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ANALYSE

Tchad : accès à l'eau à Abéché ; les ménages et les animaux en pâtissent


Alwihda Info | Par Abba Issa - 24 Juin 2021


La ville d'Abéché, située à 900 km de la capitale, est considérée comme la troisième après Moundou et N'Djamena. L'ancien chef-lieu du Ouaddaï s'appelait Ouara. Les historiens expliquent que le problème d'accès à l'eau a entrainé une migration interne de la population à la recherche d'un milieu favorable.

Implantée en 1960 par l'ancien président de la République Ngarta Tombalbaye, pour une population estimée à 200.000 âmes, le château de Biteha situé à 35 km de la ville d'Abéché est incapable d'alimenter la ville en eau potable compte tenu de la croissance démographique de la population qui a doublé voire quadruplé.

Ne pouvant pas rester indifférent et laisser ses parents souffrir d'eau, un opérateur économique, natif du village Chokoyan dans le Ouaddaï, est venu en appui à l'État tchadien en renforçant la station de pompage de Biteha avec des installations de panneaux solaires photovoltaïques mais aussi des pompes.

Au début, c'était un ouf de soulagement pour la population car les fontaines qui n'avaient pas coulé depuis un an se sont mises à fonctionner normalement. Il faut reconnaître que ces installations solaires travaillent du matin jusqu'à l'après-midi. Le soir, le groupe électrogène prend la relève pour pomper de l'eau.

À quatre jours de la mort du Maréchal, le problème d'accès à l'eau a refait surface. Les citoyens à pieds, à dos d'âne, à moto, en rakcha ou en voiture se battent pour trouver de l'eau. Sur quelques bornes fontaines qui fonctionnent, la population est en file indienne pour obtenir ne serait-ce qu'un bidon.

Considéré comme l'une des mamelles de l'économie tchadienne, l'élevage est bien développé dans la province du Ouaddai mais les éleveurs souffrent de ce manque d'eau pour approvisionner le bétail. L'eau est devenue une denrée rare car même les ouadis tarissent. Les animaux ont perdu leur forme, certains en sont morts et le cheptel est beaucoup plus vulnérable aux maladies qui les attaquent.

Les citoyens qui résident dans les quartiers les plus reculés de la ville payent le pousse-pousse contenant les dix bidons d'eau à 1500 Fcfa voire 2000 Fcfa. Pour un père de famille qui a au moins deux femmes, il lui faut 2000 à 3000 Fcfa par jour donc 90.000 Fcfa par mois voire plus.

Les ménages que nous avons rencontré se plaignent de cette problématique d'accès à l'eau. Ils ne savent sur quel pied danser.

S'il arrive que la citerne de la commune d'Abéché ou celle de l'entreprise ECRB ravitaillent certains quartiers en eau potable, les vendeurs d'eau profitent de cette occasion pour augmenter le prix. Certains vendeurs affirment qu'ils sont amenés à faire un ou deux tours de livraison par jour ; ils payent donc l'argent de la location du pousse-pousse et de l'utilisation de la borne fontaine. L'excédent leur permet de subvenir à leurs besoins.

Il fut un temps où la mairie a réglementé la vente d'eau mais hélas, vu l'absence de cette dernière dans certaines fontaines de la ville, le prix a rapidement augmenté. Les arguments donnés par le responsable en charge de l'eau est que le moteur consomme sept fûts de gasoil par jour. De plus, certaines personnes ne payent pas leurs factures d'eau.

Lors de son dernier voyage au Ouaddaï, le Maréchal avait demandé au maire de la ville d'énumérer les problèmes de sa localité. Le maire Mahamat Saleh Adam a évoqué le problème d'eau et d'électricité. L'ancien président Idriss Deby a instruit séance tenante au ministre concerné d'approvisionner la ville d'Abéché avec quatre citernes de gasoil dont deux pour la STE et deux pour la SNE.

Après l'effort personnel de la société Abou Simbil, cette fois-ci la société civile, des ONG, des personnes de bonne volonté, la diaspora et des ressortissants du Ouaddai se sont réunis autour d'un projet communautaire dénommé "Collectif grande source" avec le slogan "Plus d'eau pour la ville d'Abéché". L'objectif est d'implanter 105 forages dans tous les quartiers d'Abéché. Le projet a débuté avec 10 forages.