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TCHAD

Tchad : Des « experts » qui montent les projets avec extrême légèreté


Alwihda Info | Par Abbas Kayangar - 31 Octobre 2013 modifié le 31 Octobre 2013 - 21:58



Une banderole accrochée sur lees murs du Palais du 15 Janvier. N'Djamena. © journaldutchad.com
Une banderole accrochée sur lees murs du Palais du 15 Janvier. N'Djamena. © journaldutchad.com
Le 1er décembre 2010 à Ati, le Président Idriss Deby Itno, la main sur le cœur, annonçait solennellement la Renaissance du Tchad. Depuis cette déclaration au passage à l’acte, beaucoup de béton à couler, des édifices avaient poussés comme des champignons, des routes, des ponts, des hôpitaux, des points d’adduction d’eau potable, des centres universitaires, des écoles primaires et secondaires…, ont vite fait de dominer le quotidien des Tchadiens. Mais construire avec frénésie et hargne au risque d’oublier les mesures de sécurité suffirait-elle à faire renaitre le Tchad de ses cendres ?

On voit aujourd’hui des nombreux individus honnêtes, escrocs, fraudeurs, opportunistes…, se lancer corps et âme dans le processus de la renaissance du Tchad. Dans cette volonté de faire rapidement les choses, on oubli précipitation, amateurisme, sournoiserie, corruption…, pour confier « la viande aux hyènes affamées ».On refuse de vérifier le passé judiciaire des uns et des autres. On confie des projets de construction majeure à des soient disant entrepreneurs qui n’ont rien construit de leur vie, même pas une latrine ou cabine téléphone. On détourne aveuglement les fonds mis à disposition pour l’exécution des projets, trahissant ainsi la confiance des hautes autorités.

Construire est une question, confier l’exécuter en est une autre. Apres l’âge mûr des 50 ans de notre pays, les reflexes acquis ces dernières années ont la vie dure. Les détourneurs des deniers publics, ces rongeurs qui grugent nos ressources continuent de faire des allers-retours entre les différents services. On détourne, on s’éclipse pour quelques semaines et on revient en force occuper des hautes fonctions. Le chef de l’état doit à jamais bannir de la fonction publique et de la sphère politique tous les prédateurs de nos finances. Ils détournent notre bien commun, s’achètent des grosses cylindrées, construisent des palaces, vivent et célèbrent des mariages somptuaires. Sans vergognes et toute honte bue, ils nous éclaboussent d’eau de pluie, nous soufflent la poussière au visage, nous suffoquent avec leur fumée et roulent ostentatoirement dans leur véhicule utilitaire sport(VUS) achetés avec notre argent volés.

Certes le Tchad est entrain de changer, de renaitre, mais cela n’est pas suffisant. La renaissance ne doit pas seulement se baser dans la course effrénée à la construction. La renaissance à mon humble avis implique la refonde de l’administration, de la redynamisation de l’armée et des forces de sécurité, la reforme de l’école tchadienne, redonner la force à la loi et à la justice, la modernisation de la santé publique (on ne doit plus aller dans les pays voisins, en France, en Tunisie, en Egypte, etc.) pour les soins. On doit transformer nos hôpitaux en centre de soins et en lieux de souffrance et de mort par la faute des médecins qui ne peuvent pas faire des formations continues et remettre leur connaissance à niveau.

Abbas Kayangar.
Abbas Kayangar.
La renaissance du Tchad sous-tend aussi la revalorisation des sports. On doit permettre à nos jeunes de s’affirmer sur la scène sportive continentale et mondiale. On doit promouvoir le tourisme, moderniser l’élevage et l’agriculture. Donner l’opportunité à nos jeunes de se former et de s’intégrer facilement et rapidement dans le marché du travail. Nous ne devons pas commettre ces erreurs en nous basant exclusivement sur la construction des « monstres » de béton et de d’acier. Nous devrons songer l’après pétrole pour les générations futures.

Les acteurs de la Renaissance du Tchad doivent savoir que leur ennemi dans cette grandiose entreprise ne viennent pas seulement de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur, notamment qui « siphonnent » les recettes de l’état, les fonds d’investissement, les consommables entrant dans les infrastructures, etc. Si aujourd’hui en se promenant dans les rues de N’Djamena où on pourra être frappé par la transformation de la ville grâce aux revenus du pétrole, force est de constater que la population souffre encore amplement. La pauvreté a enfoncé profondément ses tentacules dans les couches défavorisées. Les pauvres sont devenus encore plus pauvres et les riches continuent de s’enrichir en passant parfois au-delà de la légalité, esquivant les fiscs, etc. Le peuple ne se nourrit pas de tours, de gratte-ciel, de ponts, des grandes artères. Les routes sont faites pour les riches et la classe moyenne qui sont content d’y rouleur confortablement avec leur luxueux véhicule à la provenance parfois douteuse. L’immense majorité des populations ne ressent pas encore l’impact de la Renaissance du pays. Elles ont besoin de pain et de blé, d’antipaludéens, de médicaments contre le VIH, de sécurité, de justice forte et impartiale(ou le magistrat ne lorgnerait pas faire la bourse pour donner son verdict), de partage équitable des richesses nationales.

L’appel en urgence de la société écossaise Aggreko au chevet de l’eternel malade, la Société Nationale d'Électricité (SNE) pour l’installation et l’exploitation d’une centrale électrique mobile de 20 MW, prouve suffisamment que nos « experts » montent nos projets avec extrême légèreté, sinon comment comprendre que déjà la centrale électrique de Djarmaya annoncée à grande pompe ne puisse pas répondre aux besoins, même partiellement ? Nous avons le soleil à profusion, des parcs de panneaux solaires dans le nord du pays, nous permettront certainement de mieux répondre à notre besoin en énergie. N’est-il pas permis de rêver des parcs éoliens et des centrales solaires dans le grand nord tchadien ?

Abbas Kayangar