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AFRIQUE

RDC : des policiers enlèvent 5 journalistes à Kinshasa


Alwihda Info | Par AFP - 20 Octobre 2018 modifié le 20 Octobre 2018 - 01:09


Des dossards de presse distribués le 24/11/2011 au commissariat général de la PNC à Kinshasa par Journaliste en danger (JED). Radio Okapi/ Ph. John Bompengo
Des dossards de presse distribués le 24/11/2011 au commissariat général de la PNC à Kinshasa par Journaliste en danger (JED). Radio Okapi/ Ph. John Bompengo
Kinshasa - Cinq journalistes d'un tri-hebdomadaire paraissant à Kinshasa, en République démocratique du Congo, ont été "enlevés" vendredi par des policiers, une semaine après la publication d'une série d'articles sur des détournements des rations d'élèves-policiers, a indiqué à l'AFP un responsable de leur média.

"Des policiers ont procédé tôt ce matin à l'enlèvement de cinq journalistes d'AfricaNews: Octave Mukendi, Bruce Landu, Roddy Bosakwa, Dan Luyila et Laurent Omba, conduits vers une destination inconnue", a affirmé dans un communiqué Achille Kadima, directeur de publication du tri-hebdomadaire AfricaNews.

Les policiers qui ont effectué cet enlèvement n'ont présenté "aucun document", a déploré auprès de l'AFP M. Kadima, qui a déclaré vivre depuis "dans la clandestinité". Les cinq journalistes ont été interpellés dans les locaux d'AfricaNews, a-t-il précisé.

Reporters sans frontières (RSF) a, dans un communiqué, dénoncé "une vague d'arrestations arbitraires et demande la remise en liberté immédiate de ces reporters".

"Il est invraisemblable et consternant que des services de la police procèdent à l'arrestation de journalistes qui ont révélé l'ouverture d'une enquête policière pour des détournements présumés", a déploré Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. 

"Ces journalistes n'ont fait que leur travail en portant à la connaissance du public une enquête en cours. Ils n'ont rien à faire derrière les barreaux et doivent être libérés sans délai", a-t-il ajouté.

Contacté par l'AFP, le porte-parole de la police, le colonel Pierrot Rombaut Mwanamputu, n'a pas commenté cette information immédiatement mais a promis de "faire un communiqué dans les heures qui viennent".

"Cette année, déjà une vingtaine de journalistes sont inquiétés ou arrêtés. Il faut que cela cesse avant que nous entrions en période électorale", a réagi auprès de l'AFP Joseph-Boucard Kasonga, président de l'Union nationale de la presse du Congo (UNPC).

Déjà reportées à deux reprises, les élections présidentielle, législatives et provinciales sont prévues le 23 décembre 2018 en RD Congo.

Vendredi, le directeur d'AfricaNews s'était plaint d'une "rafle des journaux" AfricaNews auprès des revendeurs à la criée opérée par des policiers, dans une lettre adressée au chef de la police nationale congolaise.

A la une de cette édition du tri-hebdomadaire, il était écrit : "Enquêtes sur le détournement des rations des élèves-policiers, le général Kanyama convoqué à son tour".

Interrogé par l'AFP, le général Kanyama a rejeté ces allégations : "Arrêtez vos conneries. Il ne faut pas me citer pour des choses que je ne connais pas". 

Actuellement directeur des écoles de la police congolaise, le général Célestin Kanyama est sous les sanctions des États-Unis pour son rôle dans une opération de police contre des délinquants entre fin 2013 et début 2014 ayant fait une cinquantaine de morts et une trentaine d'enlèvements, selon des ONG.

Une journaliste de l'hebdomadaire La Percée est en détention depuis dix jours accusée de "diffamation" dans une autre affaire.

La RDC occupe la 154e place sur 180 dans l'édition 2018 du classement de la liberté de la presse établi par Reporters dans Frontière (RSF).