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ANALYSE

L'Egypte de vendredi


Alwihda Info | Par Alwihda Info - 4 Février 2011

L'armée a peiné à s'interposer entre pro et anti-Moubarak lors d'affrontements qui ont fait huit morts. Cette journée est décisive pour la mobilisation. Tandis qu'il cherche à intimider les journalistes étrangers, le pouvoir annonce une négociation avec l'opposition.


Les autorités égyptiennes ont annoncé hier avoir entamé un «  dialogue » avec «  les forces nationales », dont certains partis d'opposition au président Hosni Moubarak, sans citer toutefois lesquels. Mais la principale coalition d'opposition, l'Alliance pour le changement, qui s'est constituée autour de Mohamed ElBaradei, des Frères musulmans et du mouvement Kifaya (« Assez ! »), a rejeté ces négociations, continuant d'exiger le départ d'Hosni Moubarak en préalable à tout contact avec Omar Souleimane, le vice-président. Le parti libéral historique, Wafd, engagé dans une opposition feutrée à Hosni Moubarak depuis longtemps et qui avait accepté mercredi l'offre de dialogue du pouvoir, a changé d'avis hier au vu des violences de la place Tahrir, épicentre de la contestation.
Les combats y continuaient hier à coups de bâton, cocktail Molotov, pavé et couteau, entre pro et anti-Moubarak. Cinq à trente personnes sont décédées et près de mille blessées, de source médicale. Des anti-Moubarak ont été tués par balle et des tirs nourris retentissaient hier matin. Des chars de l'armée se sont interposés mollement entre les combattants.

Raidissement du pouvoir

Les capitales occidentales ont condamné ces attaques attribuées par les journalistes et médecins présents à des nervis manipulés par le pouvoir, encadrés par des policiers en civil. Elles ont aussi réitéré l'appel à une transition immédiate, déjà rejeté par Le Caire. Washington et Bruxelles ont exigé une enquête sur l'origine de ces violences. Mais Omar Souleimane, le nouvel homme fort du régime, a estimé hier à la télévision que celles-ci étaient le résultat « d'un complot » fomenté par des gens en Egypte ou à l'étranger. Autre signe de raidissement, il a affirmé que les candidats à la prochaine présidentielle devraient remplir des « conditions spécifiques » afin que tout le monde soit « rassuré ». Au onzième jour de protestations, alors que les opposants peuvent craindre d'être lâchés par ceux de leurs compatriotes qui aspirent à un retour au calme ou qui ne parviennent plus à s'alimenter, de nouvelles manifestations massives sont prévues aujourd'hui. Les dernières, mardi, ont rassemblé 2 millions de personnes. En cas de heurts, la position de l'armée, pour l'instant ambiguë, sera décisive, estiment la plupart des analystes.
Devant cette montée de la tension, les Etats occidentaux ont appelé leurs ressortissants à quitter le pays, sauf raisons impératives. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont affrété des avions pour les évacuer. Le département d'Etat américain a dénoncé une « campagne concertée » contre les médias étrangers après une multitude d'attaques et d'arrestations de journalistes, notamment d'Al-Arabyia, Al-Jazira, ABC, CNN, Radio Canada ou « Le Soir ». Une dizaine de reporters français (« Libération », « Le Figaro », France 24, TF1) ont été arrêtés et certains étaient encore incarcérés hier soir, tandis que des équipes de BFM TV et de France 2 ont été attaquées. Des journalistes tunisiens et russes ont été molestés et un reporter de la télévision suédoise grièvement blessé. Vodafone s'est plaint de ce que le pouvoir n'avait rétabli Internet que pour l'obliger à diffuser des messages pro-gouvernementaux.
YVES BOURDILLON, Les Echos