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Tchad : l'école en danger, la grève comme seul recours


Alwihda Info | Par Korhassem Richard - 24 Février 2026


Chaque année, le même scénario se répète sur les bancs de l'école tchadienne. Les salles de classe se vident, les cahiers restent fermés et le temps s’écoule, inexorable.


La grève des enseignants, devenue un phénomène récurrent au fil des décennies, paralyse un système éducatif déjà exsangue, plongeant des milliers d’enfants dans l’incertitude d’une année scolaire hypothétique.

Un système éducatif à l’article de la mort
Derrière ce climat social tendu se cache une réalité bien plus profonde et alarmante : l'école tchadienne est malade. Très malade. Le diagnostic est sans appel. Dans de nombreuses localités reculées du pays, les infrastructures éducatives sont quasiment inexistantes.

Des cours se tiennent encore à l’ombre des arbres, faute de salles de classe, et des générations d’élèves apprennent sans tables ni bancs. À ce manque criant d'infrastructures s'ajoute une pénurie chronique d’enseignants. Le peu de personnel disponible, souvent non formé et mal rémunéré, doit faire face à des conditions de travail précaires. C’est dans ce contexte de délabrement avancé que les syndicats tentent, tant bien que mal, de se faire entendre.

Un front syndical fragilisé
Mais le corps enseignant, fragilisé sur le terrain, l’est aussi dans ses instances représentatives. Le paysage syndical tchadien est profondément divisé. Ces divisions internes affaiblissent considérablement le poids des revendications et brouillent le message porté auprès des autorités.

La situation est d’autant plus explosive que la tension est montée d’un cran ces derniers mois. Le président du Syndicat des Enseignants Indépendants a été incarcéré, un événement qui a jeté un froid et radicalisé les positions. Symbole fort d’une liberté d’expression muselée, cette arrestation a transformé un conflit social en une véritable crise politique.

Dialogue de sourds et répression
D’un côté, le gouvernement et les syndicats sont aujourd’hui « à couteaux tirés ». Le dialogue social, seul remède pourtant capable d’apaiser la crise, a laissé place à une guerre ouverte. De l’autre côté, l’exécutif, au lieu de tendre la main, a choisi la manière forte. En réponse à la mobilisation, les autorités ont décidé de couper les salaires des enseignants grévistes.

Une décision radicale qui revient à priver de leur unique source de revenus des hommes et des femmes qui réclament simplement des conditions de travail décentes. Pourtant, comme le rappellent inlassablement les défenseurs des droits, le droit de grève est un principe fondamental, garanti et promis par la Constitution tchadienne.

À qui profite la grève ?
Alors que le bras de fer s’éternise, une question taraude les esprits : à qui profite réellement cette grève ? Certainement pas aux élèves, premières victimes de ce gâchis. Pas non plus aux enseignants, contraints de choisir entre leurs convictions et la survie de leur foyer. Peut-être à un système qui, en laissant pourrir la situation, détourne le regard des véritables urgences.

L'école tchadienne est malade ; le gouvernement, seul « médecin » censé guérir les maux de la nation en construisant des infrastructures et en formant les citoyens de demain, est aujourd'hui en salle de réanimation. Pendant qu'il se bat contre ses propres praticiens, ce sont des générations entières qui risquent de rester sur le bord du chemin. Si la grève est un symptôme, la maladie, elle, se nomme inaction et mépris. Et sans un sursaut collectif, le pays risque de connaître bien plus qu'une simple année blanche : une génération sacrifiée.



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 99267667 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)