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Serbie: fin de cavale pour Radovan Karadzic, inculpé de génocide et crimes de guerre


Alwihda Info | Par - ҖЭBIЯ - - 22 Juillet 2008

Une page douloureuse de l'histoire du conflit bosno-serbe se tourne. En fuite depuis 13 ans, le chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic a été arrêté en Serbie. Il est accusé avec le général Ratko Mladic sous la houlette de Slobodan Milosevic du "nettoyage ethnique" qui, en 44 mois de terreur, a fait 260.000 morts et 1,8 million de déplacés durant la guerre de Bosnie de 1992-95. Karadzic était en tête des fugitifs recherchés par le Tribunal pénal international de l'ONU pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Son bras droit, le chef militaire Ratko Mladic, est, lui, en revanche toujours en fuite.


Serbie: fin de cavale pour Radovan Karadzic, inculpé de génocide et crimes de guerre
Le procureur du TPIY Serge Brammertz a confirmé l'arrestation de Karadzic, intervenue selon la présidence serbe "lors d'une action des services de sécurité serbes". L'homme a ensuite été interrogé par le tribunal serbe chargé d'instruire les crimes de guerre, procédure juridique indiquant que son extradition devant le TPIY de La Haye, aux Pays-Bas, pourrait intervenir rapidement, a indiqué le juge d'instruction Milan Dilparic.

Karadzic, psychiatre de formation né en 1945 dans une famille de paysans pauvres du Monténégro, était devenu l'ennemi public No1 du TPIY. Le tribunal l'a inculpé en 1995 de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité pour avoir orchestré depuis son fief de Pale, avec son comparse le général Ratko Mladic, le siège de Sarajevo, l'épuration ethnique des musulmans et croates et notamment le massacre de Srebrenica en 1995, au cours duquel furent assassinés 8.000 musulmans.

"C'est un jour très important pour les victimes qui ont attendu cette arrestation pendant plus de dix ans. C'est aussi un jour important pour la justice internationale parce que cela démontre clairement que personne ne peut échapper à la loi et que, tôt ou tard, tous les fugitifs seront conduits devant la justice", s'est félicité Serge Brammertz.

S'il est extradé devant le TPIY, Karadzic, 63 ans, deviendra le 44e suspect serbe présenté devant le tribunal international placé sous l'égide de l'ONU. Parmi ses prédécesseurs figure l'ancien président serbe Slobodan Milosevic, renversé en 2000 et décédé en 2006 alors que son procès était en cours.

Selon l'avocat du fugitif, Sveta Vujacic, Karadzic a été arrêté dès vendredi, vers 21h30, dans un bus, puis placé en détention jusqu'à sa présentation devant la cour lundi. "Il a simplement dit que ces personnes lui ont montré un badge de police et qu'il a été conduit quelque part et enfermé dans une pièce. Et ce qu'ils ont fait est absolument contraire à la loi", a-t-il déclaré à l'Associated Press. "Le juge a dit qu'il étudierait cela, qui l'a enfermé pendant trois jours et pourquoi".

Une source policière serbe a précisé que Karadzic avait été arrêté dans la banlieue de Belgrade après des semaines de surveillance et grâce à des indications provenant des services de renseignement d'un pays étranger.

A Belgrade, des unités spéciales de la gendarmerie serbe ont été déployées dans la nuit autour du tribunal où le prisonnier a été conduit, par peur de représailles de la part des nationalistes pour qui Karadzic fait figure de héros. Des dizaines d'entre eux, rassemblés devant le bâtiment, scandaient: "Karadzic, héros!" et "Tadic, traître!".

L'Union européenne, que la Serbie souhaite rejoindre, a accueilli très positivement la nouvelle de l'arrestation. Bruxelles fait depuis longtemps pression sur Belgrade pour que les fugitifs recherchés par le TPYI soient arrêtés, condition à remplir pour accélérer le processus d'intégration.

"Cette nouvelle nous apporte une immense satisfaction", s'est réjoui le Haut représentant pour la politique étrangère de l'Union européenne Javier Solana. "Le nouveau gouvernement de Belgrade soutient une nouvelle Serbie, une nouvelle qualité de relations avec l'Union européenne. (...) C'est une bonne journée pour la justice dans les Balkans".

L'arrestation de Karadzic "illustre l'engagement du nouveau gouvernement de Belgrade de contribuer à la paix et à la stabilité dans la région des Balkans. Il constitue une étape importante dans la voie du rapprochement de la Serbie avec l'Union européenne", s'est félicitée lundi soir dans un communiqué la présidence du Conseil de l'Union européenne.

La Maison Blanche a pour sa part estimé que l'arrestation était "une démonstration importante de la détermination du gouvernement serbe d'honorer son engagement à coopérer avec le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie".

"Bouleversée", la femme de Karadzic, Ljiljana, a déclaré par téléphone à l'Associated Press depuis son domicile de Pale qu'"au moins maintenant, nous savons qu'il est vivant."

Source: AP

ll-pf/v0/com/ma