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ANALYSE

Tchad : Abéché, l'eau c'est le business !


Alwihda Info | Par Steve Djénonkar - 13 Juin 2021


Un enfant tient un bidon d'eau vide à Abéché. © Hambali Nassour Ourada
Un enfant tient un bidon d'eau vide à Abéché. © Hambali Nassour Ourada
Si les robinets d'une légendaire ville tel qu’Abéché sont désespérément secs, les raisons sont toutes simples : le gouvernement n'a pas grande volonté sinon aucune d'approvisionner la ville en eau. Le simulacre de volonté manifestée est la conséquence d'une pression mercantile de certains autochtones.

"J'ai honte qu'on crie famine au 21ème siècle", ainsi s'exclamait le célèbre reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly. Si ce sentiment pouvait être partagé, l'État tchadien mourrait simplement de honte car sa population ne mange pas et pire, ne s'abreuve pas.

Depuis des semaines, le monde entier apprend via la toile bleue qu'à Abéché, ville d'un Tchad pétrolier, des centaines de ménages font le pied de grue devant les fontaines sans espoir d'avoir une goutte d'eau. Et comble de honte, le problème ne date pas d'hier.

Énergie photovoltaïque, Bithéa II, sacré business

Le 14 novembre, l'ex-ministre de l'Hydraulique urbaine et rurale, Tahani Mahamat Hassane, a visité la station de pompage de Bithéa. L'entreprise Abou Simbil dont le PDG est originaire de la localité a déboursé 548 millions de francs CFA pour équiper la station de pompage d'eau de panneaux solaires. Il est à rappeler que c'est cette station située à 45 kilomètres qui alimente Abéché qui ne possède pas de nappe phréatique. La société tchadienne d'eau avait besoin de plus d'énergie que toute autre chose au monde car c’est l'une de ses difficultés majeures.

L'enthousiasme était saisissable à Abéché car le manque d'eau devait être "bientôt un lointain souvenir" à en croire la ministre Tahani. Malheureusement, les réalités actuelles désavouent l'ex-ministre de l'Hydraulique urbaine et rurale.

La main qui donne reçoit naturellement. Le 24 janvier, Chokoyan, une sous-préfecture natale du PDG d'Abou Simbil, a bénéficié d'un château d'eau dont le coût global est de 613 millions Fcfa. L'ex-ministre de l'Hydraulique urbaine et rurale a posé personnellement la pierre de construction et a ressassé "le lointain souvenir". De retour de Chokoyan, la ministre a visité le lendemain le site du projet de Bithéa II.

Bithéa II en effet, est un projet de renforcement de Bithéa I pour abreuver entièrement la ville d'Abéché. Le coût des travaux est estimé à 2 milliards Fcfa. Le marché est attribué à l'incontournable Abou Simbil et Geyser.

Comme on le voit clairement, ce sont les autochtones du Ouaddaï qui obligent le gouvernement à abreuver Abéché. Et ce n'est pas fortuit : un château d'eau pour Chokoyan, un marché de 2 milliards Fcfa et une exonération sur les taxes d'importation des panneaux solaires et d'équipements de Bithéa.