djamena, le fleuve offre du réconfort pendant la canicule


Alwihda Info | Par Djibrine Haïdar - 30 Avril 2020


Tchad : à N'Djamena, le fleuve offre du réconfort pendant la canicule. © Djibrine Haïdar/Alwihda Info
Tchad : à N'Djamena, le fleuve offre du réconfort pendant la canicule. © Djibrine Haïdar/Alwihda Info
Tout au long de la capitale, le fleuve s'étale sur un périmètre stratégique pour la ville. Des milliers d'âmes viennent au bord des rives chaque jour, malgré les risques liés à la propagation du Covid-19, les noyades et les mesures d'interdiction des autorités.

Pour les citoyens, c'est un lieu de répit face à une série de mesures restrictives prises contre le Covid-19, mais aussi la canicule, l'absence d'électricité et la période de Ramadan.

Comme bon nombre de personnes, Wilfred vient au bord du fleuve pour "libérer le stress et passer la journée".

"Je lave mes habits parce qu'à la maison, il n'y a pas assez d'espace, c'est très petit. Je viens me distraire un peu aussi", explique ce jeune homme.

Il admet toutefois que les lieux sont parfois mal fréquentés : "J'y rencontre des gens qui organisent des week-end, viennent avec des filles, fument de la drogue, font n'importe quoi. C'est pour ces raisons que la police nous interdit l'accès au bord du fleuve", dit-il.

Face au risque sanitaire lié au Covid-19, il assume braver l'interdit : "On sait très bien que le Covid-19 est une maladie très dangereuse mais on n'a pas le choix, c'est pour ça que je viens ici".
 

Tchad : à N'Djamena, le fleuve offre du réconfort pendant la canicule. © Djibrine Haïdar/Alwihda Info
Tchad : à N'Djamena, le fleuve offre du réconfort pendant la canicule. © Djibrine Haïdar/Alwihda Info
Abdoulwahab côtoie aussi les lieux mais pour une autre raison : avec son pousse-pousse, il sillonne la ville, ramasse tapis et habits auprès des ménages, et vient les laver au bord du fleuve. Il exerce ce métier depuis 31 ans, sans relâche.

Habituellement stable grâce à la clientèle, son activité est menacée. Elle est d'autant plus éprouvante en cette saison où les températures font chauffer le thermomètre. "Le climat est très chaud. Avec le Ramadan, ça rend encore plus difficile", reconnait-il.

A proximité de lui, d'autres personnes viennent laver leurs engins, ramasser du sable ou se laver dans l'eau.

"Regardez comment la chaleur fait chauffer le cerveau. En plus, avec toutes ces mesures, mon activité est en péril. Je dois trouver de quoi nourrir mes enfants. Je n'ai pas d'autre activité. Si nous sommes confinés, qui va nourrir mes enfants ? A la maison, c'est une décision qui ne nous arrange pas du tout. Sur le plan social, c'est la souffrance, plus que ce que les autres constatent", s'alarme le quinquagénaire.

Tchad : à N'Djamena, le fleuve offre du réconfort pendant la canicule. © Djibrine Haïdar/Alwihda Info
Tchad : à N'Djamena, le fleuve offre du réconfort pendant la canicule. © Djibrine Haïdar/Alwihda Info
Abdoulwahab parcourt quotidiennement de grandes distances avec son pousse-pousse. Il quitte Bololo jusqu'à Gassi pour laver des habits et des tapis. Il parvient à trouver 1000 à 2000 Fcfa de bénéficie de façon journalière. "Je fais ça depuis 31 ans, c'était le métier de mon père. J'ai appris de lui".

"Les autorités doivent penser à nous au lieu de tout bloquer sans réfléchir et penser aux citoyens. En ce moment de mois sacré de Ramadan, elles nous interdisent même les mosquées. Dans beaucoup d'autres pays les mosquées fonctionnent, sauf au Tchad. Elles veulent absolument que Dieu s'énerve contre nous et nous lance une autre épidémie pire que le Covid-19", dit-il d'un air résigné.

La croissance en Afrique subsaharienne a été touchée de plein fouet par la pandémie de coronavirus et devrait se rétracter fortement entre 2019 et 2020, plongeant la région dans sa première récession depuis plus de 25 ans, selon la Banque mondiale.

Du côté des autorités, l'on est presque certain que "la récession économique sans précédent qui se profile à l’horizon, aura sans nul doute, des répercussions sociales extrêmement éprouvantes dans nos pays sahéliens, déjà trop fragiles."