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CULTURE

Grand maître de la peinture sénégalaise : Jacob Yacouba a raccroché définitivement son pinceau


- 16 Janvier 2014


Le peintre Jacob Yacouba. Crédit photo : Sources
Le peintre Jacob Yacouba. Crédit photo : Sources

Par ALASSANE SECK GUEYE

Sa souffrance qu’il a endurée stoïquement a pris fin samedi dernier 04 janvier 2014. Jacob Yacouba, le grand maître de la peinture sénégalaise, s’en est allé se reposer auprès de son Créateur. Au cimetière de sa ville d’adoption, Saint-Louis, où il repose désormais, ce natif de Tambacounda doit se sentir au royaume de la félicité.
 
Sous d’autres cieux, là où la création est sublimée, sa mort aurait été saluée à la mesure de son talent. Mais ne rêvons pas, nous sommes au Sénégal, un pays à part avec ses réalités culturelles. Jacob Yacouba n’était pas un activiste, encore moins un affairiste. Il était un artiste tout court. Le meilleur de ce pays et le seul grand maître de la peinture sénégalaise. Il savait tout faire et, surtout, donner à la femme toute sa grâce. Il savait aussi peindre avec la précision du géomètre. Il était quasi impossible de l’imiter. Lui, c’était Jacob Yacouba, une palette unique dont la muse, son épouse, la grande comédienne Marie Madeleine Diallo, est elle-même d’une beauté féerique. Il n’est certes pas mort dans le dénuement, n’étant point pauvre, mais sa maladie était devenue coûteuse. Il s’est fait seul, a souffert comme beaucoup d’artistes avant de voir son étoile briller aux quatre coins du monde, reconnu qu’il était par la critique mondiale qui le comparait au grand peintre Picasso. Il est né peintre et a quitté ce bas monde en suspendant son pinceau qui était immense. Personne d’autre, mieux que lui, n’a réussi à peindre la femme dans toute sa sensualité, sa grâce, sa volupté, sa tendresse, sa classe, sa douceur, sa tristesse, sa mélancolie… Sous son pinceau, la femme pouvait être prude, gracieuse ou coquine. Visiterune exposition de Jacob Yacouba, c’était se retrouver dans un rêve éveillé tellement tout était merveilleux, sublime, paradisiaque. On se souvient de ses expositions très courues à la Galerie nationale d’art dans les années quatre-vingt-dix. On s’y bousculait, parce que ce n’était pas tous les jours que l’artiste se donnait à voir. Il occupait les cimaises après un travail mûrement élaboré pour surprendre son monde. Et devant ses tableaux divinement tracés, on s’extasiait en même temps qu’on plongeait son regard dans la sensualité de « ses » femmes qu’il peignait avec des lignes épurées. Il pouvait nous offrir « ses » femmes dans tous leurs autours, leur féminité sans jamais choquer le regard. Il faut dire qu’avant de devenir peintre, Jacob Yacouba était musicien, l’âme de la poésie l’a donc rattrapé au détour de ses excursions plastiques. De ce fait, il était à la fois musicien, peintre et poète. Et tout cela résumait sa palette, nous l’avons déjà dit, qui était universellement reconnue au plan national et international. Le peintre de génie qu’il était avait la chance d’être salué avec une révérence qui frise l’adoration par ses cadets, lesquels lui donnaient même le titre de grand maître. Il était vénéré pour son talent, son savoir-faire et la bonne maîtrise de sa peinture. Ah, comme il savait agencer les couleurs pour faire apparaître la femme dans tous ses atours ! Cela donnait des images sublimes que l’on regardait avec concupiscence. Mais ce qui était surtout remarquable avec Jacob Yacouba, c’était son ouverture d’esprit mais aussi sa générosité. En effet, il a su conseiller et aider beaucoup de jeunes artistes qui font aujourd’hui exploser nos cimaises.
 
Il a commencé à dessiner sur les murs de son quartier dans sa ville natale de Tambacounda à l’âge de 7 ans et n’a cessé de peindre que quand la maladie, implacable, l’a cloué au lit. Et samedi dernier, le 04 janvier, à l’âge de 67 ans, il a quitté ce bas-monde. C’est lui -même qui confiait à des confrères que « peindre c’est comme respirer, si vous ne peignez pas, vous cessez de vivre ». Sa vie n’a pas été vaine et son volumineux travail artistique demeurera, heureusement, un précieux legs pour la postérité. Repose en paix, Yacouba !
 
ALASSANE SECK GUEYE -ARTICLE PARU DANS « LE TEMOIN » N°1148 - HEBDOMADAIRE SENEGALAIS / JANVIER 2014.
Publication en partenariat avec le journal Le Témoin.