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REPORTAGE

Tchad : après la Covid-19, la prostitution reprend du service à N'Djamena


Alwihda Info | Par Mbainaissem Gedeon - 2 Juillet 2021

L’apparition de la pandémie de Covid-19 en 2020 a eu un impact sur la prostitution au Tchad. La levée progressive des mesures barrières a entrainé une reprise de la prostitution dans les rues. Le sourire revient aux lèvres de ces femmes, tristement appelées "sans domicile fixe", "professionnelles du sexe" ou "passe-temps".


La ville de N'Djamena. Illustration. © Alwihda Info
La ville de N'Djamena. Illustration. © Alwihda Info
Dans les bars-dancing et auberges que nous avons eu à sillonner, que ce soit à Gassi, Habena, Kamda et Walia, surtout aux environs de 19 heures jusqu'à 21 heures, l'on aperçoit des femmes discuter avec leurs clients.
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À l'entrée d'auberges ou au fond des couloirs, elles sont alignées, vêtues d'habits extravagants. Toutes les astuces sont bonnes pour attirer le client : "Psstt, mioche, Hello, Chou, patron, etc". Et parfois ce sont des clins d'œil ou le doigt levé.

Les hommes qui se nourrissent de sexe, les papas qui ont perdu leur jeunesse et qui se rattrapent, prennent d’assaut ces endroits pour avoir cette manne intarissable, le plaisir du 7ème ciel. Les prix sont discutables.

Pensant que nous étions des clients, une jeune fille à la quinzaine remontée, rencontrée devant une auberge au quartier Gassi aux environs de 19h20, est habillée d’une mini-jupe blanche avec un sexy rouge, sans soutien-gorge. Elle nous fait savoir qu’elle est moins chère que les autres.

"Le passe-temps, je prends seulement 1500 Fcfa avec caresse et 2000 à 3000 Fcfa pour une heure ou deux heures de temps", laisse entendre cette jeune demoiselle. Une autre à côté, habillée d’une robe blanche transparente dessinant la coulée de son caleçon rouge et voilant sa face avec un foulard noir, nous dit en arabe local qu’elle fait toujours une promotion au premier client qu’elle rencontre, c’est-à-dire qu'elle prend 2000 Fcfa discutable pour une heure de temps. "Même si tu es fort et que tu fais deux coups en une heure, je prends toujours 2000 Fcfa", affirme cette jeune dame. 

En faisant semblant de quitter les lieux, chacune d’elles nous tire par la chemise. "Venez, on va discuter. Dites-nous votre prix d'abord. Ou l'on ne vous plait pas ?". Nous gardons notre sang-froid et partons pour une autre destination.

À Kamda, nous arrivons devant une auberge qui a la réputation d'être fréquentée par des hommes mariés. Dès l'entrée, à la réception, l'on observe des jeunes filles qui patientent. Certaines font semblant de regarder la télévision accrochée au mur mais guettent du coin de l'œil les potentiels clients qui arrivent. D'autres sont en compagnie d'hommes pour le "passe-temps".

Si elles découvrent qu'un homme est seul, les clins d’œil et les jeux de doigts se multiplient pour l'attirer. Le prix est discuté séance tenante, probablement autour de 2000 à 3000 Fcfa. Les frais de l'auberge sont à la charge du client.

Ces filles qui se livrent à la prostitution ont généralement des petits sacs à bandoulière autour du cou avec des habits de rechange. Elles voilent leur visage de peur d'être reconnues, explique une prostituée d'origine camerounaise qui

Parmi ces personnes qui se livrent à la prostitution se trouve également des filles des quartiers. Elles ont généralement des petits sacs à bandoulière autour du cou avec des habits de rechange. Elles voilent leur visage de peur d'être reconnues, explique une prostituée d'origine camerounaise qui évoque une concurrence. "Elles nous gâtent le marché. Et si on fait du bruit, parfois les agents privés de sécurité nous renvoient donc pour protéger notre combo, on se regarde en chien de faïence avec ces filles des quartiers", dit-elle. Cette femme camerounaise qui semble s'assumer, affirme que ses clients sont "satisfaits".

La prostitution est tabou au Tchad et les effets néfastes sont nombreux. Pourquoi les jeunes filles et femmes s’adonnent à cette pratique ? Pourquoi les hommes mariés fréquentent ces endroits ? Difficile à comprendre. Ce qui est sûr, ce phénomène prend de l’ampleur dans la ville de N’Djamena.