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REPORTAGE

Tchad : le traitement des déchets pour lutter contre le chômage


Alwihda Info | Par Tchonchimbo Ouapi Raphaël - 18 Mai 2021

Cette activité, exercée par les jeunes, a désormais une portée économique importante. Pour cela, il importe de mettre en place une stratégie gouvernementale afin de valoriser ce secteur générateur de revenus.


La pollution de la capitale tchadienne Ndjamena par les morceaux de fer n'est plus un souci. Désormais, elle constitue plutôt une opportunité qui offre de l'emploi aux adolescents et adultes. En effet, les pièces des vieux générateurs, voitures, camions, gros-porteurs, moulins et morceaux de fers utilisés dans les garages, ou dans les ateliers de soudure, jetés par les usagers, alimentent le business d'un bon nombre de jeunes. Ces derniers sillonnent les différents lieux de dépôt d'ordures des arrondissements, munis de porte-tout et de balances pour l'achat et la collecte des différents objets usés. Ils sont ainsi organisés en deux groupes : le groupe des collecteurs, constitué en grande partie des enfants qui amènent ces morceaux de fer dans les paniers ou sacs, et celui des grossistes.

Haroun, un jeune de 15 ans, habitant le quartier Dembé II, explique le processus de ramassage : « mes amis et moi sillonnons les différents quartiers de N'Djamena, à la recherche des outils usés qui seront ensuite pesés à la balance et revendus aux grossistes. 10 grammes coûtent 500 FCFA. Ce travail me permet d'acheter des habits, des chaussures et aussi de la nourriture ». Du côté des grossistes se trouvent plusieurs jeunes diplômés sans emplois.

C'est le cas de Lamana Georges, licencié en histoire, qui a retracé son parcours. Après avoir terminé ses études à l'université, il a cherché à enseigner, déposant ses dossiers partout dans les établissements scolaires publics et privés, mais sans suite favorable. Il a témoigné qu'un jour, en rentrant d'un chantier de construction, il a aperçu quelques personnes regroupées, les a approchés et s'était rendu compte que c'était la pesée des morceaux de fer rouillés. Il a aussitôt rejoint le groupe le lendemain pour se lancer dans cette activité, et aujourd'hui, il emploie quatre personnes qu'il paye tous en fin de journée. Et c'est grâce à cette activité qu'il arrive à prendre en charge sa famille.

Yaya Oumarou, jeune Camerounais rencontré dans un autre site d'acheteur, laisse entendre qu'il y a de l'argent partout à N'Djamena. « Quand je sors dans les rues, je trouve tellement de choses à faire, mais je suis déçu de voir les jeunes tchadiens se donner de la peine à aller à la fonction publique ou à chercher à être dans un bureau. Pourtant, le traitement de déchets, on le fait librement, sans pression ni ordres d'un directeur général quelconque », dit-il d'un air furieux.

Le traitement des déchets a aujourd'hui une portée économique importante et une suggestion est faite au ministère de la Formation professionnelle et des Petits métiers, en collaboration avec la fonction publique, afin de mettre en place un système pour valoriser ce domaine et lutter contre le chômage au pays de Toumaï. Le Bénin est un modèle dans le traitement de déchets, et le Tchad doit suivre cet exemple.