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ANALYSE

1979. Quand les tchadiens ont commencé à différencier chrétiens et musulmans


Alwihda Info | Par Adji Zamtato - 15 Décembre 2013

Tchadien de la génération 80, cette scène dramatique qui se joue aujourd’hui en Centrafrique m’évoque « 79 ». C’est ainsi que nous appelons affectueusement l’année au cours de laquelle, les tchadiens ont commencé à faire une différence entre chrétiens et musulman.


Par Adji Zamtato

La République de Centrafrique a sombré dans le chaos. Du coup d’Etat militaire orchestré par des groupes armés méconnus du peuple aux pillages organisés par ces derniers, la situation a rapidement dégénéré en conflit inter-religieux. La sonnette d’alarme a été déclenchée depuis bien longtemps, les populations centrafricaines dénonçaient des exactions commis par des groupes militaires musulmans sur des chrétiens un peu partout dans le pays. Mais évidemment, la communauté internationale était restée sourde à ces appels de détresse lancés sur les antennes de radios internationales. Et voici là où nous en sommes arrivés. Les chrétiens jurent vengeances et promettent qu’ils élimineront le dernier musulman centrafricain ; inversement, les musulmans promettent de faire subir le même sort à tous ceux qui s’en prendraient à leur communauté. On dénombre plus de 600 morts à ce jour, malgré la présence des forces africaines.

Tchadien de la génération 80, cette scène dramatique qui se joue aujourd’hui en Centrafrique m’évoque « 79 ». C’est ainsi que nous appelons affectueusement l’année au cours de laquelle, les tchadiens ont commencé à faire une différence entre chrétiens et musulman.

C’est en 1979, lorsque plusieurs groupes armés se sont retrouvés dans la capital N’Djaména pour des pour-parlés et que la situation a dégénéré que les tchadiens ont compris que le nordiste musulman était bien différent du sudiste chrétien. Avant 79, les Lamy-fortins ou n’djaménois vivaient en harmonie sans vraiment faire attention à l’appartenance ethniques ou religieuses des uns et des autres. Mais cette guerre civile qu’a connu le pays en 79 à profondément marqué et divisé le Tchad au point où plus de 30 ans après, les séquelles restent latent. Dans l’administration tchadiennes, dans les lycées, collèges et universités, dans le quotidien des tchadiens, nous continuons à subir les erreurs de nos prédécesseurs.

Les responsabilités seront situées en Centrafrique, tout comme elles l’ont été au Tchad.

Au Tchad, le colloque sur « les événements de 79 » organisé en 2006 et qui a réuni plusieurs membres de la société civil, des militaires, juristes et historiens a démontré que le désir de vengeance entretenu par l’homme politique Hisseine Habré était à l’origine de cette déchéance. Ce fut un premier pas de situer les responsabilités, le second visait à panser les blessures et reconstruire la nation tchadienne.
Aujourd’hui en République Centrafricaine, le mal est consommé. Nul ne pourra effacer des mémoires l’horreur vécu par les populations, nul ne pourra ôter des cœurs la haine ressenti. Cette année 2013, tout comme le « 79 » des tchadiens, restera marqué à jamais dans les esprits, en lettre de sang.

Mais quelque soient les auteurs de ce drame, quelque soient leurs motivations, ce qu’il faut retenir, ce qu’ils n’ont pas su aimer leur pays. Nous (tchadiens plus que quiconque) sommes les témoins de ce drame et nous nous devons d’interpeller les centrafricains sur les conséquences d’une telle déchirure. Que le travail de reconstruction commence le plus tôt possible. Je ne parle pas de reconstruire une école détruite ou un pont brisé mais je parle d’une nation déchirée qui doit œuvrer ensemble pour se faire une place dans le concert des nations.

Les sud-africains l’ont montré après l’apartheid, les rwandais avancent à nouveau après le génocide, alors que les centrafricains aussi mettent en œuvre leurs modèles de reconstruction et trouve une place sur l’échiquier international.

Tchadien, je ne suis peut-être pas bien placé pour « donner » la leçon aux centrafricains mais au nom de mon amitié pour Igor, je me dois de lui dire, combien il est difficile de reconstruire des liens brisés entre les hommes.