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Coronavirus - Mali : Conseil de sécurité - incapacité de la Mission de l’ONU au Mali (MINUSMA) de soutenir la Force conjointe du G5 sahel sans un mandat élargi et des ressources additionnelles


- 7 Juin 2020


United Nations (UN)
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La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) ne peut aller plus loin dans son soutien à la Force conjointe du G5 Sahel, avec le mandat et les ressources qui lui sont actuellement accordés, a prévenu aujourd’hui le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix. M. Jean-Pierre Lacroix s’exprimait à la réunion que le Conseil de sécurité a tenu sur la paix et la sécurité en Afrique, en présence du Ministre malien des affaires étrangères et Président de la Force conjointe du G5 Sahel, M. Ismail Ould Cheikh Ahmed.

Distanciation sociale oblige, c’est chacun dans sa Mission que les 15 membres du Conseil font leur déclaration et dialoguent avec leurs invités, grâce à un système de visioconférence spécialement conçu pour eux.  La France, qui préside les travaux du mois de juin, a décidé de rendre au français sa place de langue de travail des Nations Unies au côté de l’anglais.  Mais tant qu’un accord n’aura pas été obtenu, les membres du Conseil de sécurité sont priés de continuer à faire circuler leurs déclarations en anglais, même s’ils s’expriment dans une des langues officielles de l’ONU pendant les visioconférences. 

Dans son exposé, le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix a présenté deux options pour un meilleur soutien de la MINUSMA à la Force conjointe du G5 Sahel.  Attendre de la MINUSMA, a-t-il plaidé, qu’elle fasse davantage pour combler les lacunes en matière de transport signifie qu’il faut élargir son mandat.  Lui demander de faire davantage pour appuyer la Force conjointe nécessite des ressources supplémentaires et une mobilisation de fonds cohérente et durable, a-t-il averti.  

La Section des communiqués de presse ne couvre que les déclarations faites en visioconférence dont les textes ont été transmis à temps par la Division des affaires du Conseil de sécurité.

Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Jean-Pierre Lacroix, a fait le point sur le soutien que la communauté internationale et plus particulièrement la MINUSMA ont fourni, au cours des derniers mois, à la Force conjointe du G5 Sahel dans son processus de montée en puissance opérationnelle.  Il a rappelé qu’à la demande du Conseil, le Secrétariat des Nations Unies vient de procéder à une évaluation du soutien de la MINUSMA à la Force, dont les conclusions ont été prises en compte dans le dernier rapport du Secrétaire général sur la Mission datant du  1er juin 2020.   

En dépit du contexte actuel de la pandémie de COVID-19, la lutte contre le terrorisme et l’enjeu du développement de la région du Sahel continuent de mobiliser aux niveaux régional, continental et international pour endiguer la spirale de la violence et créer un environnement propice à la paix et à la prospérité.  Les appels à la mobilisation de ressources additionnelles se poursuivent auprès de partenaires tandis que l’Union africaine (UA) et les organisations régionales continuent d’apporter un soutien politique au combat du G5 Sahel contre le terrorisme et la pauvreté, a indiqué M. Lacroix. 

Depuis l’année dernière, la montée en puissance du G5 Sahel est notable et encourageante, notamment à travers la réforme de son secrétariat permanent et l’élaboration des outils de gestion et d’aide à la décision, a-t-il indiqué. Sur le plan opérationnel, des avancées ont également été faites dans le renforcement des actions de la Force conjointe dans les domaines de la génération des troupes, la révision du concept d’opération de la Force et dans l’opérationnalisation du Centre sahélien d’analyse des menaces et d’alerte précoce.  Par ailleurs, a précisé M. Lacroix, la mise en place d’un mécanisme conjoint de commandement à Niamey a permis de renforcer la coordination avec les autres forces internationales.  Tous ces efforts ont abouti  au lancement par la Force conjointe, d’une opération militaire d’envergure, l’opération «  Sama  », qui est actuellement en cours et bien avancée.  

Dans ce contexte, l’appui de la MINUSMA à la Force conjointe par l’approvisionnement en eau, en rations et en carburant a été essentiel, a assuré M. Lacroix.  Au cours des derniers mois, le taux de consommation et de financement de l’appui fourni par la Mission, et généreusement financé par l’Union européenne (UE), est passé de 21% à près de 50%.  Cependant les limites du modèle de soutien actuel entraînent des obstacles importants en particulier en termes de transport, a regretté le haut responsable.  La MINUSMA a fait tout son possible pour répondre aux demandes dans le cadre de son mandat et des arrangements techniques actuels. Elle a augmenté le nombre des points de dépôt pour les biens de consommation de survie au Mali, en les plaçant aussi près que possible des zones d’opérations de la Force conjointe, a-t-il précisé. 

