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Centrafrique : Jean Serge Bokassa doit démissionner ou être démis


Alwihda Info | Par Médard POLISSE-BEBE - 24 Octobre 2016


Centrafrique : Jean Serge Bokassa doit démissionner ou être démis
La République centrafricaine connaît depuis ce matin une atmosphère de désolation sanglante avec les tueries de la population civile partie manifestée contre l’inaction de la MUNISCA (Mission des Nations-Unies en Centrafrique) à l’appel, semble-t-il d’une organisation de la société civile. Le nombre des victimes dénombrées depuis ce matin vient alourdir encore davantage le bilan des exactions commises dans ce pays depuis plusieurs années dans l’impunité totale.

Nous profitons de l’occasion pour présenter aux familles des victimes assassinées toutes nos condoléances et, par ailleurs, un bon rétablissement aux multiples blessés par balle.

Aussi, nous tenons à condamner de la manière la plus ferme ces actes de violence injustifiée sur la population civile innocente et demandons, par conséquent, l’ouverture d’une enquête indépendante afin de faire la lumière sur les circonstances de ces crimes.

Cependant, je ne peux m’empêcher de m’interroger à chaud sur l’opportunité de l’organisation d’une telle manifestation, les conditions de l’organisation de celle-ci, ainsi que les dispositions prises en amont pour éviter tout incident majeur prévisible et/ou imprévisible.

En effet, il est certain que le droit de manifester fait partie intégrante des dispositions constitutionnelles de la République centrafricaine, et nul ne peut empêcher les citoyens d’exprimer leur exaspération face à une situation qu’ils ne supportent plus. Il est même normal que, dans les circonstances difficiles de massacres et d’insécurité chroniques qui règnent dans le pays, les populations se lèvent pour demander des comptes à ceux dont la responsabilité est de les protéger contre ces dérives.

Dans ces conditions, il est du devoir des pouvoirs publics, non seulement de mesurer l’opportunité de la manifestation en conformité avec la loi, mais aussi de prendre toutes les dispositions nécessaires pour l’encadrer, faire de sorte qu’elle se déroule dans la paix, et le cas échéant, contenir voire endiguer les dérapages majeurs pouvant déboucher sur une situation imprévisible.

Eu égard aux multiples témoignages, le Ministre de l’intérieur Jean Serge BOKASSA a minimisé les risques de dérapage d’une telle manifestation dans un contexte de tensions extrêmes ; il l’a, non seulement autorisée opportunément (parce qu’il voulait mettre les populations au dos de la MINUSCA à tort ou à raison, j’y reviendrai plus loin), mais il n’a pris aucune dispositions pour encadrer le mouvement et éviter les incidents qui ont occasionné ces tueries que nous déplorons.

Par ailleurs, il est indéniable que le Ministre de l’intérieur Jean Serge BOKASSA nourrit depuis sa prise de fonction une velléité belliqueuse avec la MINUSCA qu’il croit (à tort ou à raison) être directement responsable du statuquo sécuritaire dégradant dans le pays. Ses innombrables déclarations tapageuses et incendiaires, ainsi que celles du Premier Ministre Simplice Mathieu SARANDJI lors de l’expédition des groupes armés du km5 en direction de Kaga-Bandoro ayant provoqué un incident avec la MUNISCA sur le trajet, en témoignent, et laissent penser que le gouvernement n’attendait qu’une occasion propice pour mettre la population dans la rue et prendre le risque d’un affrontement macabre avec la force onusienne afin de débiner devant sa propre responsabilité caractérisée par une certaine incapacité à trouver des solutions de sortie de crise au peuple centrafricain.

Cela dit, l’attitude cynique des autorités de Bangui qui consiste à se défausser essentiellement sur la MINUSCA (qui n’est certes pas irréprochable), sans entrevoir dans le statuquo sécuritaire dégradant actuel leur propre responsabilité (faute d’initiatives pertinentes), est irresponsable et insensée. Elle appelle de ma part une réprobation totale et entière compte tenu des conséquences graves qu’elle a engendrées précisément à travers la perte en vies humaines de plusieurs victimes dénombrées.

