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ANALYSE

Centrafrique : Grogne populaire autour des pourparlers de Brazzaville


Alwihda Info | Par Rodrigue Joseph Prudence MAYTE - 15 Juillet 2014


Au delà de la frange contestataire des pourparlers de Brazzaville, la population centrafricaine réclame de plus en plus un forum inclusif sur le territoire national.
 
Il n’aura pas fallu attendre très longtemps pour que la grogne populaire monte autour du lieu qui doit désormais abriter le dialogue inter centrafricain. Quand bien même le forum de Brazzaville pourrait sonner le glas de la recrudescence des hostilités, les Centrafricains préfèrent une plate-forme à Bangui qui donnera lieu à un grand déballage sur l'implication de nombreux leaders politiques dans l'interminable crise que traverse le pays.
 
A vrai dire, le peuple voudrait avoir une vue synoptique voire détaillée sur le rôle de certains acteurs internationaux et nationaux qui sont impliqués dans le conflit centrafricain. A travers cette concertation nationale, les Centrafricains connaîtront les vrais instigateurs de la crise et ils auront une idée assez clarifiée sur la déstabilisation des régimes successifs. Aujourd’hui, il se dégage un sentiment de désaffection généralisée envers la classe politique. A entendre certains leaders d'opinion, le peuple assimile le mutisme des hommes politiques durant les moments les plus sombres de notre histoire à un silence complice voire une fuite en avant.
 
De plus, il ne digère guère la transhumance nutritionnelle de certains leaders politiques ainsi que le degré de leurs trahisons. A force de manger à tous les râteliers, ils ont curieusement mis en exergue le « Koudouffarisme » qui consiste à noyauter les différents régimes afin de les paralyser de l'intérieur. Enfin, la Centrafrique profonde compare les partis politiques à une usine à gaz en dépit des individualités disparates et solitaires qu'ils regorgent. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la classe politique centrafricaine s'est subitement réveillée dès l'annonce du dialogue de Brazzaville. Tout le monde croyait qu'elle allait marquer l'histoire mais son holà n'a été que de courte durée. 
 
La politicaillerie centrafricaine a t-elle les muscles assez striés pour résister aux injonctions des présidents Sassou etDéby ? A t-elle d'autres fournisseurs incontestables en dehors des natifs de Oyo (village natal de Sassou) et de Amdjarass (Village natal de Deby) ? Les hommes politiques centrafricains peuvent-ils  se passer un jour de la manne financière de ces deux requins de l'Afrique Centrale? Devant l'esbroufe de la classe politique centrafricaine sur le dialogue de Brazzaville, il est aisé de déduire que les leaders politiques voulaient juste faire de la surenchère.
 
Si certains analystes estiment que la classe politique centrafricaine et les protagonistes du conflit devaient être dans le box des accusés, d'autres pensent que le débat sur la concertation de Brazzaville constituerait un prétexte d’existence politique de certains « mangeocrates ». A première vue, la classe politique n'a jamais été loin de la crise centrafricaine. Dans un passé récent, elle avait participé activement au Gouvernement de Tiangaye sous l'ère Djotodia.
 
Comme les politicards ne sont que des carriéristes  alors ils veulent à tout prix être associés à toutes les étapes de la gestion du conflit. Peut-être qu'ils ont une solution miracle pour sortir le pays du bourbier engloutissant. A posteriori, la ligne de démarcation entre les démocrates, les putschistes, les sanguinaires et les seigneurs de guerre semble très infime en Centrafrique. C'est pour cela que le peuple centrafricain voudrait un dialogue en « Sango » afin qu'il puisse étaler son ressentiment sur la crise. 
 
Qu'on le veuille ou pas, le dialogue national sera un moment de toilettage du paysage politique centrafricain. A partir des mots contre des maux, le Centrafricain lambda sera fixé sur la version originale de la crise.
 
Rodrigue Joseph Prudence MAYTE
Chroniqueur, Polémiste