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INTERNATIONAL

39e Assemblée de l’UA : promouvoir l’accès à l’eau et à l’assainissement dans l’atteinte de l’Agenda 2063


Alwihda Info | Par Olivier Noudjalbaye Dedingar, Expert-consultant international, humanitaire et journaliste indépendant. - 18 Février 2026


La 39e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine s’est ouverte samedi dernier à Addis-Abeba sur un thème qui met en lumière le paradoxe du développement africain : « Garantir un accès durable à l’eau et à des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ».


La sécurité de l'eau au cœur des débats de la 39e Assemblée de l'Union africaine. Photo : Union africaine
La sécurité de l'eau au cœur des débats de la 39e Assemblée de l'Union africaine. Photo : Union africaine
L’eau, c’est la vie. Mais en Afrique, elle est aussi au cœur des enjeux politiques, économiques, climatiques, de santé publique et de consolidation de la paix. Le choix de ce thème marque un tournant décisif. Si l’Agenda 2063 est le plan d’action pour « l’Afrique que nous voulons », alors la sécurité de l’eau et l’assainissement ne sont pas des services essentiels. Ce sont des infrastructures fondamentales pour la prospérité, la dignité et l’intégration continentale.

Un sommet de convergence stratégique
La réunion de l'Assemblée a rassemblé un panel de dirigeants et de partenaires de haut niveau. Le Premier ministre algérien, Sifi Ghrieb, y a participé, représentant le président Abdelmadjid Tebboune. Étaient également présents António Guterres, secrétaire général des Nations Unies ; Ahmed Aboul Gheit, secrétaire général de la Ligue arabe ; Mahmoud Abbas, président de l'État de Palestine ; et l'invitée d'honneur du sommet, Giorgia Meloni, Première ministre italienne.

Leur présence a conféré à cette réunion une importance qui dépassait le cadre d'un simple événement annuel. L'agenda africain de l'eau et de l'assainissement est conçu à l'échelle continentale, mais ses conséquences sont mondiales. Les dérèglements climatiques, les pressions migratoires, les crises alimentaires et les répercussions des conflits sont étroitement liés à la manière dont les États africains gèrent efficacement les bassins hydrographiques partagés, les systèmes d'assainissement urbains et l'accès à l'eau potable en milieu rural.

Pendant deux jours, les dirigeants devaient renforcer la coordination continentale, harmoniser les priorités nationales et consolider l'intégration économique, politique et sociale. Concrètement, cela signifie passer des déclarations aux cadres de mise en œuvre, aux mécanismes de financement et aux mécanismes de responsabilisation mesurables.

L’eau : bien commun et dividende de la paix
Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a présenté l’eau non seulement comme une ressource, mais aussi comme un patrimoine continental collectif. Face à la volatilité climatique, à l’irrégularité des précipitations et à la raréfaction croissante de l’eau, il a affirmé que l’utilisation raisonnée de l’eau n’est plus une option, mais une nécessité. Il a insisté sur le fait que l’eau doit être préservée à tout prix et utilisée comme vecteur de rapprochement entre les États africains et de consolidation de la paix.

Ce nouveau point de vue est stratégique. Dans des régions comme le Sahel et la Corne de l’Afrique, la rareté des ressources aggrave l’insécurité. La concurrence pour l’eau et les pâturages peut exacerber les tensions communautaires et alimenter une instabilité plus générale. À l’inverse, des mécanismes de gouvernance partagée de l’eau peuvent renforcer la confiance entre les États et les communautés.

En ce sens, la question de l’eau et de l’assainissement est indissociable du mandat du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, dont les activités pour 2025 ont été soumises à examen. La sécurité ne se résume pas aux cessez-le-feu et à la médiation. Il s'agit aussi de gérer les facteurs de stress écologiques, avant qu'ils ne dégénèrent en conflits.

Réforme, gouvernance et crédibilité institutionnelle
Au-delà de son orientation thématique, cette session de l’Assemblée s’inscrit également dans un contexte de réajustement institutionnel plus large. La Commission de l’UA a souligné les progrès accomplis dans la mise en œuvre de son plan stratégique validé pour la période 2024-2028, et la poursuite des réformes institutionnelles, en coordination avec le président kényan, William Ruto, fervent défenseur des réformes.

Le Conseil exécutif a également examiné les dernières avancées concernant l’évaluation des compétences et l’audit des aptitudes, les projets d’instruments juridiques, ainsi que l’échelle des évaluations et des contributions. Le financement demeure la principale contrainte. Les infrastructures hydrauliques, les systèmes d’assainissement, l’irrigation résiliente au changement climatique et les stations d’épuration nécessitent des investissements de capitaux à long terme. Les contributions des États membres, les financements innovants et la participation du secteur privé doivent converger pour que la question de l’eau passe de l’aspiration à la réalisation.

Instabilité politique et recul démocratique
Aucun sommet en Afrique ne peut se permettre d'ignorer la gouvernance et la stabilité politique. Le président de la Commission de l'UA a exprimé sa préoccupation face à l'instabilité politique persistante, aux changements de gouvernement anticonstitutionnels et aux menaces terroristes au Sahel et dans la Corne de l'Afrique.

Tout en saluant le retour à l'ordre constitutionnel au Gabon et en Guinée, il a reconnu des reculs ailleurs. Cette situation a des conséquences importantes pour les politiques d'eau et d'assainissement. Les États fragiles subissent souvent des défaillances institutionnelles qui perturbent la fourniture des services essentiels. L'entretien des infrastructures est compromis, l'aide des donateurs devient irrégulière et les risques pour la santé publique s'aggravent.

