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Quand Lemouna et Koundjili racontent leur douleur …


- 27 Mai 2019 modifié le 1 Janvier 1970


United Nations Multidimensional Integrated Stabilization Mission in The Central African Republic (MINUSCA)

Il était environ 9:00, ce samedi 25 mai, lorsque la délégation Gouvernement - MINUSCA - Union africaine - CEAAC a foulé le sol de Lemouna, distante de 5 kilomètres de Paoua (chef-lieu de préfecture de l’Ouham-Pendé. Pres de deux heures après, c’est au tour de Koundjili de l’accueillir.

Depuis le 21 mai, ces deux localités de l’Ouham-Pendé, distantes d’à peine 2 km l'une de l’autre, partagent un même vécu, plutôt un cauchemar qui, quatre jours après, continue de hanter le quotidien des populations. Quasi simultanément, elles ont été l’objet de crimes d’une rare atrocité. 

Pourtant, rien n’avait préparé ces villageois à un tel drame. Sauf un détail : un fait qui se serait produit deux semaines plus tôt, comme s’en souvient Alain Yingh-Higult, directeur d’école à Koundjili. « Un peul, qui vivait ici, avait été tué par un des jeunes RJ [Ndlr un groupe armé dénommé ‘Révolution Justice’] », confie-t-il, précisant que les jeunes du village avaient manifesté leur désapprobation par rapport à cet acte et avaient arrêté son auteur qu’ils ont ensuite confié à la Gendarmerie ».

Deux semaines plus tard, Koundjili, mais aussi Lemouna en paieront un lourd tribut, à travers un crime effroyable qui s’assimile fort à une revanche. Les deux localités voisines perdront respectivement 13 et 19 des leurs, « certaines victimes ont été ligotées avant d’être froidement abattus par des éléments de 3R qui avaient pris soins de les convier à une réunion d’information », selon le récit des habitants des deux localités. Tout semblait donc bien planifié, coordonné, exécuté…

Et quand Prudence, du haut de ses 16 ans, se précipite à notre micro sans y être invitée pour raconter ce que ses yeux d’adolescente ont vu, cela fait froid au dos. « Je devais chercher de l’eau pour ma maman à la fontaine publique lorsque j’ai constaté la présence d’hommes sur quatre motos. Ils avaient des comportements bizarres. Une moto était là-bas - entrée nord du village, une autre à l’autre extrémité - Les deux autres étaient ici, en plein centre du village. Leur présence a attiré l’attention mais avant que nous ne comprenions ce que ces hommes sont venus faire, on a entendu des coups de feu…». Prudence dit aussi avoir vu des personnes qui « dormaient » dans le sang, certains ayant les mains attachées.

Prise de peur, Prudence, sa maman, son papa et ses huit frères et sœurs ont fui… dans la brousse, comme d’ailleurs le reste de Koundjili. Ils ne reviendront que parce qu’informés de l’arrivée de la délégation. Certains d’ailleurs ne retrouveront que des ruines de ce que fut leurs habitations, incendiées par les 3R après leurs forfaits.

Pour la délégation, ils ont accepté de raconter cette journée macabre, de retourner sur les lieux des crimes, mais aussi dans ces cimetières de fortune, espaces sommairement aménagés à quelque 100 ou 200 mètres des habitations pour pouvoir inhumer les victimes. Le préfet de l’Ouham-pende, Dieudonne Youngaina, expliquera que les habitants ont dû enterrer rapidement les leurs car ils avaient peur de subir le même sort.

A juste titre, la colère et la révolte sont encore très vives dans les propos, la tristesse et l’indignation sur les visages ; tous témoignent de la grandeur de l’impact du drame sur les habitants. Mais, au-delà, c’est le désir de vengeance, à peine dissimulé, qui suscite davantage l’inquiétude.

Compassion, solidarité, sécurité et justice

Après les avoir attentivement écoutés pour ainsi recueillir leurs préoccupations, gouvernement et partenaires se sont relayés, non sans émotion, pour exprimer solidarité, mais surtout inviter à la retenue malgré la douleur. 

De la part du chef de l’Etat, le ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique, Henri Wanzet Linguissara, a transmis à ses compatriotes un message de compassion et de solidarité, plaidant pour que la population renouvelle sa confiance au gouvernement, et qu’elle laisse la justice faire son travail. Un travail qui selon lui a déjà commencé.

Le Représentant spécial du Président de la commission de l’UA, Matias Bertino Matondo abonde dans le même sens, en disant : « Nous partageons vos frustrations ; vous avez perdu vos frères et sœurs, mais ne rendez pas justice par vous-mêmes. Vos dirigeants sont là, et c’est à eux que vous devez soumettre vos doléances et préoccupations ».

Le député Martin Ziguele, natif des deux localités [Ndlr : son père est de Koundjili et sa mère de Lemouna], a aussi joint sa voix à celles de tous pour inviter au calme. « La population doit s’abstenir de se faire justice et laisser la justice faire son travail », dira-t-il en substance, rejoint par son homologue Timoléon Maikoua.

Et il est plus que temps d’arrêter la violence, comme le fait valoir l’ambassadeur Adolphe Nahayo, en sa qualité de Représentant spécial du Secrétaire général de la CEEAC. « Nous avons travaillé ensemble avec vos dirigeants pour que l’accord de paix voit le jour. On ne peut pas arrêter sa mise en œuvre ».

Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, en charge des Affaires politiques et de la protection des civils, Kenneth Gluck, s’est davantage inscrit dans la recherche des moyens pour sortir du cycle de la violence, réitérant l’importance du DDR. Et d’ajouter : « nous sommes tous avec vous dans la recherche légitime de la justice ».

Et les actions vont bon train, comme le soulignera le chef du bureau régional de la MINUSCA à Paoua, Laurent Wastlain, qui, de concert avec le préfet, a multiplié des rencontres avec le leadership des 3R et exigé le démantèlement de ses bases à Bocaranga et le retrait de ses éléments de Bohoung, Letele et Boukaya, ainsi que la remise des auteurs de ces massacres.

Aujourd’hui, si les 3R ont effectivement remis trois de ses éléments présumés coupables, il refuse néanmoins de démanteler ses bases. En attendant, la MINUSCA a établi une base opérationnelle temporaire à Bohoun pour sécuriser l’axe Paoua -Bouar, et renforcé la sécurité sur l’axe Bocaranga -Bouar pour répondre aux besoins urgents des populations en matière de sécurité et protection.

Temps fort de ces moments d’échanges, population et délégation gouvernement, MINUSCA, Union africain et CEAAC se sont inclinés, en communion, dans une minute de silence et dans la prière. En complément des actions et engagements, il fallait implorer la providence afin que reposent en paix les victimes et que Lemouna et Koundjili, mais aussi toutes les autres localités affectées renouent avec la paix.

Distribué par APO Group pour United Nations Multidimensional Integrated Stabilization Mission in The Central African Republic (MINUSCA).

Source : https://www.africa-newsroom.com/press/quand-lemoun...