Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
INTERNATIONAL

Tchad: Macky Sall emboite t-il le pas de Wade?


Alwihda Info | Par - 27 Juin 2012

A N’Djaména, les victimes sont très remontées face à la décision du nouveau président sénégalais de juger H. Habré à Dakar


«Les victimes meurent au quotidien sans une solution. Au lieu de juger Habré pour nous soulager, le Sénégal de Wade s’y est opposé. Aujourd’hui nous avons cru à Macky Sall pour juger Habré, mais le nouveau président vient de nous décevoir avec cette décision», déplore une victime. Il y a quelques jours, Macky Sall a déclaré que Hissène Habré sera jugé sur le sol sénégalais. Une nouvelle qui a provoqué un grand tollé à travers tout le pays. Elles sont très nombreuses à s’exprimer ainsi pour fustiger cette sortie du président Macky Sall qui a annoncé que l’ex-président tchadien Hissein Habré sera jugé au Sénégal. «L’on ne comprend plus le nouveau président Macky Sall. S’il faut que le Sénégal juge Hissein Habré, cela prendra du temps, car il faut tout reprendre, réunir de fonds alors que les victimes meurent sans cesse», s’indigne Clément Abaïfouta, président de l’association des victimes de pression de l’ancien président tchadien Hissein Habré.
 

Pourquoi le Sénégal a peur d’extrader HH?
L’affaire Habré a été transmise au gouvernement du Sénégal par l’Union africaine (Ua) au cours d’une de ses sessions. L’on se souvient que le 8 juillet 2011 l’ex- président Me Abdoulaye Wade avait pris la décision d’extrader Hissène Habré dans son pays par vol spécial. C’était une surprise et une panique générale à N’Djaména dès l’annonce de cette nouvelle. Quelques mois après son élu à la tête du Sénégal, le président Macky Sall, dans la gestion du dossier Habré, veut marquer une rupture par rapport à son prédécesseur. Il y a quelques jours, il faisait comprendre dans une interview accordée à l’hebdomadaire Jeune Afrique, qu’il n’y a aucune raison valable de ne pas juger HH en Afrique. «Je rappelle d’ailleurs que c’est l’Union africaine qui a donné mandat au Sénégal d’organiser ce procès. Habré sera jugé ici», a confié Sall à nos confrères de JA. En rappel ce procès devrait coûter dans un premier temps au Sénégal, 18 milliards de F Cfa. Lors de la table ronde des bailleurs de fonds à Dakar, il a ramené à 8,6 millions d’euros (5,6 milliards de FCFa). Depuis lors, il y a une forte mobilisation pour parvenir à obtenir des bailleurs de fonds un financement dans ce sens.

Il y a 20 ans il a été chassé du pouvoir
Il y a quelques jours, la Secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton a dans un rapport rendu public demandé au président Macky Sall de prendre des mesures concrètes afin que la vérité et la justice soient dites dans cette affaire qui date de 20 ans. Elle a indiqué qu’il est temps que les victimes présumées de l’ancien dictateur soient entendues devant un tribunal. La secrétaire d’Etat américaine, Mme Clinton avait aussi sollicité les autorités sénégalaises afin qu'elles diligentent les procédures dans cette affaire. Ce que ne voulaient pas entendre les tenants de l’ancien régime qui valsaient entre tergiversations judiciaires et exigences financières.

Depuis sa chute en 1990 où il vit à Dakar Hissein Habré est accusé d’être responsable des assassinats politiques et des tortures pendant les huit années de sa présidence (1982 à 1990). En 2000, il a été inculpé de crime contre l’humanité, ce qui avait amené la justice sénégalaise à se déclarer incompétente. Une situation qui a obligé les victimes à faire recours à la justice Belge où l’affaire a été enrôlée en vertu du principe de la compétence universelle. La Belgique a accepté de le juger. En juillet 2006, L’Union africaine a demandé au Sénégal de juger Hissène Habré, au nom du continent, ce que Me Wade avait accepté de faire. Mais les choses n’évoluent plus, car Habré avait aussitôt introduit un recours à la Cour de justice de la Cedeao. Il y a des réformes qui ont été engagées par le Sénégal, cette Cour confirmait que le Sénégal ne pouvait toujours pas le juger. C’est ainsi que le président de la Raddho, Alioune Tine, a déclaré à l’époque qu’en ce qui concerne la torture, les textes internationaux ne laissent qu’une alternative: «soit vous jugez, soit vous extradez». Le Sommet de l’Ua qui a tenu sa 17ème session ordinaire à Malabo, en Guinée équatoriale, les 30 juin et 1er juillet 2011, a réitéré son invite au Sénégal de juger M. Habré ou de l’extrader, mais là encore rien de précis n'a été entamé.
Journal du Cameroun