Cependant, la MINUSMA fonctionne à pleine capacité et ne peut aller plus loin dans son soutien à la Force avec le mandat et les ressources qui lui sont actuellement accordés, a prévenu M. Lacroix.  C’est d’ailleurs aussi ce qui ressort de l’évaluation faite par le Secrétariat qui a conclu que le soutien international à la Force conjointe reste crucial, mais que le modèle de soutien actuel n’est pas adapté pour répondre aux pénuries de transport et d’équipement de la Force conjointe.  À cet égard, l’évaluation a défini différentes options, allant d’un ensemble complet de mesures de soutien à des ajustements plus modestes du système existant, a expliqué M. Lacroix avant d’en donner un aperçu. 

Le programme d’appui complet prévoit un bureau d’appui des Nations Unies dédié et distinct, fournissant un soutien logistique et opérationnel complet, financé par le budget des Nations Unies ou par un fonds d’affectation spéciale.  Il s’agirait d’arrangements temporaires permettant à la Force conjointe du G5 Sahel de renforcer ses propres capacités, a-t-il expliqué. 

La deuxième option vise à relever les défis immédiats à court terme: renforcement de la capacité de la Force conjointe à se procurer et à fournir un soutien vital à ses contingents ainsi qu’à effectuer des évacuations médicales en dehors du Mali; réajustement du modèle de soutien actuel pour permettre à d’autres partenaires de passer des contrats avec leurs propres sociétés de transport de fret pour la fourniture de services de survie plus près des zones d’opérations de la Force; et autorisation de la MINUSMA à entreprendre la livraison de fournitures de survie au-delà de sa zone d’opération et étendre son soutien technique. 

Compte tenu de l’évaluation, le Secrétaire général adjoint a réitéré l’appel du Secrétaire général à un appui global, financé par les contributions budgétaires.  Cela permettrait non seulement un soutien prévisible et durable, mais également de poursuivre plus facilement une stratégie à long terme en vue de réduire progressivement ce soutien et rendre la Force conjointe autonome, a-t-il fait valoir.  En outre, cela permettrait à la MINUSMA de se consacrer entièrement à soutenir le processus de paix et la stabilisation du centre du Mali.  Attendre de la MINUSMA qu’elle fasse davantage pour combler les lacunes en matière de transport, signifie, pour M. Lacroix, qu’il faut élargir son mandat.  Demander à la MINUSMA de faire davantage pour appuyer la Force conjointe nécessiterait des ressources supplémentaires et une mobilisation de fonds cohérente et sur la durée. Le généreux soutien financier de l’UE a été essentiel à ce jour pour maintenir l’appui de la MINUSMA à la Force conjointe, a souligné le haut responsable saisissant l’occasion pour appeler la communauté internationale et les autres donateurs à se manifester et à soutenir cette cause importante. 

Pour M. Lacroix, la Force conjointe G5-Sahel est sur la bonne voie, mais il reste encore beaucoup à faire.  Le renforcement de la Force conjointe n’est qu’un des volets d’une approche internationale globale nécessaire pour s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité au Mali et dans la région du Sahel. L’amélioration de la gouvernance, l’éradication de la pauvreté et la protection des droits de l’homme de tous les citoyens restent essentielles et il reste encore beaucoup à faire pour que ces efforts aient le même poids que les opérations militaires, a-t-il constaté. 

Du fait de l’engagement politique au plus haut niveau de ses États contributeurs, la Force conjointe a jeté les bases de l’intégration du droit relatif aux droits de l’homme et des obligations du droit international humanitaire dans sa planification, ainsi que dans la conduite et l’examen de ses opérations militaires, a salué M. Lacroix.  Mais, a-t-il ajouté, des efforts restent toutefois nécessaires pour pleinement respecter cet engagement.  Le renforcement de la composante police de la Force conjointe serait une étape importante à cet égard, non seulement pour améliorer le contrôle des opérations militaires, mais aussi pour soutenir les efforts en les reliant au renforcement de l’État, au soutien du secteur de la justice et à la réforme pénitentiaire et du respect des droits de l’homme.  M. Lacroix en a profité pour saluer le lancement du Partenariat pour la stabilité et la sécurité au Sahel.  

