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TCHAD

Tchad : Bibi-bili à Ndjamena, quand les femmes brisent le tabou des cabarets


Alwihda Info | Par Barra Lutter - 22 Janvier 2026



Longtemps cantonnée aux hommes et aux cercles masculins, bibi-bili, la boisson traditionnelle bibi-bili, très prisée certaines localités du pays, connaît aujourd’hui un glissement sociologique notable.

À Ndjamena, la présence des femmes dans les cabarets n’est plus une exception, mais une réalité de plus en plus visible, révélatrice des mutations silencieuses de la société urbaine.

Les cabarets, nouveaux espaces mixtes
Dans plusieurs quartiers de la capitale tchadienne, il suffit de s’attarder quelques instants dans les cabarets pour constater l’évolution : des femmes, parfois en tenue de travail, parfois en groupe d’amies, partagent un verre de bibi-bili en toute décontraction.

Ces lieux, autrefois perçus comme exclusivement masculins, se transforment progressivement en espaces de sociabilité mixtes. Cette présence féminine assumée rompt avec un tabou social profondément ancré, où la consommation d’alcool par les femmes était associée à la marginalité ou à la transgression morale.

Pour certaines femmes, consommer la bibi-bili est un acte de liberté, une manière d’occuper l’espace public au même titre que les hommes. Mais derrière cette normalisation apparente se cachent parfois des réalités plus préoccupantes : précarité économique, pression sociale, solitude urbaine ou stress du quotidien. La bibi-bili devient alors un refuge accessible, peu coûteux, mais non sans conséquences.

Cette montée en puissance de la consommation féminine suscite des inquiétudes. Les professionnels de santé soulignent les risques liés à l’alcoolisme, notamment chez les femmes, dont l’organisme est plus exposé aux effets nocifs de l’alcool. Sans condamner, il faut une approche préventive axée sur la sensibilisation, plutôt que sur la stigmatisation.

Au-delà de la bibi-bili, c’est la ville de Ndjamena elle-même qui se raconte à travers ce phénomène. Urbanisation rapide, recomposition des rôles sociaux, affirmation progressive des libertés individuelles : la boisson traditionnelle devient le symbole discret d’une société en transition.

La consommation croissante de la bibi-bili par les femmes n’est donc ni un simple fait divers, ni une mode passagère. Elle interroge en profondeur les équilibres sociaux et culturels d’un Tchad urbain en quête de nouveaux repères.



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 99267667 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)