La disponibilité durable de l'eau est indissociable de la qualité de la gouvernance. Elle repose sur des institutions stables, des systèmes d'approvisionnement transparents, la confiance des communautés et une décentralisation effective. Sans ordre constitutionnel et sans leadership responsable, même les systèmes d'approvisionnement en eau les mieux conçus se dégradent.

Architecture du développement et dynamique de la ZLECAf
Sur le plan du développement, des progrès tangibles ont été constatés grâce à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). La ZLECAf n'est pas un simple accord commercial ; c'est un instrument structurel de transformation de la géographie économique de l'Afrique.

Un marché continental fonctionnel permet de réaliser des économies d'échelle. Ces économies d'échelle attirent les investissements. Ces investissements peuvent être orientés vers les infrastructures transfrontalières, notamment les systèmes de gestion de l'eau transfrontaliers, la fabrication de technologies d'assainissement et les chaînes de valeur agricoles intelligentes face au climat.

Le secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique, Claver Gatete, a réaffirmé cette nécessité de réorientation économique. L'Afrique, a-t-il soutenu, ne peut plus se reposer sur des modèles de développement obsolètes, fondés sur les exportations de matières premières et les financements extérieurs. À l'heure de la fragmentation économique mondiale et du resserrement des marges de manœuvre budgétaires, l'Afrique doit organiser son développement autour de son propre système économique continental, avec la ZLECAf en son cœur.

L’eau et l’assainissement s’inscrivent pleinement dans ce nouveau paradigme. Au lieu d’importer des solutions, l’Afrique peut développer des chaînes de valeur régionales autour des technologies de l’eau, des systèmes de recyclage des eaux usées et de l’irrigation résiliente, face au changement climatique. Cette approche permet non seulement de répondre aux préoccupations de santé publique et environnementales, mais aussi de stimuler l’industrialisation et la création d’emplois.

Agenda 2063 et le discours sur les réparations
L’ordre du jour de l’Assemblée comprenait également un rapport sur le thème de l’UA pour 2025 : « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine par le biais des réparations ». Ce rapport décrit les activités entreprises par les États membres en vue d’obtenir justice pour l’histoire.

À première vue, les réparations et la sécurité de l’eau peuvent sembler conceptuellement éloignées. Pourtant, toutes deux sont ancrées dans l’équité structurelle. L’exploitation historique et les modèles économiques extractifs ont façonné la trajectoire de développement de l’Afrique. Remédier aux déficits en eau, et aux lacunes en matière d’assainissement, fait partie intégrante de la correction des déséquilibres systémiques qui ont privé des millions de personnes de services essentiels.

L’Agenda 2063 est clair dans son ambition. Il envisage une Afrique prospère fondée sur une croissance inclusive et un développement durable. L’eau et l’assainissement sont au cœur de cette vision. Ils influent sur les taux de mortalité maternelle, le niveau d’instruction des filles, la productivité agricole et la qualité de vie urbaine. Ce sont des multiplicateurs de développement.

Éthiopie, COP 32 et justice climatique
Le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, a souligné les positions collectives de l’Afrique sur la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies et la justice climatique, tout en reconnaissant les effets perturbateurs de la compétition géopolitique et de l’exploitation extérieure.

Alors que l’Éthiopie se prépare à accueillir la COP 32, la diplomatie climatique va s’intensifier. L’eau est en première ligne face aux changements climatiques. Inondations, sécheresses, fonte des glaciers et irrégularités des précipitations affectent directement la disponibilité de l’eau et les systèmes d’assainissement. Le discours africain sur la justice climatique doit donc intégrer la résilience de l’eau comme pilier central.

Il ne s’agit pas seulement de financement de l’adaptation. Il s’agit de garantir des partenariats mondiaux équitables, d’assurer une représentation significative dans les instances internationales et de faire valoir les priorités africaines dans les négociations mondiales.

Engagement au sein du G20 et positionnement mondial
Un autre point à l’ordre du jour de l’Assemblée était la participation de l’Union africaine au dernier sommet du G20. Depuis que l’UA est devenue membre permanent du G20, son influence dans la gouvernance économique mondiale s’est accrue.

Le financement de l’eau, les fonds d’adaptation au changement climatique, la restructuration de la dette et les investissements dans les infrastructures durables sont autant de questions qui recoupent les délibérations du G20. Une position africaine cohérente renforce le pouvoir de négociation. Elle garantit également que les réformes financières mondiales tiennent compte des vulnérabilités spécifiques et des aspirations de développement du continent.

Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l'Union africaine. Photo : AllAfrica.com
Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l'Union africaine. Photo : AllAfrica.com

D’après une nouvelle analyse de l’UNICEF, 190 millions d’enfants dans 10 pays africains sont exposés à un risque maximal en raison de la convergence de trois menaces liées à l’eau : l’insuffisance d’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (EAH), les maladies qui y sont associées et les aléas climatiques. Photo : UNICEF/UN0607653/Rich
D’après une nouvelle analyse de l’UNICEF, 190 millions d’enfants dans 10 pays africains sont exposés à un risque maximal en raison de la convergence de trois menaces liées à l’eau : l’insuffisance d’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (EAH), les maladies qui y sont associées et les aléas climatiques. Photo : UNICEF/UN0607653/Rich



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