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ANALYSE

Tchad : Quelles issues pour surmonter les défis ?


Alwihda Info | Par Kag Sanoussi, Président de l’IIGC - 30 Avril 2021

Après nos condoléances à sa famille, au peuple tchadien et aux panafricanistes, suite au décès tragique du président Idriss Deby Itno, l’heure est aux supputations et sur les défis qu’imposent le temps d’après. A ce sujet, un décryptage est proposé par Kag Sanoussi, expert en intelligence négociationnelle, et président de l’Institut international de gestion des conflits (IIGC).


« Ce fut le lundi 19 avril, dans une soudaineté qui a surpris tout le pays de Toumaï, jusqu’aux quatre coins du Monde. Idriss Déby Itno, le Maréchal du Tchad, Président de la République, n’est plus ! Aimé ou haï, l’illustre disparu ne laissait personne indifférent. Il restera, dans la mémoire de beaucoup d’Africains, un grand défenseur panafricaniste, engagé et résolu, dont beaucoup étaient fiers.

Mais, s’il était apprécié et même aimé, il convient de souligner que l’homme était également critiqué par une partie de ses concitoyens sur sa politique intérieure. Aujourd’hui, son départ brutal met le Tchad dans une situation de tension à haut risque : d’un côté, une rébellion armée qui tente de marcher sur N’Djamena, et, de l’autre, une contestation interne devant la prise du pouvoir par un Conseil militaire de Transition (CMT) dirigé par le Général Mahamat Idriss Déby, pour une période transitoire de dix-huit mois. Notons enfin un contexte géostratégique et géopolitique compliqué qu’il convient également de prendre en considération.

Face donc à ce tourbillon qui secoue le Tchad, il faut parvenir à allier la sagesse à la force pour éviter le pire. En effet, le vraisemblable peut ne pas être vrai et ce qu’on voit peut ne pas être. Cet adage signifie qu’il faut faire l’effort d’aller au-delà des constatations premières, et ce, pour tenter de mieux cerner l’ampleur des complexités du moment, autrement dit, celles que cachent certaines apparences trompeuses. Au regard de l’actualité, nous assistons à des positions frontalement opposées. Il convient de trouver une troisième voie et/ou voix ; celle qui permettrait aux différents camps de parvenir à construire des diagonales salutaires pour la paix.

Cette troisième voix/voie qui va exiger le dépassement de soi, une transcendance courageuse et innovante, existe bel et bien et peut s’opérer dans le respect de la Constitution tchadienne. Pour cela, elle devra s’appuyer sur deux leviers essentiels : une concertation agile et un dialogue « tangprod » qui conduiront à des solutions négociationnelles susceptibles de préserver la paix sociale et l’intégrité du Tchad.

La concertation est nécessaire pour définir le cadre du dialogue, les acteurs qui pourront y prendre part et, surtout, son périmètre d’action et ses principaux objectifs. Cette phase utile sera déterminante pour donner de bonnes chances de réussite au dialogue. Le dialogue « tangprod » est l’association d’une démarche innovante pour un dialogue réflexif, exclusif, tangible et susceptible de conjuguer plusieurs symétries et asymétries pour une productivité effective. Il est exigeant et nécessite beaucoup de ténacité, de transcendance individuelle et collective, et un sens très élevé des responsabilités.

Il le faut absolument, car, si le Tchad venait à s’effondrer, les projections nous laissent penser que les répercussions de la déstabilisation de la Libye seraient multipliées au moins par deux. En conséquence, préserver la paix et l’intégrité du Tchad, c’est penser à la sécurité de l’Afrique dans sa globalité et, d’une certaine manière, à celle de l’Occident aussi.

Ce travail exigeant et sensible doit dépasser les peurs, le désir de vengeance et conjurer collectivement l’intérêt supérieur du Tchad, le bien commun de tous les Tchadiens. Le CMT, l’armée tchadienne dans sa globalité, les partis d’opposition, la société civile et la diaspora tchadienne ont la capacité d’étonner le monde en réussissant l’accouchement d’une solution négociationnelle de salut public.

Le retour aux affaires du Premier Ministre Albert Pahimi Padacké créera-t-il une facilitation en faveur de la jonction nécessaire entre les différents camps tchadiens ? Nous sommes fondés à nourrir cet espoir et souhaitons qu’il y parvienne. En vérité, un retour à une paix concrète au Tchad ne pourra se faire que par les filles et fils du Tchad. Il n’en demeure pas moins que les différentes parties prenantes régionales, africaines et internationales, qui gravitent autour de la situation tchadienne, doivent également œuvrer utilement dans l’intérêt des Tchadiens et de la stabilité de l’Afrique dans sa globalité. Ils doivent jouer les facilitateurs et les accompagnateurs fiables et portés sur l’intérêt général des Tchadiens.

Ce qui est difficile et compliqué n’est pas impossible ! L’espoir d’une paix effective est possible pour le Tchad. Les Tchadiens en sont capables et notre devoir est d’être également à leurs côtés, fût-ce par de petites actions qui militent pour le dialogue et la paix. Faire de la paix une obsession et de la guerre une hantise, porter le manteau d’un inexpugnable vigilant pour éviter que le conflit présent ne bascule pas en un conflit confessionnel, doit constituer, pour chaque Tchadien, chaque Africain, la boussole qui guide et guidera chaque acte posé.

Réussir cela, c’est manifester l’Amour en distribuant des semences qui porteront les fruits de la Paix.
Le pays de Toumaï fera alors la fierté de toute l’Afrique.
C’est souhaitable, c’est possible et c’est réalisable. »



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