Malgré les dangers inhérents, exercer en tant que vigile apparaît aujourd'hui comme la seule option viable pour une multitude de jeunes diplômés désireux de trouver un emploi.
Dans un Tchad où le taux de chômage des jeunes demeure alarmant, le secteur de la sécurité privée connaît une croissance exponentielle. Cela représente une opportunité de survie, mais également un choix ardu compte tenu des menaces pesant sur la sécurité physique des agents. Ces derniers sont parfois méprisés, voire dévalorisés dans certains foyers où ils exercent leur fonction.
Une armée de réserve intellectuelle sous-rémunérée
Devant les banques, les entreprises minières ou les résidences des élites à N'Djamena, ces jeunes se démarquent. « J’ai consacré des nuits à réviser la philosophie, et aujourd’hui, je passe mes nuits à surveiller un parking », confie Moussa, 27 ans, sous couvert d’anonymat. Son salaire ? 60 000 FCFA par mois, à peine suffisant pour se loger et se nourrir.
« C’est humiliant, mais c’est préférable à l’humiliation de tendre la main à ma famille. » Les entreprises de sécurité privée, en pleine expansion en raison de l’insécurité régionale et des investissements étrangers, recrutent massivement. Le critère primordial : l’apparence physique et une intégrité apparente. Paradoxalement, un diplôme peut même constituer un handicap, synonyme de frustration et de départ prématuré. « Nous formons en quinze jours sur les bases : premiers secours, contrôle d’accès. La psychologie du risque, la gestion de crise… c’est secondaire », admet le gérant d’une société.
Un risque sécuritaire sous-estimé
Cette précarité intellectuelle et matérielle suscite des inquiétudes parmi certains experts. « Vous avez des individus surqualifiés, amers, en première ligne face à des risques tangibles (braquages, agressions). Ils manquent de formation adéquate, de motivation profonde, et sont vulnérables à la corruption ou à la négligence. »
Pour les sociologues, ce phénomène est le symptôme éclatant d’un double échec : celui du système éducatif, qui produit des diplômés sans perspectives, et celui du modèle économique, incapable d’absorber sa jeunesse.
« Ces diplômés ne se considèrent pas comme des agents de sécurité, mais comme des chômeurs déguisés. C’est un métier de survie, pas un choix de carrière », explique une chercheuse en sciences sociales à l’Université de N'Djamena. Cette résilience individuelle, faite de courage et d’abnégation, dissimule mal une colère sourde.
« L’État nous a abandonnés. On nous disait : "Étudiez, c’est l’avenir". L’avenir, c’est ce sifflet et cet uniforme. Nous assurons la sécurité des autres, mais qui veille sur la nôtre ? Notre avenir ? », lance Aïcha, le regard perçant sous sa casquette.
Gueurgonba Wedang, licencié en psychologie depuis 2022 à l'Université de N'Djamena, explique : « Lorsque j'ai été embauché dans une première société en tant que vigile, j'ai travaillé pendant trois mois sans la moindre rémunération, et j'ai dû quitter cette société. Maintenant, j'ai regagné une autre entreprise qui, cette fois-ci, me paie régulièrement tout de même.
Parfois, des gens nous posent des questions telles que : pourquoi travailles-tu en tant qu’APS (Agent de Protection et de Sécurité) malgré ton diplôme ? Je ne réponds pas souvent à ces interrogations », raconte-t-il.
Face à cette situation, des voix s'élèvent pour appeler à une régulation urgente. Revalorisation des salaires, formations certifiantes et sérieuses, création de passerelles vers les forces de l’ordre publiques ou d’autres secteurs pour ces diplômés. Intégrer leurs compétences académiques dans leur fonction pourrait en faire des agents d’élite, vecteurs de confiance.
En attendant, chaque nuit, devant les portes de la capitale tchadienne, une génération sacrifiée monte la garde. Leur combat n’est pas seulement contre l’insécurité extérieure, mais contre le désespoir intérieur. Leur résilience force l’admiration, mais elle constitue également un signal d’alarme : celui d’une nation qui ne peut se construire durablement en cantonnant ses esprits les plus éduqués à des rôles de simples vigiles.
