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REPORTAGE

Tchad : La consommation d’abats, un risque pour la santé ?


Alwihda Info | Par Yana Abdoulaye - 5 Mai 2021

Vendus sur plusieurs coins et marchés de la ville de N’Djamena, les abats sont très appréciés des consommateurs tchadiens. Toutefois, les conditions de préparation et de vente de ce mets respectent-elles les normes hygiéniques ?


Ils sont nombreux à proposer cet aliment à la population. A l’Est du marché Mberwa, dans le 9ème arrondissement, le vent souffle à merveille. Dans la cohue, chacun cherche sa voie. Une dizaine de jeunes vendeurs d’abats grillés, alignés chacun devant sa brouette appâtent les clients. A côté, se trouvent d’autres vendeurs ambulants. Des mots de séduction des clients fusent de partout. Fahdal, fahdal, qui signifie avancez en arabe tchadien.

Ismael, un habitué du coin ne manque pas le rendez-vous. « Sers-moi pour 200 francs », commande-t-il. Son geste sera suivi par bien d’autres personnes, qui visiblement alléchées par l’arôme d’abats, veulent être servies le plus vite que possible. Les vendeurs proposent du pain déjà chargé, prêt à manger. Devant chaque brouette, l’ambiance est bon enfant. Ces boyaux sont communément appelés ‘’acta’’ en arabe local. Au grand marché du 2ème arrondissement, au marché d’Abena, Walia dans le 9ème arrondissement de ville et celui du marché à Mil, le processus de la vente d’abats est le même.

Préparés aux quartiers avant d’être acheminés sur les marchés de la place, ils sont bouillis simplement à l’eau avant d’être marinés et assaisonnés par la suite. « C’est dans les brouettes qu’on ajoute les autres condiments. La brouette a aussi une caisse où l’on met du feu pour consumer la viande au chaud et chasser les mouches », explique un vendeur. « Les autorités nous demandent de veiller à ce que le feu ne soit pas éteint, mais certains vendeurs ne respectent pas la mesure. Ceci attire les mouches », poursuit-il.

Conditions d’hygiène douteuses
Les endroits où sont grillés ces abats laissent à désirer. Les mouches sont les maitres absolus de ces lieux. Ils sont omniprésents, sur les plats et les ustensiles. L’appréciation faite par les consommateurs sur la qualité de ces plats proposés, est mitigée. Pour beaucoup d’entre-deux, c’est une question de moyens financiers. « A défaut du cheval on monte sur l’âne. Les moyens financiers ne me permettent pas de manger de la viande rouge à ma faim. Je suis tenu de me rabattre sur les ‘’acta’’ », se justifie Ronelyam Judith. Pour certains consommateurs, ces mets sont vecteurs de plusieurs maladies. « Certains boyaux devraient être réservés pour nourrir les chiens et chats. Le gens se soucient-ils de leur santé ? Je ne peux pas prendre mon argent et acheter une maladie car, ces plats sont vendus dans des conditions hygiéniques douteuses », Abdoulaye Moussa, un coiffeur.

Pour le sociologue Ngueyam Josué, c’est la condition de vie qui dicte l’alimentation des Tchadiens. Se réservant tout jugement sur la qualité de ces produits de consommation, il estime que les Tchadiens font partie des personnes les plus mal nourries au monde. « Beaucoup des gens préfèrent la quantité au détriment de la qualité. Si certains citoyens mangent parfois des aliments qui peuvent nuire à leur santé, c’est parce qu’ils n’ont pas le choix », analyse-t-il. Pour lui, il est du devoir de chaque citoyen de se soucier de sa santé. « Aujourd’hui tout ce que les Tchadiens veulent c’est manger à leur faim », poursuit-il.

Pour le personnel soignant, la consommation d’une telle viande est très dangereuse pour la santé humaine. « Ce ne sont pas seulement ces boyaux qui constituent un danger pour la santé humaine. Le vrai danger réside dans leurs conditions de préparation, de conservation et de la vente », relève le Dr Alladoum Djiadingué. Pour ce dernier, le non-respect des conditions d’hygiène exposent les consommateurs à la tuberculose, le paludisme et la typhoïde. « Ces grillades sont aussi des vecteurs des groupes d’amibes et parasites », alerte Alladoum Djiadingué.