Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
TCHAD

Tchad : pourquoi les routes tchadiennes tuent autant ?


Alwihda Info | Par Ndafogo Salmanou Ludovic - 30 Janvier 2026



Au Tchad, prendre la route relève parfois du pari risqué. Chaque jour, des accidents de circulation endeuillent des familles, brisent des vies et laissent derrière eux des blessés à vie. Qu’il s’agisse d’un choc frontal sur un axe interurbain, d’un moto-taxi renversé en pleine ville, ou d’un camion surchargé qui se renverse, l’insécurité routière s’impose comme un véritable problème de santé publique, encore trop banalisé.

Une hécatombe silencieuse
Selon les constats des services de sécurité et des structures sanitaires, les accidents de la route figurent parmi les premières causes de mortalité non naturelle au Tchad. Pourtant, l’ampleur réelle du phénomène reste difficile à quantifier, faute de statistiques fiables et centralisées. Dans les hôpitaux, médecins et infirmiers parlent d’un afflux quotidien de victimes d’accidents, souvent dans un état critique. « Les traumatismes crâniens, les fractures ouvertes et les blessures internes sont monnaie courante », confie un agent de santé à N’Djamena. Cette violence routière touche toutes les catégories sociales, mais frappe particulièrement les jeunes, principaux utilisateurs des motos et des transports informels.

Des routes dégradées et mal entretenues
L’un des facteurs majeurs de cette insécurité réside dans l’état des infrastructures routières. Nids-de-poule, chaussées étroites, routes non bitumées, absence de signalisation ou marquage effacé : le réseau routier tchadien présente de nombreuses failles. En saison des pluies, certaines routes deviennent de véritables pièges, avec des portions impraticables qui favorisent les sorties de route et les collisions. En milieu urbain, la situation n’est guère meilleure. À N’Djamena comme dans les grandes villes de province, la cohabitation entre voitures, motos, piétons, charrettes et camions se fait souvent sans règles claires, dans un espace routier mal aménagé.

L’indiscipline des usagers en cause
Au-delà de l’état des routes, le comportement des usagers joue un rôle déterminant. Excès de vitesse, non-respect des feux tricolores, dépassements dangereux, conduite en état d’ivresse ou sous l’emprise de stupéfiants : les infractions sont fréquentes et rarement sanctionnées de manière dissuasive. Le port du casque chez les motocyclistes reste largement négligé, malgré les campagnes de sensibilisation.
Beaucoup continuent de rouler sans protection, parfois avec plusieurs passagers, y compris des enfants. « On sait que c’est dangereux, mais on n’a pas le choix », justifie un conducteur de moto-taxi, évoquant la pression économique et la recherche quotidienne de clients.

Des véhicules en mauvais état
Le parc automobile tchadien est dominé par des véhicules anciens, souvent importés d’occasion et rarement soumis à un contrôle technique rigoureux. Freins défectueux, pneus usés, éclairage inexistant : de nombreux engins circulent dans un état mécanique préoccupant. Les camions surchargés, notamment sur les axes interurbains, constituent également un danger majeur. Leur poids excessif dégrade les routes et augmente considérablement le risque d’accidents graves, souvent mortels.

Faiblesse du contrôle et de la prévention
La faiblesse du dispositif de contrôle routier contribue à entretenir cette spirale meurtrière. Si des opérations ponctuelles sont menées par la police et la gendarmerie, elles restent insuffisantes face à l’ampleur du problème. Les contrôles sont parfois perçus comme des occasions de racket plutôt que comme des mesures de sécurité, ce qui fragilise la confiance des citoyens. Par ailleurs, l’éducation routière demeure quasi inexistante. Peu d’usagers ont bénéficié d’une véritable formation à la conduite, et le code de la route est souvent méconnu ou ignoré.

Un lourd coût humain et économique
Les conséquences de l’insécurité routière vont bien au-delà des pertes humaines. Chaque accident grave entraîne des coûts élevés pour les familles, déjà vulnérables : soins médicaux, incapacité de travail, prise en charge des personnes handicapées. Pour l’État, la prise en charge sanitaire et la perte de forces vives représentent un poids économique considérable. « Quand un père de famille meurt ou devient invalide, c’est tout un foyer qui bascule dans la précarité », souligne un acteur de la société civile engagé dans la prévention routière.

Quelles solutions pour enrayer le fléau ?
Face à cette situation alarmante, les spécialistes appellent à une approche globale. L’amélioration et l’entretien des routes doivent aller de pair avec un renforcement des contrôles, appliqués de manière équitable et transparente. La formation des conducteurs, la généralisation du contrôle technique et la sensibilisation continue des usagers sont également essentielles. Mais au-delà des mesures techniques, c’est un changement de comportement collectif qui est nécessaire.

Faire de la sécurité routière une priorité nationale, c’est reconnaître que chaque vie compte. Tant que les routes tchadiennes resteront synonymes de danger, l’insécurité routière continuera de tuer dans l’indifférence. Un drame quotidien qui appelle des réponses urgentes, durables et responsables.



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 99267667 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)