La communauté internationale ne peut réussir dans la lutte contre le terrorisme que si elle reste unie et suit une approche globale et commune, a déclaré le haut responsable.  Malgré un début d’année difficile, il y a eu des développements positifs dont la création de la Coalition Sahel, à la suite du Sommet de Pau en janvier, qui a fourni un cadre plus large pour coordonner les initiatives de sécurité, de développement et de gouvernance dans la région.  De plus, a noté le Secrétaire général adjoint, il faudra continuer à soutenir les initiatives régionales, y compris celles de la CEDEAO et de l’UA. 

La Belgique a déclaré que malgré une situation sécuritaire et humanitaire « encore très préoccupante », il y a «  de bonnes nouvelles » et parmi lesquelles l’augmentation du nombre des opérations de la Force conjointe du G5 Sahel et l’inauguration, il y a quelques jours, du quartier général de la Force à Bamako.  Étant donné que les terroristes formulent des revendications politiques, il faut pour les combattre, a prescrit la Belgique, l’engagement politique et l’appropriation au plus haut niveau pour pouvoir renforcer les institutions démocratiques du Sahel, rechercher de nouvelles solutions politiques et vaincre la propagande des terroristes.  Les actions visant à lutter contre la stigmatisation de groupes ethniques particuliers et à fournir des services de base, y compris la sécurité ainsi que la lutte contre l’impunité, sont probablement à privilégier. 

La délégation a ainsi estimé que les allégations d’exécutions extrajudiciaires par les forces de sécurité des pays du G5 méritent un examen approfondi plutôt qu’un déni pur et simple.  Les progrès en matière de sécurité et de développement sont bien sûr cruciaux, mais si les droits de l’homme et l’état de droit ne sont pas respectés, ces progrès resteront temporaires et le terrorisme et l’insécurité continueront de prospérer, a mis en garde la Belgique.  Elle a vivement encouragé les cinq pays et leur Force conjointe à accélérer la mise en œuvre du Cadre de respect des droits de l’homme, soutenu par le Bureau de la Haut-Commissaire.  Les pays qui ne l’ont pas encore fait doivent accepter l’offre du Bureau d’ouvrir des représentations sur dans leur territoire, a insisté la Belgique. 

La situation au Sahel reste l’une des principales préoccupations des États-Unis en matière de sécurité en Afrique, a indiqué la délégation, pour laquelle les problèmes supplémentaires posés par la COVID-19 exigent que la communauté internationale travaille ensemble.  Pour les États-Unis, la Force conjointe du G5 Sahel reste la solution à long terme pour rétablir la sécurité.  Nous sommes, ont-ils dit, déterminés à soutenir cette Force, sur une base bilatérale, par du matériel, de la formation et des conseils afin de combler les lacunes en matière de capacités. La délégation a appelé les autres pays à faire de même et a salué les progrès enregistrés au cours de ces derniers mois. 

Mais, ont prévenu les États-Unis, les opérations de la Force à elles seules ne suffiront pas, compte tenu des causes profondes du conflit qui doivent être traitées par une aide humanitaire coordonnée et une assistance à long terme dans les domaines de la santé, de l’agriculture, de la gouvernance, de la démocratie et des droits de l’homme.  Les États-Unis ont exhorté les parties signataires de l’Accord d’Alger à honorer leurs engagements.  Les dispositions de l’Accord, ont-ils plaidé, auront un effet stabilisateur non seulement dans le nord du Mali, mais aussi dans toute la région du Sahel.  Une fois que le Gouvernement malien et ses pays partenaires auront pris des mesures concrètes et substantielles sur l’Accord, ils pourront concentrer davantage de ressources et d’attention aux menaces terroristes, ont estimé les États-Unis.  

La viabilité des efforts collectifs pour stabiliser la région dépendra des progrès que font les gouvernements, la société civile et le secteur privé des États du G5-Sahel pour créer une gouvernance efficace et sensible aux besoins du citoyen; pour garantir l’accès de tous aux opportunités; et pour promouvoir les droits de l’homme, le principe de la responsabilité et l’inclusivité.  Les États-Unis ont plaidé pour une participation plus significative des femmes, des jeunes et des groupes marginalisés à la prise de décisions.  Pris ensemble, ces efforts peuvent instaurer une paix et une stabilité durables, a conclu la délégation, et libérer le potentiel de cette région. 

Distribué par APO Group pour United Nations (UN).


Source : https://www.africa-newsroom.com/press/coronavirus-...