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Coronavirus - Somalie : Exploiter le potentiel de l’innovation pour fournir de l’aide en Somalie face au COVID-19


- 28 Mai 2020


Food and Agriculture Organization (FAO)
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Étienne Peterschmitt, Représentant de la FAO en Somalie, nous parle du COVID-19, de ses effets sur les populations vulnérables, et du travail de l'agence onusienne.

Quelle est la situation en Somalie aujourd'hui?

En Somalie, même en temps normal, toute intervention relève du défi. L'insécurité rend l'accès aux zones rurales difficile, là où la sécurité alimentaire est extrêmement volatile. En plus de la menace du coronavirus, beaucoup de communautés en Somalie font face à l'invasion de criquets pèlerins et aux fortes inondations durant la principale saison de la récolte Gu.

La première trace de coronavirus en Somalie a été signalée à la mi-mars et, depuis lors, le pays est le principal foyer d'Afrique de l'Est. Les mesures de restriction liées aux déplacements et aux activités commerciales et dues au virus ont non seulement modifié nos modes d'intervention dans le pays mais elles pourraient aussi contribuer à augmenter considérablement le nombre de personnes ayant besoin d'une aide alimentaire urgente et d'un soutien pour leurs moyens de subsistance.

Que craignez-vous pour la Somalie à court et à moyen terme?

La pandémie met en danger les vies et les moyens de subsistance et je suis particulièrement inquiet de ses effets sur les populations vulnérables déjà aux prises avec la famine. Aujourd'hui, la Somalie est aussi confrontée à la pire recrudescence de criquets pèlerins depuis des décennies, et de fortes inondations ont frappé plus de 900 000 personnes au nord et au sud du pays, déplaçant environ 400 000 d'entre elles.

Le Groupe d'évaluation de la sécurité alimentaire et de la nutrition pour la Somalie (FSNAU) alertait déjà début mai que, selon les prévisions, le nombre de personnes en situation de crise ou d'insécurité alimentaire aigüe pourrait tripler entre juillet et septembre par rapport au début de l'année et atteindre les 3,5 millions. Plus d'un quart de la population nationale aurait alors besoin d'une aide humanitaire d'urgence. Une augmentation de plus de 100 pour cent par rapport à la moyenne annuelle des personnes en situation de famine, et un besoin en aide humanitaire record depuis juillet 2017, période marquée par une grave sécheresse en Somalie.

Les transferts de fonds par les membres de la famille qui travaillent à l'étranger sont vitaux pour beaucoup d'habitants et ils contribuent à l'économie urbaine du pays car ils permettent de créer des emplois et des revenus. Or, comme les Somaliens de la diaspora à l'étranger perdent leur emploi à cause du virus, les transferts de fonds diminuent drastiquement et beaucoup de Somaliens pourraient avoir du mal à joindre les deux bouts. Le FSNAU estime que les transferts de fonds pourraient chuter de 30 à 50 pour cent.

On s'attend aussi à ce que les mesures anti-COVID en Somalie entraînent une baisse de 20 à 30 pour cent des revenus des ménages urbains pauvres et des personnes déplacées internes, et une augmentation de 20 à 50 pour cent des prix des aliments importés. On prévoit également une baisse de 30 à 50 pour cent des exportations de bétail à cause du COVID-19 et d'autres facteurs.

Or, le virus se propage à un moment clé pour les agriculteurs car la période des semis de la saison Gu a commencé. Nous travaillons sans relâche pour que les agriculteurs aient accès aux graines et aux autres intrants dont ils ont besoin pour les semis de la saison en cours et pour que la récolte soit une source de nourriture et de revenus.

La FAO a lancé un appel humanitaire pour financer la réponse mondiale à la crise du COVID-19. En Somalie, ces fonds nous permettront de continuer à fournir une aide essentielle là où les besoins étaient déjà grands et de subvenir aux nouveaux besoins lorsqu'ils se présenteront.

Dans quelle mesure le coronavirus a-t-il affecté le travail de la FAO en Somalie?

Nos procédures de paiement mobile, par exemple, ont dû s'adapter rapidement au nouveau contexte opérationnel, à la fois pour répondre aux mesures de restriction des déplacements et pour contribuer aux efforts de lutte contre la propagation du virus. Ces deux dernières années, nous avons mis au point la plateforme Mobile Money avec l'appui de l'agence USAID. Elle permet de transférer de l'argent par téléphone mobile à des bénéficiaires dont les coordonnées ont été préalablement enregistrées et vérifiées. Cette méthode remplace les transferts en mains propres où les bénéficiaires avaient l'habitude de retirer l'argent auprès d'un opérateur.

Le système Mobile Money prévoit que des agents formés rencontrent les bénéficiaires afin d'enregistrer leurs coordonnées et leurs empreintes digitales dans une application conçue par la FAO et appelée BiMo. Face à la pandémie du COVID-19, nous avons remplacé les données biométriques par des photos GPS prises au moment de l'enregistrement et de la vérification des coordonnées du bénéficiaire, avant le paiement en espèces. Nous travaillons aussi à développer des applications de reconnaissance vocale et faciale.

C'est une manière innovante et plus sûre d'aider les personnes les plus vulnérables des zones rurales, et cela signifie que nous sommes capables de fournir un service aux personnes des régions les plus éloignées et les moins sécurisées du pays, sans subir les restrictions liées au virus.

Combien de personnes ont-elles reçu jusqu'ici une aide en espèces avec ce système?

Depuis la mi-mars, date à laquelle l'urgence du COVID-19 s'est déclarée en Somalie, la FAO a transféré l'équivalent de 4 millions de dollars américain à 200 000 personnes en toute sécurité, à travers le programme Mobile Money. D'ici le mois de juin, environ 180 000 personnes supplémentaires seront enregistrées et pourront recevoir cette aide vitale en espèces.

Au total, plus de 350 000 ménages - c'est-à-dire plus de 2,1 millions de personnes - sont enregistrées sur la plateforme Mobile Money de la FAO en Somalie, ce qui veut dire que nous pouvons rapidement nous développer et parvenir aux personnes dans le besoin si la crise devait s'aggraver.

Mais nous ne nous limitons pas à l'argent en espèces. À l'heure de la principale saison des semis, nous envoyons aussi des bons par SMS à environ 40 000 ménages agricoles. Des bons qui leur servent à se procurer des graines de qualités locales, à payer des services d'irrigation, des sacs pour le stockage et d'autres biens ou encore des services essentiels à leur activité agricole, auprès d'un réseau de commerçants locaux agréés. Ces commerçants sont dotés de tablettes qui leur permettent d'identifier avec précision les bons grâce à un code de transaction unique, de prendre des photos GPS et de vérifier l'identité des bénéficiaires.

En redistribuant les intrants localement, nous réinjectons de l'argent dans l'économie locale et nous évitons les retards que pourraient connaitre la chaîne d'approvisionnement en raison du COVID-19. La suppression de tout le travail administratif nous a permis d'intervenir de manière plus rapide, plus efficace et plus sûre durant la pandémie.

Distribué par APO Group pour Food and Agriculture Organization (FAO).


Source : https://www.africa-newsroom.com/press/coronavirus-...