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TCHAD

Mourir en ville et être enterré au village : le paradoxe des funérailles tchadiennes


Alwihda Info | Par Barra Lutter - 24 Janvier 2026


À N’Djamena, comme dans d’autres centres urbains du Tchad, le décès d’un proche ne se conclut presque jamais par une inhumation sur place.


Le corps est quasi systématiquement transféré vers le village d’origine pour y être enterré. Ce qui est souvent présenté comme un respect des traditions est, en réalité, devenu un phénomène social pesant, coûteux et parfois absurde, où la mort sert de vitrine à la réussite matérielle des vivants.

Contrairement au discours dominant, l’enterrement au village n’a jamais été une obligation culturelle universelle au Tchad. Dans de nombreuses communautés, les anciens étaient inhumés là où ils rendaient l’âme, sans transport excessif ni cérémonial démesuré. La sacralisation actuelle du village comme seul lieu légitime d’enterrement est une construction récente, nourrie par l’urbanisation, l’exode rural et la nostalgie idéalisée des origines.

Aujourd’hui, une famille qui enterre un parent en ville s’expose aux murmures, aux jugements et parfois aux accusations d’ingratitude. « Pourquoi n’avez-vous pas ramené le corps au village ? » devient une question lourde de reproches. Face à cette pression, même les familles les plus modestes s’endettent pour assurer le transfèrement, louer un corbillard, financer le carburant sur des centaines de kilomètres et organiser des funérailles dignes aux yeux des autres.

Au Tchad, comme ailleurs, la mort est devenue un espace de démonstration sociale. Le convoi funéraire, la durée des cérémonies, le nombre de tentes, la quantité de bœufs abattus ou encore l’ampleur des contributions financières sont autant d’indicateurs de statut social. Le transfèrement du corps s’inscrit dans cette logique : plus le trajet est long et coûteux, plus la famille affirme, implicitement, sa réussite.

Beaucoup de défunts ont passé l’essentiel de leur vie en ville : ils y ont travaillé, élevé leurs enfants, construit leurs relations sociales. Pourtant, la ville reste perçue comme un espace provisoire, indigne d’accueillir la dernière demeure. Cette contradiction révèle une difficulté profonde à accepter la réalité de l’urbanisation et à repenser notre rapport à l’appartenance.



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 99267667 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)