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Tchad : étudier pour attendre, le paradoxe des jeunes diplômés


Alwihda Info | Par Ndafogo Salmanou Ludovic - 20 Janvier 2026



Tchad : étudier pour attendre, le paradoxe des jeunes diplômés
 Chaque matin, ils sont là. Assis à l’ombre d’un arbre, accoudés à une table improvisée ou regroupés autour d’un jeu de cartes, dans les carrefours des quartiers populaires de N’Djamena. Ces jeunes hommes, parfois à peine sortis de l’université, partagent le même quotidien : attendre. Attendre un emploi, une opportunité, un coup de chance. Attendre que le bonheur leur sourit enfin.

Pourtant, il y a quelques années encore, ils nourrissaient de grands espoirs. Diplômes en poche, ils croyaient que les portes du marché du travail s’ouvriraient naturellement. « On nous a toujours dit que l’université était la clé de la réussite », confie Djimasra Eric, 27 ans, licencié en sociologie à l'Université de Toukra. Aujourd’hui, il passe ses journées entre discussions, parties de cartes et recherches d’informations sur d’éventuels recrutements qui, bien souvent, n’aboutissent pas.

Des diplômes, mais peu d’opportunités
Chaque année, les universités tchadiennes déversent des milliers de diplômés sur un marché de l’emploi déjà saturé. L’administration publique recrute peu, le secteur privé reste limité, et l’entrepreneuriat, faute de financement et d’accompagnement, demeure un parcours semé d’embûches.

« Le problème, ce n’est pas le manque de volonté, c’est l’absence d’opportunités », explique Adam, titulaire d’un master en communication.  Après plusieurs stages non rémunérés et des dizaines de dossiers déposés, il a fini par rejoindre ses amis au carrefour du quartier. « Ici, au moins, on partage nos problèmes. »

Les carrefours, nouveaux espaces sociaux
Ces carrefours ne sont pas de simples lieux d’oisiveté. Ils sont devenus de véritables espaces de socialisation, où l’on échange des informations, des rumeurs de concours, des offres d’emploi incertaines, et parfois des idées de projets. Les jeux de cartes, de dames ou de ludo servent surtout à tromper l’ennui et à oublier, l’espace d’un instant, le poids de l’échec social ressenti.
Mais derrière les rires et les plaisanteries se cachent des réalités plus sombres : perte de confiance, pression familiale, sentiment d’inutilité. « Quand tu es diplômé et que tu dépends encore de tes parents, c’est humiliant », avoue Moussa, 30 ans, père d’un enfant.

Une attente qui fragilise
Cette situation prolongée d’inactivité expose certains jeunes à des dérives : consommation de drogues, petits trafics, tentations de l’émigration clandestine. D’autres sombrent dans le découragement. « Le temps passe, l’âge avance, et les chances diminuent », résume un étudiant en droit, visiblement amer.
Pourtant, l’espoir n’est jamais totalement absent. Beaucoup continuent de croire qu’un jour, une opportunité surgira. Certains suivent des formations en ligne, d’autres tentent de lancer de petites activités informelles, malgré les difficultés.

Un appel silencieux aux décideurs
À travers ces carrefours bondés de jeunes diplômés désœuvrés, c’est tout un cri silencieux qui s’élève à l’adresse des autorités. La question de l’emploi des jeunes, demeure l’un des défis majeurs du pays. Sans politiques publiques ambitieuses, adaptées aux réalités du marché, cette génération risque de rester longtemps coincée à ce carrefour de l’attente.

En attendant, ils continuent de jouer aux cartes, de discuter, de rêver. Et d’espérer, malgré tout, que le bonheur finira par leur sourire.



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 99267667 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)