Dans un Tchad où le taux de chômage des jeunes demeure alarmant, le secteur de la sécurité privée connaît une croissance exponentielle. Cela représente une opportunité de survie, mais également un choix ardu compte tenu des menaces pesant sur la sécurité physique des agents. Ces derniers sont parfois méprisés, voire dévalorisés dans certains foyers où ils exercent leur fonction.
Une armée de réserve intellectuelle sous-rémunérée
Devant les banques, les entreprises minières ou les résidences des élites à N'Djamena, ces jeunes se démarquent. « J’ai consacré des nuits à réviser la philosophie, et aujourd’hui, je passe mes nuits à surveiller un parking », confie Moussa, 27 ans, sous couvert d’anonymat. Son salaire ? 60 000 FCFA par mois, à peine suffisant pour se loger et se nourrir.
« C’est humiliant, mais c’est préférable à l’humiliation de tendre la main à ma famille. » Les entreprises de sécurité privée, en pleine expansion en raison de l’insécurité régionale et des investissements étrangers, recrutent massivement. Le critère primordial : l’apparence physique et une intégrité apparente. Paradoxalement, un diplôme peut même constituer un handicap, synonyme de frustration et de départ prématuré. « Nous formons en quinze jours sur les bases : premiers secours, contrôle d’accès. La psychologie du risque, la gestion de crise… c’est secondaire », admet le gérant d’une société.
Un risque sécuritaire sous-estimé
Cette précarité intellectuelle et matérielle suscite des inquiétudes parmi certains experts. « Vous avez des individus surqualifiés, amers, en première ligne face à des risques tangibles (braquages, agressions). Ils manquent de formation adéquate, de motivation profonde, et sont vulnérables à la corruption ou à la négligence. »
Pour les sociologues, ce phénomène est le symptôme éclatant d’un double échec : celui du système éducatif, qui produit des diplômés sans perspectives, et celui du modèle économique, incapable d’absorber sa jeunesse.
« Ces diplômés ne se considèrent pas comme des agents de sécurité, mais comme des chômeurs déguisés. C’est un métier de survie, pas un choix de carrière », explique une chercheuse en sciences sociales à l’Université de N'Djamena. Cette résilience individuelle, faite de courage et d’abnégation, dissimule mal une colère sourde.
« L’État nous a abandonnés. On nous disait : "Étudiez, c’est l’avenir". L’avenir, c’est ce sifflet et cet uniforme. Nous assurons la sécurité des autres, mais qui veille sur la nôtre ? Notre avenir ? », lance Aïcha, le regard perçant sous sa casquette.
Gueurgonba Wedang, licencié en psychologie depuis 2022 à l'Université de N'Djamena, explique : « Lorsque j'ai été embauché dans une première société en tant que vigile, j'ai travaillé pendant trois mois sans la moindre rémunération, et j'ai dû quitter cette société. Maintenant, j'ai regagné une autre entreprise qui, cette fois-ci, me paie régulièrement tout de même.
Parfois, des gens nous posent des questions telles que : pourquoi travailles-tu en tant qu’APS (Agent de Protection et de Sécurité) malgré ton diplôme ? Je ne réponds pas souvent à ces interrogations », raconte-t-il.
Face à cette situation, des voix s'élèvent pour appeler à une régulation urgente. Revalorisation des salaires, formations certifiantes et sérieuses, création de passerelles vers les forces de l’ordre publiques ou d’autres secteurs pour ces diplômés. Intégrer leurs compétences académiques dans leur fonction pourrait en faire des agents d’élite, vecteurs de confiance.
En attendant, chaque nuit, devant les portes de la capitale tchadienne, une génération sacrifiée monte la garde. Leur combat n’est pas seulement contre l’insécurité extérieure, mais contre le désespoir intérieur. Leur résilience force l’admiration, mais elle constitue également un signal d’alarme : celui d’une nation qui ne peut se construire durablement en cantonnant ses esprits les plus éduqués à des rôles de simples vigiles.
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Tchad : le métier de vigile, une alternative de survie pour de nombreux diplômés sans emploi