Considérant que le Ministre de l’intérieur Jean Serge BOKASSA, pour toutes les raisons évoquées plus haut, a une grande responsabilité dans l’incident majeur qui a provoqué la mort de plusieurs compatriotes centrafricains, pour avoir failli allègrement à sa mission de sécurisation d’une manifestation prétendument risquée, il me semble indiscutable de demander sa démission immédiate. Et s’il ne le faisait pas, alors le Président de la République Faustin Archange TOUADERA devrait prendre ses responsabilités pour démettre un Ministre aussi incompétent et irresponsable.

J’appelle la population centrafricaine à la vigilance afin de ne pas se laisser manipuler par des responsables politiques sans scrupules qui ne visent que leurs intérêts égoïstes et catégoriels.

Les centrafricains doivent savoir que c’est à la demande souveraine de la République centrafricaine que les forces onusiennes ont été déployées au chevet de notre pays en crise, avec un mandat clair : celui (entre autres) de contribuer au rétablissement de la paix et la sécurité sur toute l’étendue du territoire national. La MINUSCA (comme toutes les missions onusiennes à travers le monde) est une mission de paix et non de répression ou de coercition. Autrement dit, elle est une mission d’interposition et d’accompagnement d’un pays en crise majeure tel que le nôtre. Il ne faut, ainsi dire, pas attendre d’elle qu’elle se substitue à nous centrafricains pour rétablir une paix durable. Il est donc de notre devoir de créer les conditions de la pacification et de la réconciliation dans notre pays. Et tant que nous n’aurions pas intégré cette réalité inhérente au mode de fonctionnement de toutes les missions des nations-unies (dont beaucoup pensent qu’elles n’ont jamais résolu une crise nulle part parce qu’ignorants de ce mode de fonctionnement), nous attendrons longtemps, dans le désespoir, quelque chose qui ne viendra jamais.

En effet, les autorités politiques centrafricaines (le Président de la République, le gouvernement et l’Assemblée nationale) doivent comprendre qu’il leur appartient à elles seules de prendre des initiatives nécessaires au retour de la sécurité, la paix et la réconciliation, et d’en assumer les conséquences en cas d’échec (ce devoir n’incombe pas à la MINUSCA qui ne peut in fine assumer les conséquences de l’inaction et de l’immobilisme de ces autorités inconscientes de leur responsabilité).

Quand le Président TOUADERA, de passage à Paris, déclare solennellement devant la diaspora de France qu’il ne veut pas d’un désarmement forcé par exemple, mais plutôt un « désarmement concerté », comment prendre la MUNISCA pour responsable si ce désarmement traîne à se faire ?

Quand le Président de la République, en réponse à un compatriote qui s’inquiétait de l’absence de mesures d’urgences sécuritaires et humanitaires en Centrafrique, dit vouloir du temps (alors que les populations sont impatientes et confrontées aux multiples urgences), comment prendre la MUNISCA pour responsable ?

Quand le Président de la République prend l’engagement devant la nation d’un dialogue inclusif avec tous les protagonistes de la crise centrafricaine et y renonce peu de temps après, probablement sous l’influence de quelques proches radicaux et extrémistes vis-à-vis de certaines parties à la crise, comment voulez-vous que la MUNISCA en assume les conséquences ?

De même par exemple, quand les atermoiements du gouvernement, ainsi que son manque de partialité, de concession et de rigueur, obligent certains protagonistes à quitter en fracas le processus du DDRR (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Rapatriement), comment prendre la MUNISCA pour responsable ?

Avant de prendre la MUNISCA, et à travers elle, la communauté internationale pour responsable de tous nos malheurs, il aurait fallu faire tout ce qui relève de notre devoir et de notre pouvoir, prendre des initiatives et des mesures fortes à la hauteur de l’ampleur de la crise ; ce qui n’est manifestement pas le cas depuis la mise en place de l’actuel gouvernement.

Ainsi, devant la gravité de la situation explosive présente qui va crescendo, il est temps que les autorités centrafricaines prennent la mesure de leur responsabilité et agissent en conséquence, sans se débiner ou chercher à se défausser. Le peuple attend d’elles des solutions efficaces et non des leurres. Et si ces autorités qui veulent étonnamment qu’on leur laisse du temps ne se montraient pas à la hauteur de leur responsabilité, en se montrant insensibles à la souffrance du peuple, alors elles se feront emporter impitoyablement comme leurs prédécesseurs par ce même peuple dont elles se complaisent à voir endurer indéfiniment la misère en tout genre.

Médard Félicien POLISSE-BEBE
Philosophe Franco-centrafricain